Une mallette de faux billets pour acheter un haras normand… Soupçonnés de tentative d’escroquerie, ces hommes, arrêtés à Caen, sont jugés pendant trois jours à Rennes.
Mars 2010, au Mariott, un hôtel luxueux d’Amsterdam. Un agent immobilier caennais a rendez-vous avec des investisseurs anglais, messieurs Chaudet et Espada, agissant pour le compte d’une société britannique. Ils veulent acheter un haras de 35 ha à Feugères (Manche), affiché au prix de 1,5 million d’euros. Le vendeur et les acheteurs se mettent d’accord.
Un mois plus tard, nouveau rendez-vous à l’hôtel Mercure à Caen. Les pseudos investisseurs ont une demande particulière qui intrigue l’agent immobilier : ils souhaitent que le haras soit vendu 1,1 million d’euros chez le notaire. Les 400 000 € restant doivent être réglés en liquide de la main à la main. Un dessous-de-table, net d’impôts. En contrepartie de ce « cadeau » à l’agent immobilier, ils lui demandent 200 000 € en petites coupures pour lui éviter des ennuis avec le fisc.
Flairant l’arnaque, l’agent prévient la police. L’échange a bien lieu. Dans la mallette des acheteurs anglais, une première couche de vrais billets de 500 €. En dessous, les billets étaient des faux. Les cinq hommes sont arrêtés le 1er avril à 10 h, à la sortie de l’hôtel de Caen.
Des lignes téléphoniques anglaises
Depuis hier, la juridiction inter-régionale spécialisée (Jirs) du tribunal de Rennes juge ces intermédiaires, huit prévenus dont cinq sont détenus. Âgés de 30 à 50 ans, ils sont domiciliés en Serbie, près de Paris ou dans le sud de la France. Certains vivent en maison, d’autres en caravane. Ils sont soupçonnés de tentative d’escroquerie en bande organisée, selon la technique du rip-deal ou « transaction pourrie ». C’est la première fois que la Jirs examine ce genre d’affaire.
Dans ce genre d’arnaque, la vente d’un bien est plutôt un prétexte : les escrocs repartent avec leur argent en ayant laissé une mallette de faux billets contre une mallette de vrais billets. Certains intermédiaires, pour brouiller les pistes, avaient pris soin d’ouvrir des lignes téléphoniques anglaises pour contacter l’agent immobilier. En réalité, elles provenaient toutes de bornes installées en Seine-Saint-Denis.
Dans l’affaire du haras, un faux commercial avait même été recruté pour visiter le bien et ainsi donner du crédit à l’offre d’achat.
La fin du procès est prévue ce jeudi soir.
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