Devant la cour d'assises des A.-M., examinant en appel un dossier des Bouches-du-Rhône, la lecture de l'acte d'accusation, lundi à Nice, glace d'horreur la salle. Durant plus de deux heures, la greffière relate les circonstances et la cruauté des sévices infligés en mai 2006 à William Modolo, un jeune homme de 21 ans frappé, torturé, sodomisé à l'aide d'une bouteille, avant d'être achevé à coup de pierres dans un bois des Alpilles.
Les cinq présumés agresseurs - trois hommes, dont le fils d'un avocat niçois, et deux femmes - baissent la tête. Ils évitent ainsi de croiser le regard des parties civiles qui leur font face. Au premier rang des proches de la victime, Roselyne Modolo tient fermement sur les genoux deux photos de son fils. Comme son mari Joseph qui tente de dissimuler son désarroi derrière des lunettes noires, cette hôtesse de caisse dans un supermarché serre les dents. « La haine me submerge à nouveau », confie-t-elle dans la salle des pas perdus. « Un seul d'entre eux se serait interposé, aurait dit stop, et William serait encore là… »
Douze dents arrachées avec une pince
Titulaire d'un CAP d'agent de restauration, le jeune adulte était décrit comme gentil, sociable et avenant.
Complexé par sa forte corpulence, il était cependant mal dans sa peau et influençable. Cette vulnérabilité a peut-être causé sa perte. En mars 2006, il s'est lié à un groupe hétérogène, composé de sans-domicile-fixe et de jeunes, parfois toxicomanes, en rupture de banc. Très vite, il est devenu leur souffre-douleur. Déclenchées par des futilités - la disparition d'un saucisson ou de dessous féminins - les violences sont allées crescendo. Traité comme un chien, obligé de s'avilir et de marcher à quatre pattes, William a été battu puis violé avec une bouteille. Du verre lui a été introduit dans la bouche avant d'y être brisé. Une à une, douze dents lui ont été arrachées à l'aide d'une pince.
Au final, le groupe tout entier, selon l'accusation, a décidé de le tuer. Traîné dans une forêt, William a été « fini » à l'aide de pierres jetées sur la tête. Son corps dénudé a été découvert par un promeneur. Mutilé, il portait des traces de brûlures et de multiples coups.
Deux semaines de débats
Considéré comme le chef du groupe, le mâle dominant, Jean-Pierre Planqueel a écopé en première instance à Aix de la plus lourde peine, 30 ans de réclusion dont 20 ans incompressibles. « J'ai décidé de ne pas faire appel(mais le parquet général l'a fait pour tout le monde) car j'assume les faits, même si je n'ai pas participé au viol », explique-t-il avec quelques difficultés de langage à la présidente Anne Segond. Les autres accusés estiment « avoir trop pris ». À l'image d'Arnaud Frapech (23 ans de réclusion) qui évoque un simple « litige » avec la victime ou d'Aurélie Piteux (19 ans de prison) qui « n'a pas fait certaines choses ». Les débats vont entrer aujourd'hui dans le vif du sujet. Ils devraient durer jusqu'à la fin de la semaine prochaine
http://www.nicematin.com/article/faits-divers/le-proces-de-la-barbarie-a-debute-lundi-a-nice
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