lundi 13 février 2012

Le procès de la mainmise corse sur les boîtes aixoises

Mariani… ce seul nom corse a suffi à terroriser les propriétaires de trois boîtes de nuit d'Aix-en-Provence et d'Oraison (Alpes-de-Haute Provence). Un seul patronyme et ils se sont pliés à une extorsion de fonds méthodique. En mars 2008, la cour d'assises des Bouches-du-Rhône condamne Jacques Mariani, fils d'un baron de la Brise de Mer, célèbre mafia corse, à quinze ans de réclusion criminelle pour l'assassinat, à Bastia, d'un jeune nationaliste. Incarcéré à la centrale de Saint-Maur, son train de vie est celui d'un pacha, pas d'un détenu lambda. Il reçoit des mandats, des vêtements de marque comme une paire de mules à 200 €. Son épouse, Stéphanie Luciani, en arrêt maladie depuis 2002 et titulaire d'une pension mensuelle de 600 €, a déposé sur ses comptes pour 289 000 € d'espèces entre décembre 2007 et avril 2009.
Les enquêteurs établissent que "Jacques Mariani exerce, depuis son lieu d'incarcération, par voie téléphonique et/ou par l'intermédiaire d'émissaires, des contraintes sur les gérants des boîtes de nuit aixoises".
Le patron du Mistral confesse l'inquiétude que ce prisonnier suscite chez lui : "Il fait peur à tout le monde. Quand un voyou demande ce service, on ne refuse pas". Il acceptera donc de régler des sommes aux proches du détenu, remis à titre de simples "gentillesses". A La Joia, l'accusation estime qu'il a installé ses hommes, autant de dirigeants de fait qui auraient détourné à son profit un quart à la moitié du chiffre d'affaires de la boîte de nuit. La comptable assure ainsi que "La Joia sert de pompe à fric à Jacques Mariani". Il fixe le salaire de ses affidés, organise la sécurité à l'intérieur de l'établissement, menace de virer les patrons… Au-delà de "son train de vie voluptuaire", l'argent sert à régler les dommages et intérêts dus à la famille du jeune homme qu'il a assassiné, dans l'espoir d'être libéré plus rapidement. Mariani fout la trouille et ça lui rapporte gros. L'hécatombe prêtée à la Brise de Mer n'a d'équivalent que les coups qu'on lui attribue comme le vol à l'Union des Banques Suisses, indétrônable casse du siècle. Dans son ordonnance, le juge Charles Duchaine évoque "la dictature egocentrée d'un individu prospérant sur la réputation sulfureuse de son père". Ce dernier, Francis Mariani, a été condamné, en même temps que son fils, par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône à 7 ans de prison pour association de malfaiteurs, il est mort durant sa dernière cavale. Tué par un engin explosif dans un hangar, en 2009.
Se présentant comme la victime d'un acharnement judiciaire, Jacques Mariani oppose au juge Duchaine un humour grinçant: "Ce n'est pas un problème de racket, c'est vraisemblablement un problème de sponsor". La crainte suscitée par ce taulard est mesurable lorsque le juge d'instruction le confronte à ceux qui l'ont dépeint comme un racketteur. Machine arrière toute ! L'accusation décerne d'ailleurs "le prix du plus beau rétrodépadalage de la procédure" à un bijoutier parisien chez lequel l'épouse de Jacques Mariani "se servait".
Selon le joaillier, sur un total d'achats de 103 000 euros, la dette des Mariani s'élevait à 70000 mais face au Corse, il assure qu'ils sont "de bons clients". Et, ce petit bijou de déclaration: "Mariani est affectueux, pas méchant, il ne m'a jamais menacé".
À partir de ce matin, devant le tribunal correctionnel de Marseille, avec Jacques Mariani et son épouse, comparaissent neuf autres prévenus dont une personne morale. Extorsions de fonds pour les uns, abus de biens sociaux pour les autres. Ce procès s'ouvre alors qu'un nouveau réseau de racket autour des boîtes de nuit aixoises vient d'être démantelé par la justice. Encore une fois, un détenu corse, Ange-Toussaint Federici dont la bande de la Plaine Orientale est rivale de la Brise de la Mer, est soupçonné d'avoir récupéré ce marché juteux du racket.
http://www.laprovence.com/article/a-la-une/le-proces-de-la-mainmise-corse-sur-les-boites-aixoises

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