Les assises accueillent des viols odieux, des meurtres sordides, des assassinats méticuleusement préparés, mais l’affaire qui occupe la cour d’appel de Meurthe-et-Moselle depuis hier, défie l’entendement. Dans le box, Sandra Rebel, une brune un brin potelée, présente bien, s’exprime avec facilité. On n’est pas dans le quart-monde, la jeune femme, en juin, passera le bac… Cette Sarrebourgeoise de 32 ans est jugée en appel pour avoir laissé mourir la benjamine de ses trois enfants. Anaïs, deux ans et trois semaines, ne s’est en effet jamais réveillée de sa sieste, ce 16 novembre 2006. Elle pesait alors 9 kilos. En langage juridique, cela donne : « Privation de soins et d’aliments ayant entraîné la mort ». Sandra Rebel, qui encourt 30 ans de réclusion, a écopé, à Metz, en 2010, de 15 ans. C’est la peine complémentaire -déchéance à vie de ses droits familiaux – qui l’a fait fondre en larmes.
Les abysses de l’âme de cette mère de famille, peu épargnée par ses trois compagnons successifs, ont été sondés. Beaucoup d’accusés, aux assises, ont eu une enfance fracassée. Pas elle. « Ni anomalie mentale, ni dépression », pour les experts. Le désert de Gobi au niveau psychiatrique.
Les policiers qui ont débarqué dans son appartement ont constaté que l’habitation était quasiment insalubre. « Jamais vu ça en 35 ans de carrière… », lâche le directeur d’enquête. Dans le frigo, des vers s’échappent de quelques plats avariés, le lavabo est bouché, les couvertures des trois enfants sont sales, souillées d’urine, dans toutes les pièces règne un désordre indescriptible. Les deux frères sentent mauvais, ont une quantité astronomique de poux, Anaïs dormait dans un lit parapluie dépourvu de matelas. « En garde à vue, elle n’était pas dans l’état d’une mère qui vient de perdre son enfant ? Juste quelques larmes… ».
Opérée d’un rein à l’âge de six semaines, Anaïs, de santé fragile, avait été hospitalisée sept mois avant son décès. « On avait alors constaté une dégradation de son état de santé général. Cet enfant était très triste, peu réactif au jeu. Un collègue avait décelé une dépression du nourrisson », souligne un pédiatre. « En 15 jours d’hospitalisation, elle a pris 1,5 kg. Lors d’une permission chez elle d’un week-end, elle a perdu 450 gr ». Sandra Rebel n’honorera jamais les rendez-vous avec les services sociaux. Elle refusera toute aide, congédiera les parents et amis qui, à moult reprises, viendront l’implorer de se ressaisir, de consulter un médecin. « Moi, ce décès ne m’a pas franchement surpris », confie un praticien de la PMI (Protection maternelle et infantile) qui avait déjà suivi Kevin, l’aîné. « Nous avions déjà décelé une dénutrition et un manque d’hygiène… ».
Verdict demain
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/02/09/anais-morte-a-deux-ans-et-demi
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire