On croyait connaître le jeu de rôles complet du trafic de résine de cannabis, avec ses "charbonneurs" (revendeurs), ses "choufs" (guetteurs) et ses "nourrices" (ceux qui gardent la marchandise). Mais voilà qu'une espèce en voie d'apparition a fait une entrée remarquée, hier, devant le tribunal correctionnel de Marseille : les "sarafs", comprenez les "banquiers" ou "monnayeurs" en arabe. Et le procès d'un réseau très structuré entre le Maroc, l'Espagne et la Provence qui doit juger 23 prévenus pendant huit jours en est truffé !
Les "sarafs" avaient pour mission, une fois la marchandise vendue, de ramener l'argent de la drogue au pays, au Maroc en l'occurrence. Du coup, les "cerveaux" roulaient sur l'or. L'argent de la drogue était réinvesti sur place. Le réseau était dirigé par Rachid Brahmi, 38 ans, trafiquant présumé en chef et évident donneur d'ordres, qui passait le plus clair de son temps entre Maroc et Espagne. Prudent, il ne s'aventurait que rarement en France. Depuis le 27 septembre 2010, il fait l'objet d'un mandat d'arrêt demeuré infructueux.
Moins prudents ont été les "sarafs" et les diverses petites mains du trafic qui ont eu le tort de trop parler au téléphone. Bien sûr, ils utilisaient quelques codes, mais les Champollion de la police n'ont éprouvé que peu de difficultés au décryptage. "Un mètre" voulait dire "100 kilos" de cannabis à importer. Un mètre aussi pour désigner les 100 000 euros que cela rapportait. Du coup, les "sarafs"ne se promenaient pas les mains vides. Tout en liquide. Avec des sommes conséquentes à remettre qui pouvaient aller de 50 000 à plus de 500 000 euros.
"Tous les jours, ça rentre par gros billets!"
Certains ont contesté être ceux que l'on disait sur les écoutes téléphoniques versées au dossier. Les avocats de la défense vont ouvrir cette porte et s'y engouffrer. En attendant, la présidente Jacqueline Faglin boit du petit lait, comme lorsque Hassan Brahmi, détenu lui, frère de Rachid, a le malheur de s'épancher: "Tous les jours, ça rentre par gros billets !" Aujourd'hui, il s'efforce de minimiser en invoquant des "pressions".
"Tout le système est basé sur la confiance, a pourtant confié Hassan aux enquêteurs. On se donne rendez-vous et on discute pas. On annonce la somme et on s'en va !" On peut comprendre en effet que l'importance des sommes en jeu n'incitait pas à s'attarder. Un braquage est si vite arrivé. On songe en effet au dossier de la cité des Iris (14e), jugé récemment aux assises, qui avait coûté la vie à un jeune hâtivement accusé d'avoir braqué un réseau de stups en février 2008.
La trop belle histoire des "sarafs" s'est achevée le 3 avril 2009 avec une série d'interpellations. Manquent, hélas, quelques-uns des "chefs d'orchestre" pour la mise en musique finale du trafic. Rachid Brahmi avait bien été arrêté le 13 février 2008 au Maroc, puis relâché. Il était en possession d'une somme d'1,5 million d'euros en espèces. Cette vilaine manie de ne pas faire confiance aux banquiers traditionnels !
http://www.laprovence.com/article/a-la-une/marseille-les-trafiquants-de-cannabis-avaient-aussi-leurs-banquiers
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