Hier dans le box, Willy est Willy, pas le Rambo que la simple relation du fait divers pourrait laisser soupçonner. Ses sourcils en accent circonflexe animent un visage rond aux yeux souvent ailleurs. L’image même du gentil garçon décrit par sa grand-mère, du « brave p’tit gars », raconté par des dizaines de témoignages, depuis son instituteur jusqu’aux voisins des grands-parents. Avant cette nuit-là, jamais d’acte de violence. Jamais d’embrouille. Un bon environnement familial, qui le soutient dans ses difficultés. Car c’est vrai, Willy se bat. Contre les mots. Le président Theuret, incrédule, lui fait répéter plusieurs fois son niveau scolaire. Il n’a jamais dépassé le CP. « J’ai un problème, confesse-t-il. Je bloque toujours sur des trucs. »
Willy reconnaît que c’est là un handicap, mais n’en rajoute pas. Il n’a jamais souffert de moqueries. Il ne sait ni lire, ni écrire, mais n’est pas du genre à se replier sur lui-même. « Je suis un très grand parleur », précise-t-il à la cour.
Un garçon rangé
Ses grands-parents étaient forains. Avec le grand-père, qui tenait les auto-tamponneuses, il prend goût au travail manuel. Suivant les traces de son père, sédentarisé du côté d’Antibes, Willy devient à son tour artisan en nettoyage de façades. Les filles ? Là encore, l’accusé apparaît comme un garçon rangé. Il rencontre Albane, son amie, à l’âge de 17 ans. Ils sont encore ensemble. Brune piquante aux ongles laqués de rose, Albane vient témoigner et enchaîne les qualificatifs. Honnête. Gentil. Serviable. Dans le box, Willy approuve.Faut-il voir dans cette tentative de meurtre l’aboutissement d’une querelle entre forains ? L’explication serait si facile. Mais les deux familles, sans histoires, se connaissent à peine. Forains, mais pas du même monde. Le père de Gunther, Jean, le chef au beau physique à la Charles Bronson, s’occupe d’un grand huit, qu’il installe dans les foires les plus importantes de l’hexagone.
A la cour, il raconte un quotidien de fête et de travail, de rigueur et de liberté. Alors le petit Willy et ses rénovations de façade… Il y a bien eu une altercation entre Gunther et Steven, le fameux beau-frère de Willy. Elle remonte à quatre ans. Les deux jeunes étaient des ados et, à l’occasion d’un mariage, une baffe claque. Mais Ruby, la cousine de Gunther, assure à la barre que jamais il n’y a eu une quelconque rancune remâchée. Surtout, Steven et Willy ne se parlent plus. Fausse piste.
Un mobile obscur
A la fin de la première journée d’audience, si les faits sont clairs, le mobile reste obscur (*). Pourquoi avoir percuté Stany, qu’il ne connaissait pas ? La défense de Willy, qui plaide l’accident, n’a pas forcément besoin de ce mobile.Après les quelques mots échangés à la foire, Gunther, venu boire un verre avec des amis, croise de nouveau Willy, qui a eu la même idée, à la sortie de la rhumerie La Jamaïque, place de la République. Les témoins assurent que Willy frappe Gunther, qui rentre dans l’établissement la tête en sang. Les videurs sentent le coup et séparent immédiatement les deux camps pour éviter que la situation ne dégénère.
Willy traverse la place, monte dans son véhicule. La suite, l’ensemble des témoins, de Loïc, l’étudiant qui observe la scène depuis le balcon de son appartement, aux trois videurs, la décrit avec minutie, chacun avec son regard et son point de vue.
Le président Theuret décide alors de diffuser la bande-vidéo prise par les caméras de surveillance. Elle confirme, violemment, ce que les témoins ont raconté. Une voiture folle, masse d’acier noir, qui s’arrête ; effectue une légère marche arrière avant de mettre les gaz et de faire un écart. Comme un taureau avant la charge. Un corps s’envole en un horrible soleil et retombe, dix mètres plus loin. La bande est muette, mais tout son est superflu. Depuis, Stany est handicapé, lourdement. A la barre, où il se tient droit, le jeune homme affirme qu’il n’a pas de haine envers Willy. Il le regarde droit dans les yeux. Willy, lui, a le regard ailleurs.
Suite et fin de l’audience ce mercredi.
http://www.bienpublic.com/cote-d-or/2012/04/11/la-soiree-de-fete-s-etait-achevee-dans-le-sang
(*) Quant à l’intention homicide, les parties s’expliqueront aujourd’hui.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire