Condamné à perpétuité pour l’assassinat du juge Pierre Michel, en 1981, il est à nouveau jugé pour trafic de drogue. Il était surnommé “Le Blond”. Aujourd’hui, ses comparses ne l’appellent plus que “Le Vieux”. À 64 ans, François Girard, ce trafiquant de drogue marseillais qui a ordonné, en 1981, l’assassinat d’un magistrat, s’est assis une nouvelle fois dans le box des prévenus du tribunal de Marseille.
Forte carrure, visage émacié, regard perçant et glacial, derrière ses fines lunettes, cet homme aux cheveux poivre et sel tourne le dos à la fenêtre grillagée donnant sur la place ombragée qui porte le nom de sa victime. « Square Pierre-Michel, premier juge d’instruction au tribunal de grande instance de Marseille, 1943-1981. » Les mots sont gravés dans la pierre, comme le drame
l’est, à jamais, dans l’histoire judiciaire de la ville. 21 octobre 1981, 12 h 40, deux hommes à moto qui filent le long d’un boulevard, des coups de feu, un homme à terre : Pierre Michel, le juge d’instruction qui luttait contre les trafiquants de la French Connection, vient d’être exécuté, sur ordre du Milieu.
L’enquête l’établit : c’est François Girard, envoyé en prison trois mois plus tôt par le juge Michel, qui se cache derrière ce terrible contrat. Condamné à 12 ans pour le trafic de drogue, puis à perpétuité avec 18 ans de sûreté, pour l’assassinat, Girard a retrouvé en 2005 la liberté : sa peine est alors suspendue pour raison médicale, car il souffre d’une pathologie cardiaque incompatible avec sa détention. « Nous sommes révoltés et en colère », déclare ce jour-là Béatrice Michel, la fille du juge, devenue avocate à Montpellier (Midi Libre du 18 mai 2005). Elle n’avait que neuf ans à la mort de son père, mais, trente ans plus tard, continue à devoir suivre, douloureusement, les coups d’éclats de François Girard.
Car l’homme ne se fait pas oublier : en août 2009, il est arrêté avec plusieurs autres malfrats marseillais impliqués dans la préparation d’un trafic de drogue. Malgré l’interdiction qui lui en était faite, François Girard, censé vivre à Pessac, près de Bordeaux, revenait régulièrement à Marseille. Cette violation lui vaut deux ans ferme, un retour en cellule, derrière ces barreaux où il a déjà passé près de 35 ans, depuis les centres d’éducation surveillée de son adolescence jusqu’aux plus sombres des prisons centrales françaises.
Depuis hier, il est à nouveau au cœur d’un procès où il fait figure de triste vedette, muette en cette première audience. Il y côtoie un petit revendeur de cocaïne, arrêté avec une kalachnikov, un P38 et une BMW volée. Un employé de la SNCM qui dealait aux marins de la cocaïne pendant les traversées vers la Corse. Un ex-boxeur chauve aux biceps impressionnants, André Davigny, et Alexandra, sa femme, une brune spectaculaire, fière d’avoir été figurante sur Taxi 2, et qui s’avance nombril à l’air, pour répondre avec insolence aux questions du président. Entre les trois, l’atmosphère est tendue : Alexandra a été la maîtresse de Girard, pendant que son mari, qu’elle appelle “Doudou”, partait en voilier au Cap Vert, pour y chercher, selon les enquêteurs, une cargaison de cocaïne qu’il n’a jamais trouvée. Girard nie avoir cherché à financer l’opération. Mais il risque gros : récidiviste, il encourt vingt ans de prison.
http://www.midilibre.com/articles/2011/04/12/GRAND-SUD-Francois-Girard-de-retour-sur-les-lieux-du-crime-1586364.php5
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