Les proches de cinq personnes décédées dans le service du Dr Nicolas Bonnemaison, acquitté de l'empoisonnement de sept patients, ont écrit aujourd'hui une lettre ouverte au président François Hollande pour exprimer leur "désespoir" après la décision du parquet général de Pau de faire appel de cette décision.
Dans cette lettre, les proches de cinq personnes décédées dans l'unité de l'urgentiste bayonnais, dont quatre cas avaient notamment entraîné le renvoi du Dr Bonnemaison devant les assises des Pyrénées-Atlantiques, expriment leur "incompréhension", "stupéfaction" et même "désespoir" devant cette décision.
Se disant "victimes d'un système judiciaire complètement aberrant", les signataires en appellent à "la plus haute bienveillance" de François Hollande, selon ce courrier transmis à l'AFP par Patricia Dhooge, épouse d'un patient décédé en mars 2010 à l'hôpital de Bayonne. "Confrontés à l'agonie horrible de nos proches (...) nous avons trouvé (...) une humanité exceptionnelle en la personne du Docteur Nicolas Bonnemaison", écrivent les signataires qui avaient déjà témoigné en ce sens pendant le procès à Pau du 11 au 25 juin.
Selon eux, la "motivation de l'acquittement correspond bien à la réalité des faits" et "démontre que le médecin a toujours agi avec l'intention de soigner et non de tuer". "Les débats ont permis de comprendre dans quelle situation se trouvait le médecin" et "les insuffisances de la loi ont été stigmatisées", ajoutent-ils.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/07/10/97001-20140710FILWWW00275-bonnemaison-desespoir-devant-la-decision.php
Il faut faire confiance en la justice (Hegel) Revue de la presse judiciaire ici........
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jeudi 10 juillet 2014
mercredi 2 juillet 2014
Acquittement du Dr Bonnemaison : le parquet général fait appel
C'était une décision lourde de sens, parallèlement au débat sur la fin de vie qui anime la société française, dont le parquet général de Pau a décidé de faire appel mercredi. Le médecin urgentiste Nicolas Bonnemaison, poursuivi pour "empoisonnement" après avoir abrégé la vie de sept malades en phase terminale, a été acquitté le 25 juin dernier par la cour d'assises de Pau.
Mais mercredi, le parquet général de Pau a fait appel de ce verdict et ainsi ouvert la voie à un nouveau procès.
Une décision motivée par "l'ensemble de cette affaire". "Prenant en compte l'ensemble des éléments de cette affaire, la procureure générale, Blandine Froment, près la cour d'appel a estimé nécessaire de relever appel de la décision" de la cour d'assises, a indiqué dans un communiqué le parquet général. Lors du procès, le parquet avait requis 5 ans de prison avec sursis possible, reconnaissant toutefois que le Dr Bonnemaison n'était "pas un assassin".
jeudi 26 juin 2014
Nicolas Bonnemaison acquitté : les «leçons» du procès
Il aurait fallu enregistrer ces onze jours de débats devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, où Nicolas Bonnemaison, 53 ans, était jugé pour l'«empoisonnement» de sept patients très âgés et malades. Chacune des parties au procès de l'ex-urgentiste bayonnais, acquitté mercredi «de la totalité des faits», s'accorde à regretter que tel n'ait pas été le cas.
Car la qualité des audiences et des témoins, l'émotion exprimée sur ce «temps de la vie» qu'est l'agonie, les interrogations sur la façon de l'accompagner, ont marqué les esprits.
Le verdict d'acquittement - qui répondait à quatorze questions sur des cas précis - ne se prononce pas sur la question d'une évolution de la loi Léonetti de 2005. Il juge que le praticien a agi «de bonne foi» face aux «souffrances physiques et psychiques» de patients pour lesquels «l'arrêt des traitements», autorisé par ce texte, avait été décidé avant leur arrivée dans son unité. Et qu'il a procédé à des «sédations» par injections sans avoir «l'intention de donner la mort» (lire ci-dessous la «motivation» du verdict). «Revenons aux faits, au cadre de la loi telle qu'elle est aujourd'hui», ont rappelé maintes fois le président Michel Le Maître et l'avocat général Marc Mariée. Ce procès ne vaut pas non plus avis sur l'euthanasie à la façon belge ou hollandaise, n'en déplaise à ses partisans comme à ses adversaires. Mais il a renvoyé chacun dans l'intimité de «cette zone grise» qu'est l'appréhension de la fin de la vie - et qui se déroule à l'hôpital, rappelons-le, pour plus de 70% des Français. Décryptage.
La loi, jusqu'où ?
«La cour d'assises de Pau a acquitté un homme. Il appartient maintenant à ceux qui veulent changer la loi de prendre leurs responsabilités», ont insisté les avocats de Nicolas Bonnemaison. L'un d'eux, Me Ducos-Ader, n'a cessé de souligner «le décalage» entre la peine criminelle de perpétuité encourue par son client et les «gestes de soins» qu'il revendique. Avant de requérir cinq ans de prison avec sursis, l'avocat général en a convenu : l'homme dans le box, s'il avait à ses yeux trangressé «l'interdit de tuer», n'était «pas un assassin, pas un empoisonneur au sens commun de ces termes». Nicolas Bonnemaison, dont l'expert psychiatre a souligné la personnalité «compassionelle», a toujours expliqué avoir injecté à ses patients des produits aux effets potentiellement létaux afin de «soulager leurs souffrances physiques et psychiques». La cour a tranché en son sens: s'il a bien utilisé de l'hypnovel - un sédatif puissant - pour cinq patients, et même du norcuron - un curare dont l'usage n'est pas recommandé par les protocoles - pour un autre, «l'intention homicide du praticien (n'est) pas établie».
Ne faudrait-il pas que votre loi évolue, en prévoyant notamment des sanctions adaptées ?, avait demandé Me Ducos-Ader au député UMP Jean Léonetti, chargé depuis d'une nouvelle mission de réflexion par le Président Hollande. «Le Dr Bonnemaison est là parce qu'il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas. Aucune loi au monde ne permettrait cet arbitraire», avait répondu ce dernier, tout en défendant la sédation en phase terminale comme «un devoir de soulagement, un droit que les malades peuvent revendiquer». «Après dix ans, je me méfie de celui qui dit «moi je sais» sur ce sujet», a noté l'auteur du texte de 2003. Quelle que soit la législation, «il y aura toujours un interstice libre pour la conscience», a souligné l'ancienne ministre Michèle Delaunay. Favorable à une évolution législative, le professeur Didier Sicard a mentionné que le Comité national consultatif d'éthique (CNCE) suggérait, à l'époque où il l'a présidé, un concept d'«exception d'euthanasie», définissant dans certains cas des conditions évitant d'enclencher «la lourde machine judiciaire» - «mais cet avis n'a pas été retenu», a-t-il rappelé.
La solitude du médecin
«La médecine a toujours, depuis des temps immémoriaux, aidé à mourir», a également rappelé le professeur Sicard. «La société ne supporte pas l'agonie. Il y a tel tabou de la mort qu'on ne l'aborde qu'à la fin (...) dans un système hospitalier inhospitalier», a déploré Jean Léonetti. Leurs paroles, mais aussi celles d'autres médecins, ex-confrères ou non de Nicolas Bonnemaison, qui sont venus raconter ces moments où un patient dit: «Docteur, il va falloir m'aider», ont beaucoup pesé. «Quand on me dit ça, je ne pense pas à donner la mort, parce que la mort est déjà là. Et la mort, comme le médecin la voit, ce ne sont pas des images de cinéma», a décrit le Dr Marie-Pierre Kuhn. «L'agonie est un combat, face auquel je n'ai pas d'armes», a admis son confrère Thierry Saint-Val. «Il s'agit de prendre la moins mauvaise décision (...) de rendre la fin de vie la plus digne possible», a renchérit Frédéric Chaussoy, le médecin poursuivi il y a dix ans pour avoir «aidé» Vincent Humbert à mourir avant de bénéficier d'un non lieu.
«Dans ce passage de quelques heures où l'on est plus vivant et pas tout à fait mort, le médecin qui ne délègue pas est un médecin courageux», a encore témoigné Jean-Etienne Bazin, anesthésiste réanimateur, qui affirme avoir «toujours pris la responsabilité d'appuyer sur la seringue.» «Avec l'équipe, la collégialité est dans le projet thérapeuthique, dans la pratique du service», a-t-il expliqué. Pas dans le «geste», ni dans le choix «technique» du produit, ont défendu ces praticiens. «La loi s'arrête-t-elle donc à la porte de l'hôpital !», s'était interrogé l'avocat général. Le magistrat a plus tard considéré cette «solitude culturelle du médecin», quelque peu «archaïque», comme l'une des raisons expliquant pourquoi Nicolas Bonnemaison aurait franchi «l'infime limite» entre l'acte «qui abrège les souffrances» et celui «qui abrège la vie». Reste qu'in fine, les jurés ont écarté cette question de l'absence de consultation de l'équipe soignante. Et pris en compte «le contexte bien spécifique de l'UHCD», l'unité où il travaillait et où parvenaient, après un passage aux urgences et une décision d'arrêt de traitement, des patients «atteints d'affections graves et reconnues comme incurables» qu'aucun autre service de l'hôpital de Bayonne n'accueillait.
