jeudi 16 juin 2011

Assises : mortelle poursuite entre Bourg-en-Bresse et Priay

« L’apocalypse », « une scène de guerre », « tirés comme des lapins », les huit policiers et gendarmes entendus hier ont livré un témoignage parfois poignant de la course-poursuite du 5 décembre 2008, entre Bourg-en-Bresse et Priay. Les motos qui se couchent, les balles qui sifflent au-dessus des têtes, les pointes à 200 km/h, le passager de l’Audi qui braque son fusil d’assaut à maintes reprises, la voiture de police percutée et celle des gendarmes transpercée d’une balle, jusqu’à la scène finale où Alain Arnoldi, M 16 dans une main et pistolet automatique dans l’autre, nargue les policiers et refuse de se rendre avant d’être abattu de trois balles.
Tous ont dit la peur d’y rester, la montée d’adrénaline, la solidarité avec les collègues, le regret d’avoir ôté la vie à un homme, ou les inévitables séquelles physiques ou psychologiques. Mais aucun n’a véritablement vu la même chose. C’est « l’effet tunnel » où chacun vit l’événement à sa façon a expliqué l’un d’eux. M e Ripert, l’avocat de Fred Dramé, s’y est engouffré. Tout au long d’une audience encore émaillée d’échanges salés avec le président Bréjoux, l’avocat a traqué méticuleusement les incohérences entre leurs premières déclarations et leur déposition à la barre. Position du tireur et des policiers, distance, angles de tir, nombre de balles ou de coups de feu entendus, M e Ripert pointe les variations et contradictions des témoignages. Et il en conclut qu’aucun d’eux n’a jamais été volontairement visé par les tirs, que le policier blessé au genou s’est mis à découvert en croyant qu’Arnoldi tirait à blanc, et que Dramé n’a jamais cherché à renverser un policier lors de leur fuite à Priay. « Je ne vois pas à quel moment Dramé, qui n’a tiré aucun coup de feu, peut être poursuivi pour complicité de tentative de meurtre. Il devrait être jugé par un tribunal correctionnel. » Pendant ces longs interrogatoires, ce dernier bout en silence dans le box avant de se lever : « J’ai jamais vu des assises comme ça. C’est mon procès et vous ne m’interrogez jamais ! » Étrange audience en effet où on juge un vivant en faisant surtout le procès d’un mort, ou l’avocat général fait silence, où l’avocat de la défense règle ses comptes avec un magistrat et ses confrères, ou s’égare dans l’évocation du préfet Papon et de la funeste manifestation d’octobre 1961.
http://www.leprogres.fr/ain/2011/06/16/assises-mortelle-poursuite-entre-bourg-en-bresse-et-priay

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