vendredi 8 avril 2011

Trois marins-pêcheurs à la barre

Trois pêcheurs, de Dieppe et du Tréport, comparaissaient hier à Amiens pour avoir vidé des camions de poissons importés, le 27mai2008 à Abbeville.

Il y a avis de tempête, le 27 mai 2008, non pas en mer mais au péage de l'A28, au nord d'Abbeville, où 300 marins- pêcheurs normands et picards protestent contre la hausse du prix du gasoil.

À Dieppe, ils s'en sont pris à un entrepôt et aux Affaires maritimes. Puis cap au nord : à Étalondes et Mers-les-Bains, les supermarchés Leclerc et Auchan ont eu droit à une visite tout sauf amicale.

À Abbeville, vers midi, les gars de la marine ouvrent le péage aux automobilistes (ravis), et entendent vérifier la cargaison de tous les camions frigorifiques. Quand ils contiennent du poisson d'importation, ils sont vidés.

La marchandise sera distribuée aux mêmes automobilistes, ainsi que dans les villes d'Abbeville, Le Crotoy, Mers et Dieppe. Le préjudice total de la journée, « vols » et dégradations mêlés, atteint 125 000 €.

Grosse instruction petit procès


La justice réagit en ouvrant le 3 juillet une information. Jusqu'à 34 personnes seront mises en cause pour aboutir, hier, à un tout petit procès, celui de deux pêcheurs dieppois qui ont été filmés par les gendarmes, tentant de forcer la porte d'un camion, et d'un Tréportais, délégué syndical, complice de cette tentative.

La procureure Lisa-Lou Wipf ne requiert que des amendes et reconnaît que «l'affaire a peut-être pris plus d'ampleur qu'elle n'aurait dû ».

Les trois pêcheurs assument leur geste. Xavier Henry, un Dieppois de 42 ans, et son collègue Maxime Vigot, 40 ans, expliquent qu'ils ont été ulcérés par l'attitude du chauffeur. « Il a d'abord tenté de forcer le barrage en fonçant sur deux gars, puis il a dit qu'il n'avait pas les clefs de la semi. »

Ensuite, ils ne le nient pas, ils ont tenté de forcer la serrure avec un râteau (une barre à dents utilisée pour pêcher la coquille) mais ils n'ont pas insisté et ont juste immobilisé le récalcitrant. William Devismes, le Tréportais, ironise quant à lui sur «ces mareyeurs qui ont expressément demandé à leurs camions de passer par Abbeville. Ils ont gonflé les feuilles de cargaison ou ont carrément transporté de la marchandise avariée, histoire de toucher l'assurance. Je peux vous dire que dans certains cartons, ça schlinguait ! »

Cette comparution est au moins l'occasion de parler d'une profession « qui crève à petit feu et en silence, abandonnée de tous nos hommes politiques depuis 30 ans », selon Me Jérôme Crépin. On parle des quotas. «Nous, on remet le cabillaud à la mer, jusqu'à cinq ou six tonnes sur une sortie, alors que des étrangers ont le droit de pêcher sous notre nez avec une senne danoise de 45 mètres », témoigne Maxime. «Parce que personne n'est capable à Bruxelles de faire entendre la voix de la France », complète Me Crépin.

Quant au gasoil, inutile de dire que le problème est encore plus criant qu'en 2008. Le même Maxime vient de dépenser 3 500 € pour deux sorties de 48 heures. Il a ramené pour 7 500 € de poisson...

Pourtant, l'ambiance était bien calme, hier à Amiens. «Il y a 20 ans, la salle aurait été pleine et on les aurait entendus, estime avec une pointe de nostalgie l'avocat. Et puis le camion, je peux vous dire qu'il n'y en aurait plus. Ils sont désespérés. Ils ne feront pas jusqu'au bout le métier de leur père et de leur grand-père... »

Le jugement sera rendu le 12 mai.
http://www.courrier-picard.fr/courrier/Actualites/Info-regionale/Trois-marins-pecheurs-a-la-barre

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