La délicate place des familles
Par deux fois au moins, la cour d'assises a perçu «de vive voix» à quel point la fin de vie d'un proche est susceptible de diviser une famille. A la barre, l'épouse d'un défunt et sa belle-fille, pourtant d'accord pour soutenir Nicolas Bonnemaison, se sont déchirées. Les enfants d'un autre - un frère s'étant constitué partie civile, sa soeur souhaitant l'acquittement- s'opposer. «L'avis de la famille a une certaine fragilité, a souligné Michèle Delaunay. (Leur) responsabilité est très lourde, et elle est aussi fluctuante. L'un peut-être lassé des trajets quotidiens à l'hôpital, l'autre dans une relation fusionnelle... J'écoute, mais avec prudence», a-t-elle relaté, en estimant, concernant le dossier Bonnemaison, que la plupart des familles avaient en quelque sorte acquiescé à titre «posthume» en ne se constituant pas partie civile. Les trois proches qui l'ont fait voulaient avant tout «comprendre», ont-ils expliqué à la cour. Nicolas Bonnemaison «n'a pas informé les familles à chaque fois», a établi la cour, mais cet élément ne démontre pas, là non plus, qu'il ait eu «l'intention de donner la mort aux patients».
http://www.leparisien.fr/faits-divers/nicolas-bonnemaison-acquitte-les-lecons-du-proces-26-06-2014-3954465.php
Le verdict d'acquittement - qui répondait à quatorze questions sur des cas précis - ne se prononce pas sur la question d'une évolution de la loi Léonetti de 2005. Il juge que le praticien a agi «de bonne foi» face aux «souffrances physiques et psychiques» de patients pour lesquels «l'arrêt des traitements», autorisé par ce texte, avait été décidé avant leur arrivée dans son unité. Et qu'il a procédé à des «sédations» par injections sans avoir «l'intention de donner la mort» (lire ci-dessous la «motivation» du verdict). «Revenons aux faits, au cadre de la loi telle qu'elle est aujourd'hui», ont rappelé maintes fois le président Michel Le Maître et l'avocat général Marc Mariée. Ce procès ne vaut pas non plus avis sur l'euthanasie à la façon belge ou hollandaise, n'en déplaise à ses partisans comme à ses adversaires. Mais il a renvoyé chacun dans l'intimité de «cette zone grise» qu'est l'appréhension de la fin de la vie - et qui se déroule à l'hôpital, rappelons-le, pour plus de 70% des Français. Décryptage.
La loi, jusqu'où ?
«La cour d'assises de Pau a acquitté un homme. Il appartient maintenant à ceux qui veulent changer la loi de prendre leurs responsabilités», ont insisté les avocats de Nicolas Bonnemaison. L'un d'eux, Me Ducos-Ader, n'a cessé de souligner «le décalage» entre la peine criminelle de perpétuité encourue par son client et les «gestes de soins» qu'il revendique. Avant de requérir cinq ans de prison avec sursis, l'avocat général en a convenu : l'homme dans le box, s'il avait à ses yeux trangressé «l'interdit de tuer», n'était «pas un assassin, pas un empoisonneur au sens commun de ces termes». Nicolas Bonnemaison, dont l'expert psychiatre a souligné la personnalité «compassionelle», a toujours expliqué avoir injecté à ses patients des produits aux effets potentiellement létaux afin de «soulager leurs souffrances physiques et psychiques». La cour a tranché en son sens: s'il a bien utilisé de l'hypnovel - un sédatif puissant - pour cinq patients, et même du norcuron - un curare dont l'usage n'est pas recommandé par les protocoles - pour un autre, «l'intention homicide du praticien (n'est) pas établie».
Ne faudrait-il pas que votre loi évolue, en prévoyant notamment des sanctions adaptées ?, avait demandé Me Ducos-Ader au député UMP Jean Léonetti, chargé depuis d'une nouvelle mission de réflexion par le Président Hollande. «Le Dr Bonnemaison est là parce qu'il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas. Aucune loi au monde ne permettrait cet arbitraire», avait répondu ce dernier, tout en défendant la sédation en phase terminale comme «un devoir de soulagement, un droit que les malades peuvent revendiquer». «Après dix ans, je me méfie de celui qui dit «moi je sais» sur ce sujet», a noté l'auteur du texte de 2003. Quelle que soit la législation, «il y aura toujours un interstice libre pour la conscience», a souligné l'ancienne ministre Michèle Delaunay. Favorable à une évolution législative, le professeur Didier Sicard a mentionné que le Comité national consultatif d'éthique (CNCE) suggérait, à l'époque où il l'a présidé, un concept d'«exception d'euthanasie», définissant dans certains cas des conditions évitant d'enclencher «la lourde machine judiciaire» - «mais cet avis n'a pas été retenu», a-t-il rappelé.
La solitude du médecin
«La médecine a toujours, depuis des temps immémoriaux, aidé à mourir», a également rappelé le professeur Sicard. «La société ne supporte pas l'agonie. Il y a tel tabou de la mort qu'on ne l'aborde qu'à la fin (...) dans un système hospitalier inhospitalier», a déploré Jean Léonetti. Leurs paroles, mais aussi celles d'autres médecins, ex-confrères ou non de Nicolas Bonnemaison, qui sont venus raconter ces moments où un patient dit: «Docteur, il va falloir m'aider», ont beaucoup pesé. «Quand on me dit ça, je ne pense pas à donner la mort, parce que la mort est déjà là. Et la mort, comme le médecin la voit, ce ne sont pas des images de cinéma», a décrit le Dr Marie-Pierre Kuhn. «L'agonie est un combat, face auquel je n'ai pas d'armes», a admis son confrère Thierry Saint-Val. «Il s'agit de prendre la moins mauvaise décision (...) de rendre la fin de vie la plus digne possible», a renchérit Frédéric Chaussoy, le médecin poursuivi il y a dix ans pour avoir «aidé» Vincent Humbert à mourir avant de bénéficier d'un non lieu.
«Dans ce passage de quelques heures où l'on est plus vivant et pas tout à fait mort, le médecin qui ne délègue pas est un médecin courageux», a encore témoigné Jean-Etienne Bazin, anesthésiste réanimateur, qui affirme avoir «toujours pris la responsabilité d'appuyer sur la seringue.» «Avec l'équipe, la collégialité est dans le projet thérapeuthique, dans la pratique du service», a-t-il expliqué. Pas dans le «geste», ni dans le choix «technique» du produit, ont défendu ces praticiens. «La loi s'arrête-t-elle donc à la porte de l'hôpital !», s'était interrogé l'avocat général. Le magistrat a plus tard considéré cette «solitude culturelle du médecin», quelque peu «archaïque», comme l'une des raisons expliquant pourquoi Nicolas Bonnemaison aurait franchi «l'infime limite» entre l'acte «qui abrège les souffrances» et celui «qui abrège la vie». Reste qu'in fine, les jurés ont écarté cette question de l'absence de consultation de l'équipe soignante. Et pris en compte «le contexte bien spécifique de l'UHCD», l'unité où il travaillait et où parvenaient, après un passage aux urgences et une décision d'arrêt de traitement, des patients «atteints d'affections graves et reconnues comme incurables» qu'aucun autre service de l'hôpital de Bayonne n'accueillait.
La délicate place des familles
Par deux fois au moins, la cour d'assises a perçu «de vive voix» à quel point la fin de vie d'un proche est susceptible de diviser une famille. A la barre, l'épouse d'un défunt et sa belle-fille, pourtant d'accord pour soutenir Nicolas Bonnemaison, se sont déchirées. Les enfants d'un autre - un frère s'étant constitué partie civile, sa soeur souhaitant l'acquittement- s'opposer. «L'avis de la famille a une certaine fragilité, a souligné Michèle Delaunay. (Leur) responsabilité est très lourde, et elle est aussi fluctuante. L'un peut-être lassé des trajets quotidiens à l'hôpital, l'autre dans une relation fusionnelle... J'écoute, mais avec prudence», a-t-elle relaté, en estimant, concernant le dossier Bonnemaison, que la plupart des familles avaient en quelque sorte acquiescé à titre «posthume» en ne se constituant pas partie civile. Les trois proches qui l'ont fait voulaient avant tout «comprendre», ont-ils expliqué à la cour. Nicolas Bonnemaison «n'a pas informé les familles à chaque fois», a établi la cour, mais cet élément ne démontre pas, là non plus, qu'il ait eu «l'intention de donner la mort aux patients».
http://www.leparisien.fr/faits-divers/nicolas-bonnemaison-acquitte-les-lecons-du-proces-26-06-2014-3954465.php
mercredi 25 juin 2014
Nicolas Bonnemaison a été acquitté
Les jurés viennent de rendre leur verdict...
Acquitté. La Cour d'assises de Pau vient de rendre son verdict concernant Nicolas Bonnemaison. Il risquait la réclusion criminelle à perpétuité, il est finalement acquitté. L'urgentiste de 53 ans comparaissait depuis le 11 juin pour avoir abrégé la vie de sept patients âgés, malades et en fin de vie, des actes qu'il a pleinement assumés. «J'ai agi en médecin comme je le conçois (...) jusqu'au bout du bout», avait notamment déclaré l'urgentiste bayonnais, avant que les jurés ne se retirent pour délibérer, vers 9h15.
L'accusation n'avait requis mardi qu'une peine de cinq ans de prison, possiblement assortie du sursis sur l'intégralité, et n'a pas réclamé d'interdiction d'exercer. Le Dr Bonnemaison, s'exprimant d'une voix posée et assez calme, à peine hachée, avait expliqué à qui iraient ses pensées au moment du verdict: aux patients décédés, «qui me hantent le jour, la nuit», à leurs familles, qu'il n'a pas eu le droit de rencontrer depuis trois ans. «Mais je serai toujours à leur disposition s'ils veulent me parler», a-t-il dit.
L’avocat de Bonnemaison espérait que ce procès puisse «faire accélérer l'histoire» en matière de législation sur la fin de vie. La veille, en plaidant, Me Ducos-Ader avait exhorté les jurés à incarner la «justice qui montre le chemin à la loi», comme jadis avant la légalisation de l'avortement, quand les Cours d'assises acquittaient les avorteuses, les «faiseuses d'anges».
L'accusateur lui-même, l'avocat général Marc Mariée, avait estimé dans son réquisitoire que «personne ici ne ressortira indemne de ce qui a été dit». Il avait espéré, même si «on n'est pas là pour refaire la loi», que «des choses fortes doivent sortir de ces murs», à l'adresse manifeste du législateur.
http://www.20minutes.fr/societe/1410769-nicolas-bonnemaison-a-ete-acquitte
Acquitté. La Cour d'assises de Pau vient de rendre son verdict concernant Nicolas Bonnemaison. Il risquait la réclusion criminelle à perpétuité, il est finalement acquitté. L'urgentiste de 53 ans comparaissait depuis le 11 juin pour avoir abrégé la vie de sept patients âgés, malades et en fin de vie, des actes qu'il a pleinement assumés. «J'ai agi en médecin comme je le conçois (...) jusqu'au bout du bout», avait notamment déclaré l'urgentiste bayonnais, avant que les jurés ne se retirent pour délibérer, vers 9h15.
L'accusation n'avait requis mardi qu'une peine de cinq ans de prison, possiblement assortie du sursis sur l'intégralité, et n'a pas réclamé d'interdiction d'exercer. Le Dr Bonnemaison, s'exprimant d'une voix posée et assez calme, à peine hachée, avait expliqué à qui iraient ses pensées au moment du verdict: aux patients décédés, «qui me hantent le jour, la nuit», à leurs familles, qu'il n'a pas eu le droit de rencontrer depuis trois ans. «Mais je serai toujours à leur disposition s'ils veulent me parler», a-t-il dit.
«Faire accélérer l'histoire» en matière de législation sur la fin de vie
Il avait aussi exprimé une pensée pour le personnel soignant de l'hôpital de Bayonne qui l'avait dénoncé, leur disant que «l'heure est à l'apaisement» et qu'il est, aussi, à leur disposition pour reparler de tout cela.L’avocat de Bonnemaison espérait que ce procès puisse «faire accélérer l'histoire» en matière de législation sur la fin de vie. La veille, en plaidant, Me Ducos-Ader avait exhorté les jurés à incarner la «justice qui montre le chemin à la loi», comme jadis avant la légalisation de l'avortement, quand les Cours d'assises acquittaient les avorteuses, les «faiseuses d'anges».
L'accusateur lui-même, l'avocat général Marc Mariée, avait estimé dans son réquisitoire que «personne ici ne ressortira indemne de ce qui a été dit». Il avait espéré, même si «on n'est pas là pour refaire la loi», que «des choses fortes doivent sortir de ces murs», à l'adresse manifeste du législateur.
http://www.20minutes.fr/societe/1410769-nicolas-bonnemaison-a-ete-acquitte
Nicolas Bonnemaison : «J'ai agi en médecin, jusqu'au bout»
Après onze jours de débats, le président de la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, Michel Le Maître, a donné ce mercredi une dernière fois la parole à Nicolas Bonnemaison. L'ex-urgentiste, 53 ans, est jugé pour avoir écourté, par «administration de substance de nature à entraîner la mort» la vie de sept malades très âgés entre mars 2010 et juillet 2011 à l'unité hospitalière de courte durée de Bayonne.
Pâle, en costume bleu, l'ex-urgentiste se lève. Il dit: «Je vais être bref. Je voudrais terminer par là où j'ai commencé il y a quinze jours. J'ai à la fois l'impression qu'ils étaient hier, ces quinze jours, et l'impression que ça a été long... Je voudrais rappeler que mes pensées vont aujourd'hui vers les patients, avant tout. Ces patients qui me hantent, le jour et la nuit, depuis trois ans. Quelle que soit la décision rendue aujourd'hui, je continuerai à penser à eux.»
«Mes pensées vont aussi aux familles, reprend-t-il. Ca a été difficile pour elles. Je voudrais avoir une pensée particulière pour Françoise Iramuno et André Geffroy (ndlr, deux patients dont des proches sont parties civiles). Depuis trois ans, je n'ai pas eu la possibilité rencontrer les familles, je n'y étais pas autorisé. Je tiens à leur dire que je resterais à leur disposition si jamais elles veulent me parler».
Cinq ans avec sursis requis contre le médecin
«J'ai une pensée aussi pour les infirmières et les aides-soignantes qui m'ont dénoncé. Je crois que l'heure est à l'apaisement, pas aux règlements de comptes, et en particulier pas à l'hôpital (ndlr, de Bayonne, où l'émoi autour du procès est intense). Je veux que chacun puisse reprendre son travail sereinement. Elles non plus, je n'ai pas pu les voir, je me tiens à leur disposition si jamais elles veulent me parler.»
«J'ai une pensée aussi pour les gens qui me soutiennent, c'est grâce à eux que j'ai pu tenir le coup, continue-t-il. Une pensée particulière pour mon épouse, qui m'a accompagné pendant des années, et depuis trois ans, avec tout son courage et sa détermination. C'est aussi grâce à elle que je suis là aujourd'hui.»
«Je ne reviendrai pas sur les faits, monsieur le président, vous m'avez largement donné la parole. Je veux simplement dire que j'ai agi en médecin, comme je pense faire ce métier, c'est à dire jusqu'au bout. J'estime que cela fait partie du devoir du médecin d'accompagner ces patients jusqu'au bout du bout.»
Il est 9h10. La cour se retire pour délibérer. Le verdict est attendu en début d'après-midi mercredi. Les jurés devront répondre à quatorze questions (deux par patients), formulées ainsi: «Question n°1. L'accusé Nicolas Bonnemaison est-il coupable d'avoir volontairement attenté à la vie de (nom) par l'emploi ou l'administration de nature entraîner la mort?» «Question n°2. L'empoisonnement spécifié à la question n°1 a-t-il été commis alors que (nom) était particulièrement vulnérable en raison de son état physique et que cette particulière vulnérabilité était connue de Nicolas Bonnemaison.»
Mardi, l'avocat général Marc Mariée a requis cinq ans de prison avec sursis à son encontre. Ses avocats, Me Arnaud Dupin et Benoît Ducos-Ader, ont eux plaidé l'acquittement.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/nicolas-bonnemaison-mes-pensees-vont-a-ces-patients-qui-me-hantent-25-06-2014-3951971.php
Pâle, en costume bleu, l'ex-urgentiste se lève. Il dit: «Je vais être bref. Je voudrais terminer par là où j'ai commencé il y a quinze jours. J'ai à la fois l'impression qu'ils étaient hier, ces quinze jours, et l'impression que ça a été long... Je voudrais rappeler que mes pensées vont aujourd'hui vers les patients, avant tout. Ces patients qui me hantent, le jour et la nuit, depuis trois ans. Quelle que soit la décision rendue aujourd'hui, je continuerai à penser à eux.»
«Mes pensées vont aussi aux familles, reprend-t-il. Ca a été difficile pour elles. Je voudrais avoir une pensée particulière pour Françoise Iramuno et André Geffroy (ndlr, deux patients dont des proches sont parties civiles). Depuis trois ans, je n'ai pas eu la possibilité rencontrer les familles, je n'y étais pas autorisé. Je tiens à leur dire que je resterais à leur disposition si jamais elles veulent me parler».
Cinq ans avec sursis requis contre le médecin
«J'ai une pensée aussi pour les infirmières et les aides-soignantes qui m'ont dénoncé. Je crois que l'heure est à l'apaisement, pas aux règlements de comptes, et en particulier pas à l'hôpital (ndlr, de Bayonne, où l'émoi autour du procès est intense). Je veux que chacun puisse reprendre son travail sereinement. Elles non plus, je n'ai pas pu les voir, je me tiens à leur disposition si jamais elles veulent me parler.»
«J'ai une pensée aussi pour les gens qui me soutiennent, c'est grâce à eux que j'ai pu tenir le coup, continue-t-il. Une pensée particulière pour mon épouse, qui m'a accompagné pendant des années, et depuis trois ans, avec tout son courage et sa détermination. C'est aussi grâce à elle que je suis là aujourd'hui.»
«Je ne reviendrai pas sur les faits, monsieur le président, vous m'avez largement donné la parole. Je veux simplement dire que j'ai agi en médecin, comme je pense faire ce métier, c'est à dire jusqu'au bout. J'estime que cela fait partie du devoir du médecin d'accompagner ces patients jusqu'au bout du bout.»
Il est 9h10. La cour se retire pour délibérer. Le verdict est attendu en début d'après-midi mercredi. Les jurés devront répondre à quatorze questions (deux par patients), formulées ainsi: «Question n°1. L'accusé Nicolas Bonnemaison est-il coupable d'avoir volontairement attenté à la vie de (nom) par l'emploi ou l'administration de nature entraîner la mort?» «Question n°2. L'empoisonnement spécifié à la question n°1 a-t-il été commis alors que (nom) était particulièrement vulnérable en raison de son état physique et que cette particulière vulnérabilité était connue de Nicolas Bonnemaison.»
Mardi, l'avocat général Marc Mariée a requis cinq ans de prison avec sursis à son encontre. Ses avocats, Me Arnaud Dupin et Benoît Ducos-Ader, ont eux plaidé l'acquittement.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/nicolas-bonnemaison-mes-pensees-vont-a-ces-patients-qui-me-hantent-25-06-2014-3951971.php
mardi 24 juin 2014
Procès Bonnemaison : le ''pourquoi'' de la famille Iramuno a résonné dans la salle d'audience
Procès à suivre en direct sur ce lien....... http://www.sudouest.fr/2014/06/24/proces-bonnemaison-suivez-en-direct-le-dernier-jour-de-debats-1595118-4344.php
Ce mardi matin, les plaidoiries ont débuté avec celles des avocats de Pierre Iramuno, dont la mère Françoise, 86 ans avait fait l'objet d'une sédation terminale par le Dr Nicolas Bonnemaison, en avril 2011
Ce mardi matin, la famille de Françoise Iramuno, décédée le 6 avril 2011 au sein de l'Unité d'hospitalisation de courte durée (UHCD) de l'hôpital de Bayonne, était présente pour la même raison qui l'avait incitée à se constituer partie civile : "comprendre'', selon ses avocats du barreau de Bayonne, Me Valérie Garmendia, et Me Bernard Macéra. Dans leurs plaidoiries, les conseils de Pierre Iramuno, présent au premier rang du public avec son épouse, ont rappelé la chronologie des faits.
