Maria n’a pas prévu d’esquiver son rendez-vous avec la justice. C’est aux côtés de son mari Claudio et de leurs enfants, Florin, 17 mois, et Justin, 7 ans, que cette jeune femme rom originaire de Roumanie comparaîtra aujourd’hui devant le tribunal correctionnel de Bobigny. « Je sais que c’est à cause du petit que je vais au tribunal, je n’ai pas le droit de faire la mendicité avec l’enfant », explique la mère de famille, rencontrée à La Courneuve sur le terrain où elle vit, coincé entre une voie de chemin de fer et l’autoroute A 86. La discussion n’est pas facile, malgré la présence d’une traductrice qui parle le romanès, la langue des Roms.
Le 6 septembre, Maria mendiait au Bourget avec ses deux enfants, le plus petit dans les bras. Isaura, 20 ans, faisait de même avec son petit Nicolas, 19 mois. Les femmes vivent à quelques caravanes l’une de l’autre. « La police est arrivée et nous a emmenées toutes les deux avec les enfants », rapporte Maria, en tirant sur une cigarette. Les enfants ont rapidement été placés. Une source judiciaire rapporte que les petits souffraient de n’avoir pas été changés.
Au chômage en Roumanie comme ici
Maria et Isaura sont sorties de garde à vue avec une convocation judiciaire en poche. Car « maintenir un enfant de moins de 6 ans sur la voie publique ou dans les transports dans le but de solliciter la générosité des passants » est un délit passible de sept ans d’emprisonnement et 100000 € d’amende. En 2005, trois femmes roms roumaines vivant à Saint-Denis et Aubervilliers avaient été jugées pour des faits similaires, à Paris. L’une avait été condamnée à 500 € d’amende, les deux autres relaxées en appel.
Maria décrit des moments douloureux, se détournant des hommes qui écoutent son récit. « J’ai fait une fausse couche à l’hôpital après la garde à vue », explique-t-elle. « C’est pas bien ce qu’on fait avec nous, intervient Claudio, son mari. C’est comme si on voulait nous supprimer, le petit était encore allaité et on l’enlève de sa mère. Et pendant dix jours on n’a pas eu de nouvelles des enfants. » Aidées d’un avocat, Me Henri Braun, les familles ont retrouvé leurs fils le 15 octobre.
« Les enfants sont mieux avec leurs parents, martèle Petrus, 21 ans, qui tient le petit Nicolas serré dans ses bras. Depuis tout ça, mon fils est nerveux, pleure et il est malade. » Les conditions de vie sur ce terrain sont pourtant rudimentaires. Pas d’eau courante, de la boue partout et des tas d’immondices. « Si on avait un travail avec un salaire, on aurait une vie normale. En Roumanie, on n’en a pas et en France non plus », poursuit Petrus. Les hommes expliquent vivre de la « ferraille ». Les femmes de la mendicité « deux à trois heures par jour ». « Depuis, on a arrêté de mendier », assure Maria, qui espérait trouver des conditions de vie meilleures ici. Elle et son mari expliquent qu’ils étaient venus une première fois en France sans les enfants, qu’ils sont partis rechercher. Installés depuis quatre mois à La Courneuve, ils s’interrogent sur un éventuel retour.http://www.leparisien.fr/faits-divers/la-courneuve-jugee-parce-qu-elle-mendiait-avec-ses-enfants-17-10-2011-1656623.php
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