Un mort bien mystérieuse
L’affaire traîne depuis 1982. Cette année-là, le 10 juillet, Kalinka Bamberski est retrouvée sans vie dans son lit au domicile de Dieter Krombach, à Lindau (Allemagne), où elle vivait avec sa mère. Hilmar Jobst, l'urgentiste allemand qui fut contacté par ce dernier pour constater le décès de la jeune fille, a raconté à la barre, il y a quelques jours, qu’il n’avait, à première vue, constaté aucune trace de violence, si ce n’est une marque d’injection sur le bras. «Monsieur Krombach a expliqué que la jeune fille était allée se baigner la veille et avait pris beaucoup de soleil», a-t-il déclaré. Mis en confiance par la bonne réputation du praticien, il lui a laissé le soin de contacter la police et a simplement rédigé un certificat de décès avec la mention «mort inexpliquée.» Il n'y a finalement eu aucune constatation de police.A l’époque, la mère de Kalinka, Danielle Gonnin, est donc mariée au docteur Krombach. Elle a quitté six ans plus tôt son premier mari, André Bamberski, pour refaire sa vie avec celui qui, a-t-elle raconté à la barre, lui avait fait une cour insistante durant deux ans. C’est à Casablanca, au Maroc -où elle vit avec son époux et leurs deux enfants, Nicolas et Kalinka- qu’elle rencontre l’Allemand, à une réunion de parents d'élèves. Dieter Krombach y vit lui aussi, avec sa seconde épouse et ses deux enfants. Quand André Bamberski apprend leur liaison, la famille déménage pour Toulouse. Sur la route, en Espagne, Danielle Gonnin raconte avoir été surprise par son amant, qui les avait suivis, et jure de ne jamais la laisser partir. Le cardiologue s’installe dans la ville rose également, où il continue de voir sa maîtresse. C’est donc en 1976 qu’elle finira par quitter son mari pour aller vivre en Bavière, où elle se remariera l’année suivante. Après une bataille judiciaire, elle obtient la garde de ses enfants. «C'était une vie heureuse, mes enfants se plaisaient beaucoup en Allemagne». Un bonheur rapidement mis à mal par les infidélités du second mari –«C'est un homme qui aimait l'interdit»-, puis, surtout, par le terrible drame. (Elle finira par le quitter en 1984, sans toutefois le soupçonner.)
Plusieurs condamnations à son actif
Dieter Krombach, lui, a toujours nié sa culpabilité. Mais ses déclarations sont contradictoires. S’il a reconnu avoir fait à Kalinka une injection de solution ferrique (un médicament appelé Kobalt Ferrcelit, produit interdit en 1989), et lui avoir donné un somnifère pour l'aider à s'endormir, il a dans un premier temps expliqué que le Kobalt Ferrcelit visait à «l’aider à bronzer», avant d’assurer que l’adolescente souffrait de carence en fer -«Elle était fatiguée à l’école». Affirmations qui n’ont jamais été vérifiées. En dépit d’éléments suspects révélés à l’autopsie -des traces rougeâtres et blanchâtres au niveau de l’entrejambe et des marques de piqûres-, la police allemande, pour une raison inconnue, n'enquête pas. En 1987, l’affaire est classée Outre-Rhin: causes du décès non-élucidées. A partir de là, Berlin s’opposera à toutes les démarches entreprises à Paris. Mais André Bamberski est loin de renoncer. En 1993, la justice française ordonne l’exhumation du corps de la victime. L’autopsie révèle… l’ablation de son appareil génital, qui rend impossible tout examen pour établir un éventuel viol. En 1995, le cardiologue est condamné par contumace à quinze ans d’emprisonnement par la cour d’assises de Paris. Mais les autorités allemandes ont toujours refusé de l’extrader. En 1997, il est condamné pour le viol dans son cabinet d'une patiente, âgée de 16 ans, qu'il avait au préalable droguée. A la suite de cette affaire, il n’a plus eu le droit d’exercer sa profession. Arrêté en Autriche en 2000, il est libéré. La Cour européenne des droits de l'Homme estimait alors inéquitable la procédure par contumace. En 2004, Paris lance un mandat d'arrêt européen contre le médecin. Par ailleurs, en 2007, le cardiologue a été condamné à 28 mois de prison ferme pour une affaire d’escroquerie.Lassé par la lenteur et l’improductivité de la justice, André Bamberski décide de prendre les choses en main. En 2009, il fomente «par hasard et par chance», explique-t-il laconiquement dans «Le Parisien», l'enlèvement du présumé bourreau de sa fille. Loin d’une expédition punitive, ce père, aujourd’hui âgé de 73 ans, organise le transfert, à la justice française, de Dieter Krombach. Le cardiologue allemand a ainsi été retrouvé le 18 octobre 2009 par la police, ligoté et bâillonné sous un porche d’immeuble de Mulhouse. Les autorités sont prévenues par un appel anonyme à 4 heures du matin. C’est donc cet acte –qui lui vaut d’être poursuivi pour enlèvement et séquestration arbitraire, coups et blessures volontaires en réunion et association de malfaiteurs- qui a permis la tenue de ce procès… ajourné
http://www.parismatch.com/Actu-Match/Societe/Actu/Le-proces-du-docteur-Dieter-Krombach-affaire-Kalinka-Bamberski-renvoye-269339
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