Mais "alors que Pierre Iramuno s'est absenté pour déjeuner, Nicolas Bonnemaison entre dans la salle de soins, ouvre la pharmacie, et prépare l'injection. Il se dirige ensuite vers la chambre de Mme Iramuno. Quelques minutes plus tard, les alarmes retentissent. Son état de santé s'est irrémédiablement dégradé. Elle est en arrêt cardiaque. Une infirmière lui prend la main pour l'accompagner. Elle a eu un geste de compassion. Au nom des époux Iramuno, je tiens à la remercier. Il est 15h15, nous sommes le 6 avril 2011, M. Bonnemaison n'est pas là'', lance l'avocat.
Me Valérie Garmendia conclut sa plaidoirie sans demander à la cour d'assises d'entrer en voie de condamnation, comme il est d'usage. En revanche, elle indique sa ''seule certitude''' à l'issue de ce procès d'assises débuté mercredi 11 juin : ''Nicolas Bonnemaison est jugé car il n'existera jamais de loi permettant de donner la mort à une personne ne l'ayant pas demandé.''
Ce mardi après-midi, l'audience reprend à 13 h 30 avec le réquisitoire de l'avocat général Marc Mariée, qui devrait durer quelque deux heures. Elle sera suivie par les plaidoiries des avocats de la défense, Me Arnaud Dupin et Me Benoît Ducos-Ader. A suivre ici.
http://www.sudouest.fr/2014/06/24/proces-bonnemaison-le-pourquoi-de-la-famille-iramuno-a-resonne-dans-la-salle-d-audience-1595234-6062.php
Ce mardi matin, les plaidoiries ont débuté avec celles des avocats de Pierre Iramuno, dont la mère Françoise, 86 ans avait fait l'objet d'une sédation terminale par le Dr Nicolas Bonnemaison, en avril 2011
Ce mardi matin, la famille de Françoise Iramuno, décédée le 6 avril 2011 au sein de l'Unité d'hospitalisation de courte durée (UHCD) de l'hôpital de Bayonne, était présente pour la même raison qui l'avait incitée à se constituer partie civile : "comprendre'', selon ses avocats du barreau de Bayonne, Me Valérie Garmendia, et Me Bernard Macéra. Dans leurs plaidoiries, les conseils de Pierre Iramuno, présent au premier rang du public avec son épouse, ont rappelé la chronologie des faits.
"Pourquoi priver un fils de la possibilité de tenir la main de sa mère dans ses derniers instants ?"Le 4 avril 2011, Françoise Iramuno fait une chute grave à son domicile. Elle est hospitalisée à la polyclinique de Saint-Jean-de-Luz, puis transférée, le lendemain au Centre hospitalier de la Côte basque (CHCB) à Bayonne. ''Le pronostic vital est engagé'', explique l'équipe médicale à la famille. ''Elle n'est pas consciente, ne souffre pas'', mentionne Me Bernard Macéra selon lequel son fils espère vivre les derniers moments de sa mère, à ses côtés.
Mais "alors que Pierre Iramuno s'est absenté pour déjeuner, Nicolas Bonnemaison entre dans la salle de soins, ouvre la pharmacie, et prépare l'injection. Il se dirige ensuite vers la chambre de Mme Iramuno. Quelques minutes plus tard, les alarmes retentissent. Son état de santé s'est irrémédiablement dégradé. Elle est en arrêt cardiaque. Une infirmière lui prend la main pour l'accompagner. Elle a eu un geste de compassion. Au nom des époux Iramuno, je tiens à la remercier. Il est 15h15, nous sommes le 6 avril 2011, M. Bonnemaison n'est pas là'', lance l'avocat.
"Il n'existera jamais de loi permettant de donner la mort à une personne ne l'ayant pas demandé"Sa consoeur, Me Valérie Garmendia, prend la suite de sa plaidoirie, avec une série de ''pourquoi'', qui résonnent dans la salle d'audience. Une plaidoirie sobre, à l'image de la famille Iramuno, ''qui n'a jamais cherché les caméras, pas plus qu'elle ne demande de dommages et intérêts'', rappelle le conseil selon laquelle ce 6 avril 2011 reste comme une ''tâche indélébile'' dans l'histoire familiale. ''Pourquoi utiliser l'Hypnovel ? Pourquoi ne pas avoir consulté la famille ? Pourquoi avoir attendu que le fils s'absente pour injecter la dose létale ? Pourquoi donner la mort à un patient qui ne la réclame pas ? Pourquoi priver un fils de la possibilité de tenir la main de sa mère dans ses derniers instants ? Pourquoi donner la mort à une personne qui ne souffre pas ?''
Me Valérie Garmendia conclut sa plaidoirie sans demander à la cour d'assises d'entrer en voie de condamnation, comme il est d'usage. En revanche, elle indique sa ''seule certitude''' à l'issue de ce procès d'assises débuté mercredi 11 juin : ''Nicolas Bonnemaison est jugé car il n'existera jamais de loi permettant de donner la mort à une personne ne l'ayant pas demandé.''
Ce mardi après-midi, l'audience reprend à 13 h 30 avec le réquisitoire de l'avocat général Marc Mariée, qui devrait durer quelque deux heures. Elle sera suivie par les plaidoiries des avocats de la défense, Me Arnaud Dupin et Me Benoît Ducos-Ader. A suivre ici.
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vendredi 20 juin 2014
Procès Bonnemaison : au septième jour d'audience, l'accusé n'est plus seul
Suivre le procès en direct sur ce lien ........... http://www.sudouest.fr/2014/06/20/proces-bonnemaison-kouchner-et-delaunay-attendus-pour-ce-huitieme-jour-d-audience-1591414-6062.php
Seul, le docteur Bonnemaison l'a été dans sa pratique, au sein de l'Unité hospitalière de courte durée (UHCD) de l'hôpital de Bayonne, cette entité de huit lits, sas au sein des urgences.
Au cours des premiers jours du procès, cette solitude a paru sensible, malgré la présence et les marques d'affection de sa femme, le Dr Julie Bonnemaison, et en dépit de l'indéfectible appui de son comité de soutien, venu chaque matin, mais constant dans le mutisme.
Ce jeudi matin, le Dr Bonnemaison se sera t-il- senti moins seul que jamais, ou en tout cas depuis que ''l'affaire'' a éclaté, en août 2011 ? Car les quatre témoignages ont constitué des soutiens d'importance, sur une ligne partagée, celle du geste visant à accompagner la fin de vie de patients, et parfois à l'accélérer, et qu'ils ont tous ''avoué'' avoir pratiqué.
Le docteur Bernard Senet, généraliste dans le Vaucluse, membre de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, a raconté le jour où il savait qu'il faisait ''quelque chose d'interdit''. Une jeune fille de 14 ans, cancéreuse en phase terminale, lui ''avait demandé de l'aider à partir''.
L'audition de Marie-Pierre Khun, médecin anesthésiste-réanimateur, ex-collègue et amie du docteur Nicolas Bonnemaison s'est faite dans un silence religieux. Pendant d'intenses minutes, elle a décrit ce que les jurés, qui devront se faire une intime conviction, ne connaissent pas : les manifestations de l'agonie. Avec infiniment de précision et de pudeur tout à la fois, la jeune femme a rendu sensible le ''calvaire''. Ainsi, cet homme de 50 ans, cette année, déterminé à sa fin, et soutenu par sa femme dans son choix. ''Il a refusé très fermement le respirateur''. Et pourtant pendant quatre heures, le Dr. Kuhn s'est donné le temps de la réflexion. Seule.
L'œil du sociologue
Philippe Bataille, directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales, a dénoncé les dérives des soins palliatifs dans un ouvrage intitulé "A la vie à la mort. Euthanasie : le grand malentendu" et témoignait à la barre ce jeudi. Il s'interroge sur la criminalisation de l'euthanasie dans le cas du procès Bonnemaison, qui aura selon lui des conséquences dans le débat national sur la fin de vie
Ce jeudi matin, le Dr Bonnemaison se sera t-il- senti moins seul que jamais, ou en tout cas depuis que ''l'affaire'' a éclaté, en août 2011 ? Car les quatre témoignages ont constitué des soutiens d'importance, sur une ligne partagée, celle du geste visant à accompagner la fin de vie de patients, et parfois à l'accélérer, et qu'ils ont tous ''avoué'' avoir pratiqué.
"Un travail d'humanité énorme, extrêmement douloureux""Un travail d'humanité énorme, extrêmement douloureux. Vous êtes seul'', selon le professeur Jean-Etienne Bazin, anesthésiste-réanimateur à Clermont-Ferrand, qui a rappelé que les cas d'empoisonnement dont doit répondre l'ex-urgentiste bayonnais étaient des états agoniques.
Le docteur Bernard Senet, généraliste dans le Vaucluse, membre de l'Association pour le droit à mourir dans la dignité, a raconté le jour où il savait qu'il faisait ''quelque chose d'interdit''. Une jeune fille de 14 ans, cancéreuse en phase terminale, lui ''avait demandé de l'aider à partir''.
"On ne peut rester indifférent aux gestes que l'on a fait"''On ne peut rester indifférent aux gestes que l'on a fait'', a assuré, très ému, le docteur Jean-Pierre Lacassagne, cardiologue à la retraite (Biarritz), cité par la défense. Ce praticien a raconté les trois gestes qu'il a pris la décision de réaliser sur des patients, utilisant ''hypnovel et curare''.
L'audition de Marie-Pierre Khun, médecin anesthésiste-réanimateur, ex-collègue et amie du docteur Nicolas Bonnemaison s'est faite dans un silence religieux. Pendant d'intenses minutes, elle a décrit ce que les jurés, qui devront se faire une intime conviction, ne connaissent pas : les manifestations de l'agonie. Avec infiniment de précision et de pudeur tout à la fois, la jeune femme a rendu sensible le ''calvaire''. Ainsi, cet homme de 50 ans, cette année, déterminé à sa fin, et soutenu par sa femme dans son choix. ''Il a refusé très fermement le respirateur''. Et pourtant pendant quatre heures, le Dr. Kuhn s'est donné le temps de la réflexion. Seule.
"Tu as été là"
Le Pr Philippe Dabadie, 65 ans, anesthésiste réanimateur en Guadeloupe, et ''maître'' du Dr Nicolas Bonnemaison fut l'enseignant de l'ex-urgentiste à la faculté de médecine de Bordeaux. Il a livré un témoignage à la fois technique et humain.
Technique, car à la lecture du dossier médical d'une patiente, parmi les sept pour lesquels l'accusé répond de faits d'empoisonnement, le professeur a assuré : ''le cerveau de cette dame est mort, et pourtant, il y a encore une petite partie de sa physiologie qui exprime de la douleur''.
Humain, car le professeur. a raconté l'agonie de ses parents, rappelant que dans ces circonstances douloureuses, il avait fait confiance à ses confrères.
Emouvant, enfin, car le Pr Dabadie a demandé au Dr Nicolas Bonnemaison ''pardon pour l'avoir laissé seul se débrouiller dans des situations complexes''. L'accusé a pris la parole : ''Je voulais te rassurer, tu as été là''. Quelques minutes plus tard, devant le tribunal, en compagnie de certains soutiens, il affichait un grand sourire.
http://www.sudouest.fr/politique/justice/affaire-bonnemaison/
Technique, car à la lecture du dossier médical d'une patiente, parmi les sept pour lesquels l'accusé répond de faits d'empoisonnement, le professeur a assuré : ''le cerveau de cette dame est mort, et pourtant, il y a encore une petite partie de sa physiologie qui exprime de la douleur''.
Humain, car le professeur. a raconté l'agonie de ses parents, rappelant que dans ces circonstances douloureuses, il avait fait confiance à ses confrères.
Emouvant, enfin, car le Pr Dabadie a demandé au Dr Nicolas Bonnemaison ''pardon pour l'avoir laissé seul se débrouiller dans des situations complexes''. L'accusé a pris la parole : ''Je voulais te rassurer, tu as été là''. Quelques minutes plus tard, devant le tribunal, en compagnie de certains soutiens, il affichait un grand sourire.
http://www.sudouest.fr/politique/justice/affaire-bonnemaison/
jeudi 19 juin 2014
Procès Bonnemaison : "On pourrait être très nombreux assis sur le banc
Cinq médecins ont admis jeudi devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques à Pau avoir aidé des patients à mourir, allant parfois jusqu'à "l'euthanasie", prenant ainsi la défense de l'urgentiste de Bayonne Nicolas Bonnemaison, poursuivi pour sept empoisonnements. Le docteur Jean-Michel Gouffrand, chirurgien depuis 35 ans à Bayonne dans une clinique privée, a avoué ouvertement avoir provoqué la mort de l'un de ses amis : "Il m 'a demandé : C'est toi qui va me faire la piqûre demain matin ? Le lendemain, je lui ai fait une petite piqûre de morphine, je lui ai pris la main et il a souri. Il est mort avec le sourire", a-t-il raconté. Dans la matinée, Jean Pierre Lacassagne, cardiologue à Biarritz, a aussi déclaré avoir pratiqué cinq "euthanasies", dont trois fois seul, avec de "l'hypnovel et du curare".
Marie-Pierre Kuhn, anesthésiste-réanimateur qui a travaillé avec Nicolas Bonnemaison, a elle aussi raconté comment elle avait administré une piqûre d'hynovel, accélérant la mort d'un patient atteint d'un cancer du poumon. "Il fallait le mettre sous respiration artificielle, il a refusé. Sa femme m'a dit qu'il fallait respecter sa volonté. Il avait trois enfants, il a fallu leur expliquer. J'ai discuté avec mes confrères, avec la famille... Tout ça m'a pris quatre heures durant lesquelles il s'est vu mourir. [...] J'ai mis une seringue d'hypnovel, il est mort dans les bras de sa femme. Vous ne pouvez pas savoir combien je regrette ces quatre heures de perdues", a-t-elle déclaré. Bernard Senet, 65 ans, praticien hospitalier dans le Vaucluse, a avoué avoir aidé aussi des patients à "partir". "On pourrait être très nombreux assis sur le banc à la place de Nicolas Bonnemaion. Il y a deux cas : soit des patients conscients, qui le demandent (...) et vous avez le cas des patients de Bonnemaison qui ont une espérance de vie très courte parce qu'ils ont une pathologie très lourde et qu'on aide à partir", a-t-il dit.
Au total cinq médecins ont ainsi décrit des actes d'accélération de la mort, montrant la ligne ténue entre la sédation, destinée à apaiser la douleur et pouvant avoir comme effet secondaire la mort, autorisée par la loi Leonetti sur la fin de vie, et l'euthanasie, dont le but premier est de donner la mort, et qui est interdite en France. Nicolas Bonnemaison, accusé d'avoir abrégé la vie de sept patients en phase terminale en 2010 et 2011, comparaît jusqu'au 27 juin.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-on-pourrait-etre-tres-nombreux-assis-sur-le-banc-19-06-2014-1837838_23.php
Marie-Pierre Kuhn, anesthésiste-réanimateur qui a travaillé avec Nicolas Bonnemaison, a elle aussi raconté comment elle avait administré une piqûre d'hynovel, accélérant la mort d'un patient atteint d'un cancer du poumon. "Il fallait le mettre sous respiration artificielle, il a refusé. Sa femme m'a dit qu'il fallait respecter sa volonté. Il avait trois enfants, il a fallu leur expliquer. J'ai discuté avec mes confrères, avec la famille... Tout ça m'a pris quatre heures durant lesquelles il s'est vu mourir. [...] J'ai mis une seringue d'hypnovel, il est mort dans les bras de sa femme. Vous ne pouvez pas savoir combien je regrette ces quatre heures de perdues", a-t-elle déclaré. Bernard Senet, 65 ans, praticien hospitalier dans le Vaucluse, a avoué avoir aidé aussi des patients à "partir". "On pourrait être très nombreux assis sur le banc à la place de Nicolas Bonnemaion. Il y a deux cas : soit des patients conscients, qui le demandent (...) et vous avez le cas des patients de Bonnemaison qui ont une espérance de vie très courte parce qu'ils ont une pathologie très lourde et qu'on aide à partir", a-t-il dit.
Au total cinq médecins ont ainsi décrit des actes d'accélération de la mort, montrant la ligne ténue entre la sédation, destinée à apaiser la douleur et pouvant avoir comme effet secondaire la mort, autorisée par la loi Leonetti sur la fin de vie, et l'euthanasie, dont le but premier est de donner la mort, et qui est interdite en France. Nicolas Bonnemaison, accusé d'avoir abrégé la vie de sept patients en phase terminale en 2010 et 2011, comparaît jusqu'au 27 juin.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-on-pourrait-etre-tres-nombreux-assis-sur-le-banc-19-06-2014-1837838_23.php
Euthanasie : le cours magistral du professeur Sicard au procès Bonnemaison
Didier Sicard, 76 ans, professeur de médecine à Paris et ancien président du Comité national consultatif d'éthique (CNCE), est l'une des éminences grises, en France, de la réflexion sur la fin de vie et l'euthanasie. C'est à cet homme que le Président François Hollande, soucieux d'éclairer le débat sur une éventuelle réforme de la loi Léonetti de 2005, a confié une mission d'évaluation sur ces sujets.
Son rapport, rendu en décembre 2012, n'a pour l'heure pas connu de suites.
C'est aussi au professeur Sicard que la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, qui juge à Pau depuis six jours l'ex-urgentiste bayonnais Nicolas Bonnemaison pour sept cas d'«empoisonnements» présumés, a donné la parole mercredi, au lendemain du témoignage du député Jean Leonetti.
«Ma surprise, c'est que je ne vois pas comment ce procès concerne la question de société de l'euthanasie», débute ce témoin, cité par l'accusation, qui en précise d'emblée la définition: «L'acte de donner la mort à un patient à sa demande ou à celle de sa famille» - ce que la loi française interdit. Le professeur, qui rappelle que le CNCE s'était prononcé, quand il le dirigeait, en faveur d'une «exception d'euthanasie» qui n'a «jamais été retenue», entame alors un passionnant exposé.
De «l'indifférence générale» à la «réflexion éthique»
«La médecine a toujours, depuis des temps immémoriaux, aidé à mourir», débute-t-il, en brossant un historique des évolutions depuis quarante ans. Dans les années 1970, les praticiens usaient de «cocktails lytiques», rappelle le professeur. «Ces actes, qui pouvaient entraîner le décès très rapidement, étaient pratiqués dans l'indifférence générale. Dans le silence des prétoires et de la société. L'hôpital était alors un lieu fermé et opaque», souligne-t-il.
Les années 1980 voient apparaître la réflexion éthique, le CNCE est créé: «La médecine s'est ressaisie; les actes d'injections de médicaments ont diminué radicalement. La conscience collective a réalisé qu'ils ne pouvaient être pratiqués dans une sorte de désinvolture, parce qu'ils étaient d'une gravité extrême», explique-t-il.
