« Je suis jamais allé à Pont-Sainte-Maxence. » Devant la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais, Bernard Lombard, 47 ans, et Pascal Houssard, 50 ans, poursuivis pour coups mortels sur le curé de Pont-Sainte-Maxence, usent cette réplique jusqu’à la corde. Dans la nuit du 8 au 9 juillet 1997, le père Guéguen avait été tabassé jusqu’à ce que mort s’ensuive dans son presbytère. En mars 2009, le premier suspect est interpellé. Il s’agit de Pascal Houssard. Il appartient à la communauté des gens du voyage. Lors de cette deuxième journée de procès, les prévenus restent fidèles à eux-mêmes. Droits dans leur box, ils nient l’évidence.
De l’ADN sur les mégots de cigarette
Deux mégots de cigarette avaient été retrouvés en 1997 dans l’enceinte du presbytère. Mais leur ADN ne pourra être exploité qu’en septembre 2008. Un progrès scientifique décisif pour l’enquête. L’une des empreintes génétiques est celle d’Achille Lombard, l’oncle de Bernard. L’autre mégot porte la marque de Pascal Houssard. « C’est un complot, martèle ce dernier. On les a déplacés de 600 km pour me nuire. » L’ennui, c’est que le filtre a été recueilli avec sa cendre, démontrant que la cigarette avait été fumée sur place. Les faits sont têtus. Houssard encore plus : « La personne qui m’a fait cette crasse n’a rien laissé au hasard. »
Ils affichent la même assurance face à cette conversation embarrassante entre Bernard Lombard et Rosaria, sœur de Pascal. Le 30 mars 2009, il purge une peine de prison et l’appelle de sa cellule, inquiet du sort « du Pascal ». Ce dernier vient d’être arrêté le 25 mars, confondu par l’ADN enfin identifié sur les scellés du crime de Pont. Si d’aventure Pascal se montrait aussi bavard que l’oncle Achille, il risque gros. Avant de mourir en 2009, le tonton avait avoué sa participation à l’agression sauvage et il avait dénoncé Houssard et Lombard. « Cet appel, c’est un pur hasard, se défend Bernard Lombard. Je m’inquiétais pour mon cousin. Et puis tuer, ce n’est pas notre genre. » Pourtant, il presse Rosaria, sa belle-sœur de questions. « Le Pascal s’est fait ramasser pour meurtre. Il a maravé un ratchaï (NDLR : curé, en langage manouche)… », l’informe Rosaria. « Il s’est fait poucaver (NDLR : balancer)? » interroge Bernard. « Non, il a été trahi par deux mégots… »
Etonnement d’Hervé Tétier, avocat général : « Vous n’avez aucune relation avec Pascal depuis des années et puis cinq jours après son incarcération vous appelez sa famille. » « Nous n’avions plus eu de contacts depuis des années 1970 », précise même Rosaria, tout aussi étonnée par la sollicitude de son beau-frère.
Un autre élément gênant pourrait perturber les prévenus. Mais non. Une photo de vacances prise près du Havre. Tout sourire, on reconnaît Bernard, Achille et William — un cousin de Bernard — avec femme et enfant… Une vraie complicité les unit. Plus qu’une photo, une signature pour l’accusation. « Je ne suis jamais allé en Normandie, objectera Bernard. Je ne sais pas où c’est sur une carte. » Le verdict est attendu aujourd’hui.http://www.leparisien.fr/beauvais-60000/tuer-c-est-pas-notre-genre-10-02-2012-1855080.php
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