Depuis deux semaines, l’ancien expert-comptable de 74 ans, avait dû apprendre, tant bien que mal, à rester spectateur du procès pour lequel il s’est battu pendant près de trois décennies.
Qu’aucune des parties ne s’avise de lui faire remarquer qu’il livre « sa » vérité. André Bamberski ne peut concevoir d’autre scénario que celui-ci : « Dieter Krombach a violé et tué ma fille […]. Il n’a pas eu une pulsion. Pour moi c’était bien préparé et il l’a volontairement tuée parce qu’il avait peur que Kalinka, rentrant chez son père, parle ».
Kalinka a été découverte sans vie, dans son lit, au domicile de son beau-père à Lindau (Bavière).
A l’encontre de la règle de procédure voulant que les parties civiles proches de la victime témoignent sans prestation de serment, M. Bamberski insiste pour se soumettre à ce protocole.
« Rien n’affecte sa certitude d’avoir raison. Pour lui, c’est une conviction inébranlable », a remarqué une expert-psychologue, décrivant un tempérament « rigide ». André Bamberski préfère parler de « rigueur ».
« Rien n’affecte sa certitude d’avoir raison »
Sa rigueur et ses certitudes l’ont porté durant vingt-neuf ans pour faire avancer les poursuites judiciaires contre Dieter Krombach, entamées par un dépôt de plainte devant un juge français dès 1984, relancées au fil des ans à chaque fois que la procédure paraissait moribonde.Une campagne mal vécue par les proches du médecin allemand, particulièrement ses trois enfants, qui en ont témoigné devant la cour : « la perte douloureuse de sa fille s’est transformée en haine », a estimé Boris Krombach, le fils de l’accusé, rappelant qu’André Bamberski était allé jusqu’à distribuer des centaines de tracts dans Lindau pour dénoncer l’impunité de Dieter Krombach.
« Il a porté tellement de jugement après la mort de Kalinka que je me suis braquée. Il a même dit que Kalinka avait été avortée et que j’y avais participé. Comment voulez-vous que je puisse participer à sa folie », a observé en pleurs Danielle Gonnin, mère de la victime, troisième épouse de Dieter Krombach et ex-femme de Bamberski qui continue de lui reprocher de n’avoir pas été à ses côtés dans sa quête de vérité.
En 2009, révolté que le médecin allemand puisse couler des jours paisibles outre-Rhin alors qu’un mandat d’arrêt européen avait été lancé contre lui, le père de Kalinka est allé jusqu’à s’impliquer dans son enlèvement afin qu’il soit livré à la justice française.
Après avoir dirigé la bataille durant tant d’années, André Bamberski a eu du mal à cacher sa frustration de laisser la main aux jurés, aux magistrats et à ses avocats pour ce procès qui a débuté le 4 octobre.
« Mes avocats ne me représentent pas, ils m’assistent ! », a-t-il signalé d’emblée à la cour.
Les yeux rivés à ses notes, connaissant par cœur les cotes de chaque pièce du dossier, le retraité toulousain devenu expert de procédure pénale tente régulièrement quelques incursions dans les débats « pour faire gagner du temps à la cour ». Et se fait régulièrement recadrer par la présidente Xavière Siméoni.
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2011/10/18/bamberski-defend-sa-verite
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