«La fin de vie est laissée à l'improvisation»
La décennie 2000 est marquée par l'intervention du législateur avec les lois Kouchner (2002) puis Leonetti (2005). Pour Didier Sicard, la première a eu pour vertu de «rétablir l'équilibre entre la société et la médecine». Il salue la seconde, «très réputée à l'étranger» et «de grande qualité», parce qu'elle définit des «choix clairs» sur la fin de vie. Mais déplore le fait qu'elle reste «ignorée par la plupart des médecins et par le grand public», à l'exception «des lieux où «la fin de vie est une réalité quotidienne.».
Du coup, à l'heure où près de 70% des gens meurent à l'hôpital, «la fin de vie est laissée à l'improvisation des équipes médicales. Et le plus grave dans cette improvisation, c'est que le médecin est laissé tout seul. Comme si la société se débarrassait de ces personnes sur un ou deux médecins.»
Cette même société, dans le même temps, est devenue «intolérante à l'agonie», poursuit Didier Sicard: «L'idée est qu'une agonie ne doit pas durer. Que les mourants ne doivent pas trop embarrasser les vivants.» Ce contexte, cette «pression de la société sur l'hôpital, aboutit à ce que des médecins se retrouvent en situation de radicalité», conclut-il, en évoquant ainsi, tacitement, le cas du docteur Bonnemaison.
Qu'enfin cesse «la clandestinité»
Le professeur s'est gardé, a-t-il prévenu, de se pencher sur le dossier de ce dernier. Il dit seulement: «Ce procès est celui de l'indifférence hospitalière. Laisser un médecin tout seul, en lui abandonnant les malades les plus graves, peut aboutir à ce genre de désastre.» Lui voudrait, pour que l'affaire puisse avoir «un sens pour la société», que «la médecine affronte cette capacité d'aider à mourir»; que les actes de «sédation en phase terminale», opérés avec des «calmants» puissent l'être «de façon plus transparentes.» Qu'enfin cesse «la clandestinité».
L’ex-docteur Bonnemaison est jugé aux assises de Pau jusqu’au 27 juin.
http://www.leparisien.fr/aquitaine/euthanasie-le-cours-magistral-du-professeur-sicard-au-proces-bonnemaison-18-06-2014-3933391.php
C'est aussi au professeur Sicard que la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, qui juge à Pau depuis six jours l'ex-urgentiste bayonnais Nicolas Bonnemaison pour sept cas d'«empoisonnements» présumés, a donné la parole mercredi, au lendemain du témoignage du député Jean Leonetti.
«Ma surprise, c'est que je ne vois pas comment ce procès concerne la question de société de l'euthanasie», débute ce témoin, cité par l'accusation, qui en précise d'emblée la définition: «L'acte de donner la mort à un patient à sa demande ou à celle de sa famille» - ce que la loi française interdit. Le professeur, qui rappelle que le CNCE s'était prononcé, quand il le dirigeait, en faveur d'une «exception d'euthanasie» qui n'a «jamais été retenue», entame alors un passionnant exposé.
De «l'indifférence générale» à la «réflexion éthique»
«La médecine a toujours, depuis des temps immémoriaux, aidé à mourir», débute-t-il, en brossant un historique des évolutions depuis quarante ans. Dans les années 1970, les praticiens usaient de «cocktails lytiques», rappelle le professeur. «Ces actes, qui pouvaient entraîner le décès très rapidement, étaient pratiqués dans l'indifférence générale. Dans le silence des prétoires et de la société. L'hôpital était alors un lieu fermé et opaque», souligne-t-il.
Les années 1980 voient apparaître la réflexion éthique, le CNCE est créé: «La médecine s'est ressaisie; les actes d'injections de médicaments ont diminué radicalement. La conscience collective a réalisé qu'ils ne pouvaient être pratiqués dans une sorte de désinvolture, parce qu'ils étaient d'une gravité extrême», explique-t-il.
«La fin de vie est laissée à l'improvisation»
La décennie 2000 est marquée par l'intervention du législateur avec les lois Kouchner (2002) puis Leonetti (2005). Pour Didier Sicard, la première a eu pour vertu de «rétablir l'équilibre entre la société et la médecine». Il salue la seconde, «très réputée à l'étranger» et «de grande qualité», parce qu'elle définit des «choix clairs» sur la fin de vie. Mais déplore le fait qu'elle reste «ignorée par la plupart des médecins et par le grand public», à l'exception «des lieux où «la fin de vie est une réalité quotidienne.».
Du coup, à l'heure où près de 70% des gens meurent à l'hôpital, «la fin de vie est laissée à l'improvisation des équipes médicales. Et le plus grave dans cette improvisation, c'est que le médecin est laissé tout seul. Comme si la société se débarrassait de ces personnes sur un ou deux médecins.»
Cette même société, dans le même temps, est devenue «intolérante à l'agonie», poursuit Didier Sicard: «L'idée est qu'une agonie ne doit pas durer. Que les mourants ne doivent pas trop embarrasser les vivants.» Ce contexte, cette «pression de la société sur l'hôpital, aboutit à ce que des médecins se retrouvent en situation de radicalité», conclut-il, en évoquant ainsi, tacitement, le cas du docteur Bonnemaison.
Qu'enfin cesse «la clandestinité»
Le professeur s'est gardé, a-t-il prévenu, de se pencher sur le dossier de ce dernier. Il dit seulement: «Ce procès est celui de l'indifférence hospitalière. Laisser un médecin tout seul, en lui abandonnant les malades les plus graves, peut aboutir à ce genre de désastre.» Lui voudrait, pour que l'affaire puisse avoir «un sens pour la société», que «la médecine affronte cette capacité d'aider à mourir»; que les actes de «sédation en phase terminale», opérés avec des «calmants» puissent l'être «de façon plus transparentes.» Qu'enfin cesse «la clandestinité».
L’ex-docteur Bonnemaison est jugé aux assises de Pau jusqu’au 27 juin.
http://www.leparisien.fr/aquitaine/euthanasie-le-cours-magistral-du-professeur-sicard-au-proces-bonnemaison-18-06-2014-3933391.php
mercredi 18 juin 2014
La loi Leonetti au coeur du procès du procès Bonnemaison
Ce médecin est jugé pour l'empoisonnement de sept patients inconscients...
La loi Leonetti trop floue? Le député Jean Leonetti a défendu mardi devant la Cour d'assises, à Pau, la loi sur la fin de vie portant son nom, alors que la défense du docteur Nicolas Bonnemaison, poursuivi pour l'empoisonnement de sept patients, a tenté de mettre en exergue la difficile mise en pratique du texte.
Pour Jean Leonetti, en agissant ainsi, l'urgentiste a pratiqué une médecine qui n'a plus cours, datant d'une époque où les soins palliatifs étaient rares, une médecine «ayant du mal à résister à sa toute puissance» et exercée de manière solitaire. «Aujourd'hui la médecine a changé», a-t-il dit en soulignant aussi l'importance du travail en équipe dans les hôpitaux: «Si on fait ça tout seul, un jour on fait une erreur.» Il a toutefois reconnu que face à un patient inconscient on touchait à une «limite». «On manque d'éléments objectifs pour savoir à quelles doses donner l'antalgique», a-t-il affirmé.
«Je ne me considère pas comme un médecin tout puissant», mais comme un médecin «qui essaie de faire le plus humainement son travail», a répondu Nicolas Bonnemaison, qui comparaît jusqu'au 27 juin.
«Cela se passe encore aujourd'hui», a-t-il dit, avant de rappeler ce que disaient les professeurs de médecine: «Vous avez le devoir de le faire, mais l'interdiction de vous faire prendre!»
http://www.20minutes.fr/societe/1404674-la-loi-leonetti-au-coeur-du-proces-du-proces-bonnemaison
La loi Leonetti trop floue? Le député Jean Leonetti a défendu mardi devant la Cour d'assises, à Pau, la loi sur la fin de vie portant son nom, alors que la défense du docteur Nicolas Bonnemaison, poursuivi pour l'empoisonnement de sept patients, a tenté de mettre en exergue la difficile mise en pratique du texte.
Nicolas Bonnemaison n’est «pas un assassin»
Jean Leonetti a longuement tenté d'expliquer les principes de la loi du 22 avril 2005, peu à l'aise quand on lui a demandé de prendre position sur actes de son «confrère» Nicolas Bonnemaison, disant à un moment qu'il est n'est «pas un assassin», mais indiquant dans la foulée qu'il «avait choisi l'illégalité». Le président Michel le Maître lui a notamment demandé si Nicolas Bonnemaison avait une obligation de consulter d'autres médecins, ce qu'il n'a pas fait, en cas de décision de sédation pour des patients en phase terminale, un acte pouvant entraîner la mort. Le député a dit que le principe de «collégialité» (une obligation en cas d'arrêt d'un traitement, ndlr) n'était pas posé par la loi s'agissant de l'administration d'une substance visant à soulager le patient, même si elle pouvait avoir la mort pour effet secondaire.«Il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas»
Il a cependant estimé que Nicolas Bonnemaison, qui assume ses actes depuis le début en les expliquant par sa volonté d'abréger les souffrances de ces malades, avait violé le droit pénal. «Il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas (...) il a choisi l'illégalité», a-t-il dit. Il a reconnu que face à un patient inconscient on touche à une «limite»Pour Jean Leonetti, en agissant ainsi, l'urgentiste a pratiqué une médecine qui n'a plus cours, datant d'une époque où les soins palliatifs étaient rares, une médecine «ayant du mal à résister à sa toute puissance» et exercée de manière solitaire. «Aujourd'hui la médecine a changé», a-t-il dit en soulignant aussi l'importance du travail en équipe dans les hôpitaux: «Si on fait ça tout seul, un jour on fait une erreur.» Il a toutefois reconnu que face à un patient inconscient on touchait à une «limite». «On manque d'éléments objectifs pour savoir à quelles doses donner l'antalgique», a-t-il affirmé.
