dimanche 12 août 2018

Ces « experts » qui croient tout savoir de l’affaire Daval

hebergement d'image
Passons sur les nombreux voyants qui, scrutant le ciel ou le marc de café, ont cru déceler dans le positionnement des planètes un contexte « extrêmement défavorable », pour le mis en cause… André Laurain, 88 ans, fut durant vingt ans expert à la cour d’appel de Nancy. Sa spécialité : les incendies, explosions et autres risques majeurs. « Malgré [son] âge », cet ancien colonel des sapeurs-pompiers se sent « légitime » pour livrer son intime conviction, mieux, sa « lecture » de l’affaire Daval. « Je ne suis pas psy mais je m’y connais en morphopsychologie », assure cet homme aux états de service impeccables, qui se damnerait pour « interroger Jonathann les yeux dans les yeux ». Il s’en est d’ailleurs fallu de peu pour qu’il téléphone au magistrat instructeur, afin de lui offrir ses « services ». « Dans le cadre de mes fonctions d’expert, relate-t-il, j’ai conduit plus de 200 interrogatoires et j’ai eu de très bons résultats sur des incendies prétendument accidentels qui, au bout du compte, se sont révélés criminels. » Son secret ? « Le regard » qui, comme chacun sait, est « le reflet de l’âme ». Le moins que l’on puisse dire est que celui de Jonathann Daval ne lui dit rien qui vaille. L’ancien officier est intarissable sur « la fausseté » des larmes du meurtrier présumé, sa « tristesse surjouée », son « visage contracté ». « Je l’ai vu dans le journal, il n’est pas dans l’axe, il rentre constamment son cou dans ses épaules et ne vous regarde jamais en face. Il n’est pas franc, le garçon ! », croit déceler André Laurain. Autant d’indices qui, selon lui, « ne trompent pas ». « Je sais que ça n’a rien à voir mais son regard fuyant me fait penser à celui de Didier Deschamps. » Bigre !

« Psychanalyse guidée »

Sylvain Loye se présente comme le fondateur de la « psychanalyse guidée », une méthode pour laquelle il a déposé un « brevet », fondée sur « la compréhension des structures corticales du cerveau ». Lui aussi s’est proposé « d’éclairer notre lanterne ». Il a « bien analysé » les versions successives que l’informaticien graylois a livrées à la justice. Pour lui, la cause est entendue : le « scénario substitutif disculpant » de Jonathann relève d’un « transfert », comparable à un « déplacement phobique », dont le but est « d’étouffer les impressions mnésiques traumatisantes du sujet ». Bref, Jonathann Daval aurait inventé toutes ces fadaises pour sauver sa peau.
Sylvain Loye s’y connaît : il a « lu Freud » et a même « affiché » le portrait du maître viennois dans son « cabinet ». « Tout, dans la dernière version de Daval, relève du transfert », insiste-t-il. « Il y a bien eu dispute au départ, simplement, celle-ci n’éclate plus chez lui mais au domicile de ses beaux-parents ; le coupable est bien le gendre mais pas lui, l’autre ; quant aux beaux-parents, le pacte qu’ils auraient prétendument scellé vient se substituer au secret de sa culpabilité. » Bref, Jonathann a trouvé « un compromis intrapsychique censé détourner les dynamiques pathogènes psycho-affectives » qui l’assaillent.
« Cela n’engage que moi mais oui, je suis sûr à 100 % de sa culpabilité », conclut tout de go notre « analyste ». Deviser sur la culpabilité d’un mis en examen, est-ce bien là le rôle d’un psy ? « Je ne suis pas dans l’analyse d’une personnalité mais dans l’étude contextuelle d’une séquence traumatique. Nul besoin de discuter avec l’intéressé pour comprendre ce qui se joue », affirme Sylvain Loye, qui se dit prêt à « aider la justice avec sa méthode ».
Soit. Mais on va tout de même attendre de connaître ce que diront les experts que la justice aura réellement désignés pour se forger une opinion.


Aucun commentaire: