Les coffres-forts les plus solides du monde, ce sont les hommes. Quand ils refusent de s'ouvrir, aucun système n'y parvient. Une serrure bloquée par la volonté résiste à toutes les tentatives.
Malgré un séjour de quarante-deux mois en prison, l'accusé est resté cadenassé dans ses mensonges. Trois jours de débats devant la cour d'Assises n'y changent rien. « Elles mentent », dit-il à propos de ses cinq accusatrices. Ses lèvres minces ne délivrent que des phrases courtes et sèches. Il brandit l'existence d'un complot familial, toujours et encore. Même son avocat, Me Duflot, ne croit pas à cette thèse. Il insiste plutôt sur un contexte, une jeunesse brisée par la confusion des corps et des sentiments de ses parents vivant avec une maîtresse et un amant à portée de la main. Perturbé, secret, Bernard Blanchet est marqué à jamais. Il ne respecte pas les barrières de l'âge, les interdits. C'est un prédateur redoutable. « Vous allez le condamner, je ne me fais pas d'illusions. Mais ce n'est pas le salaud que l'on décrit », estime son défenseur. Il décrit aussi des familles éclatées en huit troncs dont les branches disparaissent sous les feuilles de la proximité. Des vies communes hachées qui se prolongent ailleurs. Des liens anciens sont effacés, d'autres ressurgissent.
Les victimes sont restées longtemps silencieuses, dévorées par la honte. L'une d'elles pose des questions lors d'une simple séance de prévention des risques sexuels. Elle est menée par un gendarme au collège de Vermand. Le militaire mesure la possibilité de l'existence d'un drame. Une première plainte est déposée en octobre 2008 à la gendarmerie de Saint-Quentin par la sœur aînée de l'accusé catastrophée par les révélations de sa fille. La justice identifie quatre autres victimes, dont la propre fille de l'accusé, violée elle aussi. Toutes sont puisées dans son propre environnement familial. Il est papa, parrain, oncle et frère. Mais dans deux de ces derniers cas, les faits sont trop anciens pour être jugés.
Plusieurs fois, Bernard Blanchet tente d'acheter le silence par l'offre de sommes d'argent, une centaine d'euros, ou la promesse lancée aux fillettes qu'elles ne reverront pas leur maman si elles parlent.
Le calife et son harem
Dans la plupart des cas, elles ne sont âgées que d'une dizaine d'années. Mais elles peuvent aussi n'avoir que cinq ans. L'accusé est ainsi, excité par des poitrines qui n'abritent pas encore des seins, des corps d'enfants. Mais jamais il ne s'intéresse aux garçons. Seulement à celles qui vont devenir adolescentes.
Pourquoi n'avoue t-il pas ? D'abord pour conserver l'estime des siens. Habitué aux privilèges, ce père de cinq enfants ne veut pas déchoir. Il n'y a pas que chez les riches que des protocoles sont respectés. Les débats illustrent le règne sans partage du mâle.
Chez lui, ses chaussons lui sont tendus quand il pénètre dans son logis. Sa viande est coupée par les membres de sa famille. Il a rang de calife et sa baignoire est remplie d'eau chaude à sa convenance. Des dérives beaucoup plus graves sont constatées. « Il a son harem autour de lui. Il puise malheureusement dedans », dénonce Me Donnette avocat des cinq victimes.
L'avocate générale, Mme Leroy, remarque à leur propos, « Elles ne sont pas dans la vengeance, à peine dans la colère ». Elle requiert treize ans de réclusion.
Bernard Blanchet a été condamné hier, à l'issue de cinq heures de délibéré, à douze ans d'emprisonnement et à un suivi socio-judiciaire de dix ans pour tous les viols et agressions sexuelles survenus de 1993 à 2006 dans le canton de Vermand. La cour a répondu ainsi à 41 questions favorablement avant le verdict
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/douze-ans-de-prison-pour-viols
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