«Je ne me considère pas comme un médecin tout puissant», mais comme un médecin «qui essaie de faire le plus humainement son travail», a répondu Nicolas Bonnemaison, qui comparaît jusqu'au 27 juin.
Soutien de plusieurs confrères
L'urgentiste a reçu le soutien de plusieurs confrères pour qui la réalité quotidienne ne s'accommode pas toujours des préconisations de la loi. «Lorsque les malades sont déjà dans un processus de mort», les médecins se trouvent dans une «zone médicale mal définie, de non droit», a dit le Dr Michel André, ex-anesthésiste et directeur d'hôpital à Bordeaux. Or, la loi Leonetti ne va pas «jusqu'au bout», elle ne concerne que «les patients qui peuvent exprimer leur volonté». Les sept malades traités par Nicolas Bonnemaison étaient dans le coma.Cette loi «peu de gens la connaissent»
«La loi Leonetti est une bonne loi dans la mesure où on a du temps», si le patient est conscient et quand les médecins peuvent se concerter, «ce qui n'est pas le cas» dans les unités d'urgence, selon Michel André. Cette loi «peu de gens la connaissent, peu de gens l'appliquent», a-t-il reconnu avant de rappeler qu'il avait été lui-même formé il y a 35 ans à «injecter des cocktails lithiques» comprenant «un sédatif, un antalgique et parfois un curare», substance que Nicolas Bonnemaison a reconnu avoir administré dans un cas.«Cela se passe encore aujourd'hui», a-t-il dit, avant de rappeler ce que disaient les professeurs de médecine: «Vous avez le devoir de le faire, mais l'interdiction de vous faire prendre!»
http://www.20minutes.fr/societe/1404674-la-loi-leonetti-au-coeur-du-proces-du-proces-bonnemaison
mardi 17 juin 2014
Procès Bonnemaison: Leonetti défend sa loi
Le député Jean Leonetti a défendu aujourd'hui devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, à Pau, la loi sur la fin de vie portant son nom, et considéré que l'urgentiste Nicolas Bonnemaison, qui comparaît pour sept empoisonnements, "n'est pas un assassin" mais avait choisi "l'illégalité".
"Nicolas Bonnemaison n'est pas un assassin, mais dans un contexte particulier il a choisi l'illégalité, la transgression (...) une transgression, la plus grave, au droit pénal", a estimé le cardiologue et député UMP, venu rappeler les grands principes de sa loi du 22 avril 2005. Interrogé par le président, l'accusation et la défense, Jean Leonetti a longuement tenté d'expliquer les principes sous-tendant cette loi mal connue des médecins et destinée à réglementer les droits des malades à l'article de la mort. Le président Michel le Maître lui a notamment demandé s'il était obligatoire de consulter d'autres médecins en cas de décision de sédation pour des patients en phase terminale, un acte pouvant entraîner la mort. Le député a répondu que le principe de "collégialité" (souvent évoqué dans le milieu médical et qui est une obligation en cas d'arrêt d'un traitement, ndlr) n'était pas stipulé s'agissant de l'administration d'une substance visant à soulager le patient mais pouvant avoir comme effet secondaire la mort.
Il a cependant estimé que M. Bonnemaison avait violé le droit pénal. "Il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas", a-t-il dit. Pour M. Leonetti, en agissant ainsi, l'urgentiste a pratiqué une médecine qui n'a plus cours, datant d'une époque où les soins palliatifs étaient rares, une médecine "ayant du mal à résister à sa toute puissance" et exercée de manière solitaire.
"Aujourd'hui la médecine a changé", a-t-il dit en soulignant aussi l'importance du travail en équipe dans les hôpitaux: "Si on fait ça tout seul, un jour on fait une erreur". Pour lui "la conscience individuelle" du médecin "ne fait pas une morale, ne fait pas des lois collectives". Il a toutefois reconnu que face à un patient inconscient on touchait à une "limite". "On manque d'éléments objectifs pour savoir à quelles doses donner l'antalgique", a-t-il affirmé.
"Je ne me considère pas comme un médecin tout puissant", ou "au-dessus des lois", mais comme un médecin "qui essaie de faire le plus humainement son travail", a répondu Nicolas Bonnemaison, qui comparaît jusqu'au 27 juin.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/06/17/97001-20140617FILWWW00204-proces-bonnemaison-leonetti-defend-sa-loi.php
"Nicolas Bonnemaison n'est pas un assassin, mais dans un contexte particulier il a choisi l'illégalité, la transgression (...) une transgression, la plus grave, au droit pénal", a estimé le cardiologue et député UMP, venu rappeler les grands principes de sa loi du 22 avril 2005. Interrogé par le président, l'accusation et la défense, Jean Leonetti a longuement tenté d'expliquer les principes sous-tendant cette loi mal connue des médecins et destinée à réglementer les droits des malades à l'article de la mort. Le président Michel le Maître lui a notamment demandé s'il était obligatoire de consulter d'autres médecins en cas de décision de sédation pour des patients en phase terminale, un acte pouvant entraîner la mort. Le député a répondu que le principe de "collégialité" (souvent évoqué dans le milieu médical et qui est une obligation en cas d'arrêt d'un traitement, ndlr) n'était pas stipulé s'agissant de l'administration d'une substance visant à soulager le patient mais pouvant avoir comme effet secondaire la mort.
Il a cependant estimé que M. Bonnemaison avait violé le droit pénal. "Il a donné la mort à des malades qui ne le demandaient pas", a-t-il dit. Pour M. Leonetti, en agissant ainsi, l'urgentiste a pratiqué une médecine qui n'a plus cours, datant d'une époque où les soins palliatifs étaient rares, une médecine "ayant du mal à résister à sa toute puissance" et exercée de manière solitaire.
"Aujourd'hui la médecine a changé", a-t-il dit en soulignant aussi l'importance du travail en équipe dans les hôpitaux: "Si on fait ça tout seul, un jour on fait une erreur". Pour lui "la conscience individuelle" du médecin "ne fait pas une morale, ne fait pas des lois collectives". Il a toutefois reconnu que face à un patient inconscient on touchait à une "limite". "On manque d'éléments objectifs pour savoir à quelles doses donner l'antalgique", a-t-il affirmé.
"Je ne me considère pas comme un médecin tout puissant", ou "au-dessus des lois", mais comme un médecin "qui essaie de faire le plus humainement son travail", a répondu Nicolas Bonnemaison, qui comparaît jusqu'au 27 juin.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/06/17/97001-20140617FILWWW00204-proces-bonnemaison-leonetti-defend-sa-loi.php
Jean Leonetti, auteur de la loi de 2005 sur l'accompagnement médical en fin de vie témoigne mardi matin à la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques
Le procès Bonnemaison a repris ce lundi. L'ancien urgentiste bayonnais est accusé d'avoir empoisonné sept patients en fin de vie entre mars 2010 et août 2011.
Dans la matinée, trois experts ont défilé à la barre : le professeur Charles Janbon, de Montpellier, pour l'expertise des dossiers médicaux ; le docteur Véronique Dumestre-Toulet, de Bordeaux, pour les expertises toxicologiques et pharmacologiques ; ainsi que le docteur Patrice Bodenan et le professeur Pierre Coriat, en visio-conférence, pour les expertises pharmacologiques.
L'après-midi, d'autres membres des familles des victimes et des personnels soignants s'exprimeront à leur tour.
La ferveur médiatique de l'ouverture du procès, mercredi dernier, est retombée. Mais le comité de soutien de l'ancien urgentiste est toujours présent.
Suivez le procès en direct... SUR CE LIEN ........ http://www.sudouest.fr/2014/06/17/suivez-le-proces-bonnemaison-avec-l-intervention-du-depute-jean-leonetti-1587163-6062.php
Le procès Bonnemaison a repris ce lundi. L'ancien urgentiste bayonnais est accusé d'avoir empoisonné sept patients en fin de vie entre mars 2010 et août 2011.
Dans la matinée, trois experts ont défilé à la barre : le professeur Charles Janbon, de Montpellier, pour l'expertise des dossiers médicaux ; le docteur Véronique Dumestre-Toulet, de Bordeaux, pour les expertises toxicologiques et pharmacologiques ; ainsi que le docteur Patrice Bodenan et le professeur Pierre Coriat, en visio-conférence, pour les expertises pharmacologiques.
L'après-midi, d'autres membres des familles des victimes et des personnels soignants s'exprimeront à leur tour.
La ferveur médiatique de l'ouverture du procès, mercredi dernier, est retombée. Mais le comité de soutien de l'ancien urgentiste est toujours présent.
Suivez le procès en direct... SUR CE LIEN ........ http://www.sudouest.fr/2014/06/17/suivez-le-proces-bonnemaison-avec-l-intervention-du-depute-jean-leonetti-1587163-6062.php
lundi 16 juin 2014
Procès Bonnemaison : quand la mort divise une famille
La fille d'un patient dont la vie aurait été abrégée par le Dr Nicolas Bonnemaison a souhaité lundi devant la cour d'assises à Pau que l'urgentiste, poursuivi pour sept empoisonnements de malades en fin de vie, soit acquitté, alors que son frère a quant à lui exigé des explications.
"Nous avons quitté mon père pour déjeuner. Il aurait dû ne pas nous laisser partir. Pourquoi ne nous a-t-il pas averti? J'attends une réponse", a demandé Yves Geffroy, le fils d'André, décédé le 24 février 2011 à l'âge de 92 ans, à Nicolas Bonnemaison, qui comparaît depuis le 11 juin devant les assises des Pyrénées-Atlantiques.
"Je souhaite qu'il soit acquitté et que la loi (sur la fin de vie, ndlr) soit révisée afin que les médecins n'en arrivent pas là", a en revanche déclaré sa soeur, Sylvie Geffroy.
"J'ai estimé qu'ils avaient accompagné leur père jusqu'au bout", a déclaré de son côté l'ancien médecin, qui depuis le début du procès assume pleinement ses actes et laisse entendre qu'il cherchait surtout à abréger des souffrances et à épargner les proches.
"Le souhait d'Yves Geffroy m'a échappé", a encore dit l'ex-urgentiste de l'unité d'hospitalisation de courte durée (UHCD) de l'hôpital de Bayonne où il est soupçonné d'avoir abrégé la vie de sept malades en 2010 et 2011.
Son père "était dans le coma. Il ne lui restait que quelques heures à vivre. Il s'étouffait. Je lui ai injecté une ampoule d'Hypnovel, puis 2 ou 3 milligrammes d'une deuxième ampoule d'Hypnovel pour être sûr qu'il ne souffrait plus psychiquement", a-t-il déclaré.
"Ce produit n'a pas pour objet de provoquer la mort, mais de lutter contre la souffrance", a t-il insisté.
La loi Leonetti sur la fin de vie, datant de 2005, autorise les sédations ayant pour but d'abréger les souffrances et pouvant entraîner la mort comme effet secondaire. Toutefois, elle les encadre en exigeant une concertation avec la famille et que la décision soit prise au sein d'une équipe médicale.
"Mon rôle est d'assumer, seul, jusqu'au bout, pour ne pas mettre l'équipe soignante en difficulté", a encore dit le docteur, évoquant "les dégâts que ça peut occasionner chez les soignants".
Mais une aide-soignante, Laurie Pebarthe, et une infirmière, Nathalie Bec, appelées à la barre, ont déploré que le Dr Bonnemaison n'ait jamais rien expliqué.
"Je regrette", a déploré le praticien. "Au-delà des regrets, ce sont des explications que nous aurions voulu", a rétorqué Nathalie Bec, infirmière. "Pourquoi n'avez vous pas demandé des explications au Dr Bonnemaison", lui aussi demandé Me Arnaud Dupin, avocat du docteur. "Je ne l'ai pas fait", a-t-elle reconnu.
Dans la matinée l'expert Charles Janbon (Montpellier) a pour sa part estimé que l'examen médical des patients concernés ne permettait pas, de son point de vue, de dire s'ils ressentaient des souffrances intolérables et considérant aussi que s'agissant de patients dans le coma, il était difficile d'affirmer, comme l'a fait le docteur, qu'ils étaient victimes de grandes souffrances psychiques.
En revanche, il a été affirmatif sur le fait que les patients étaient tous en fin de vie, à deux ou trois jours de la mort.
Nicolas Bonnemaison, âgé de 53 ans, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Mardi, la cour entendra notamment le professeur Jean Leonetti, père de la loi éponyme, sur la portée de cette législation que certains jugent trop vague.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-quand-la-mort-divise-une-famille-16-06-2014-1836797_23.php
"Nous avons quitté mon père pour déjeuner. Il aurait dû ne pas nous laisser partir. Pourquoi ne nous a-t-il pas averti? J'attends une réponse", a demandé Yves Geffroy, le fils d'André, décédé le 24 février 2011 à l'âge de 92 ans, à Nicolas Bonnemaison, qui comparaît depuis le 11 juin devant les assises des Pyrénées-Atlantiques.
"Je souhaite qu'il soit acquitté et que la loi (sur la fin de vie, ndlr) soit révisée afin que les médecins n'en arrivent pas là", a en revanche déclaré sa soeur, Sylvie Geffroy.
"J'ai estimé qu'ils avaient accompagné leur père jusqu'au bout", a déclaré de son côté l'ancien médecin, qui depuis le début du procès assume pleinement ses actes et laisse entendre qu'il cherchait surtout à abréger des souffrances et à épargner les proches.
"Le souhait d'Yves Geffroy m'a échappé", a encore dit l'ex-urgentiste de l'unité d'hospitalisation de courte durée (UHCD) de l'hôpital de Bayonne où il est soupçonné d'avoir abrégé la vie de sept malades en 2010 et 2011.
Son père "était dans le coma. Il ne lui restait que quelques heures à vivre. Il s'étouffait. Je lui ai injecté une ampoule d'Hypnovel, puis 2 ou 3 milligrammes d'une deuxième ampoule d'Hypnovel pour être sûr qu'il ne souffrait plus psychiquement", a-t-il déclaré.
"Ce produit n'a pas pour objet de provoquer la mort, mais de lutter contre la souffrance", a t-il insisté.
La loi Leonetti sur la fin de vie, datant de 2005, autorise les sédations ayant pour but d'abréger les souffrances et pouvant entraîner la mort comme effet secondaire. Toutefois, elle les encadre en exigeant une concertation avec la famille et que la décision soit prise au sein d'une équipe médicale.
"Mon rôle est d'assumer, seul, jusqu'au bout, pour ne pas mettre l'équipe soignante en difficulté", a encore dit le docteur, évoquant "les dégâts que ça peut occasionner chez les soignants".
Mais une aide-soignante, Laurie Pebarthe, et une infirmière, Nathalie Bec, appelées à la barre, ont déploré que le Dr Bonnemaison n'ait jamais rien expliqué.
"Je regrette", a déploré le praticien. "Au-delà des regrets, ce sont des explications que nous aurions voulu", a rétorqué Nathalie Bec, infirmière. "Pourquoi n'avez vous pas demandé des explications au Dr Bonnemaison", lui aussi demandé Me Arnaud Dupin, avocat du docteur. "Je ne l'ai pas fait", a-t-elle reconnu.
Dans la matinée l'expert Charles Janbon (Montpellier) a pour sa part estimé que l'examen médical des patients concernés ne permettait pas, de son point de vue, de dire s'ils ressentaient des souffrances intolérables et considérant aussi que s'agissant de patients dans le coma, il était difficile d'affirmer, comme l'a fait le docteur, qu'ils étaient victimes de grandes souffrances psychiques.
En revanche, il a été affirmatif sur le fait que les patients étaient tous en fin de vie, à deux ou trois jours de la mort.
Nicolas Bonnemaison, âgé de 53 ans, est passible de la réclusion criminelle à perpétuité. Mardi, la cour entendra notamment le professeur Jean Leonetti, père de la loi éponyme, sur la portée de cette législation que certains jugent trop vague.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-quand-la-mort-divise-une-famille-16-06-2014-1836797_23.php
Le procès du Dr Bonnemaison relance la question de la mort dans la dignité
Le procès de Nicolas Bonnemaison, 53 ans, médecin de Bayonne jugé depuis mercredi par la Cour d'Assise de Pau, reprend demain. L'urgentiste est accusé d'avoir abrégé la vie de sept de ses patients en 2010 et 2011. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité.
La semaine dernière la Cour d'Assise de Pau s'est attachée à mieux connaître et à comprendre la personnalité de Nicolas Bonnemaison, médecin urgentiste apprécié par ses pairs mais aussi par les familles des patients. Vendredi, des proches d'un des sept patients décédés ont ainsi remercié le Dr Bonnemaison d'avoir accédé à leur demande «d'aider» leur parent «à partir dignement». D'ailleurs, aucune des sept familles concernées par le dossier n'a déposé de plainte à l'encontre du médecin.
Le fils et la fille d'une autre victime présumée ont ainsi déclaré ne pas avoir pensé «une seconde» se porter partie civile dans cette affaire. Nicolas Bonnemaison assume de fait ses actes, estimant avoir fait son «devoir» en soulageant les souffrances de ces patients.
Dès demain, la Cour devrait se pencher sur une nouvelle question, au cœur de ce dossier : celle de la législation actuelle. Est-elle suffisante pour la prise en charge des patients en fin de vie ? Autrement dit, les médecins connaissent-ils réellement les limites de leur profession ?
Pour répondre à ces questions, des praticiens hospitaliers, des professeurs de médecine, mais aussi deux anciens ministres et le député Jean Leonetti, à l'initiative de la loi sur la fin de vie, sont attendus alors que la défense souhaite placer l'euthanasie au centre des débats.
Une situation que rejette l'avocat général, Marc Mariée, qui considère que la loi n'a pas été respectée. Car le nœud du problème est aussi en partie là : Nicolas Bonnemaison a agi seul. Il s'est ainsi délibérément affranchi de l'obligation d'en référer aux familles et à d'autres médecins ce qui lui a justement été reproché par le fils et la belle-fille de Françoise Iramuno, partie civile, dont le témoignage a été l'un des temps forts de cette première semaine de procès, lorsque la voix brisée par l'émotion, ils ont accusé le médecin de leur avoir «volé» les derniers instants de leur mère. Un manque de communication que le praticien justifie par sa volonté d'épargner ce sentiment de «culpabilité» aux familles quant à la décision de l'ultime sédation.
Didier Sicard et Jean-Claude Ameisen, respectivement ancien et actuel président du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), sont attendus en fin de semaine à Pau. Ils devraient pouvoir fournir des informations supplémentaires sur la gestion de la fin de vie par le corps médical.
La majorité des membres du Conseil a recommandé de ne légaliser ni le suicide assisté, ni l'euthanasie. Hasard du calendrier, c'est aussi en fin de semaine que le Conseil d'État examinera le dossier de Vincent Lambert. Tétraplégique en état végétatif depuis des années dont la famille se déchire à propos de son maintien ou non en vie.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/16/1901292-proces-dr-bonnemaison-relance-question-mort-dignite.html
La semaine dernière la Cour d'Assise de Pau s'est attachée à mieux connaître et à comprendre la personnalité de Nicolas Bonnemaison, médecin urgentiste apprécié par ses pairs mais aussi par les familles des patients. Vendredi, des proches d'un des sept patients décédés ont ainsi remercié le Dr Bonnemaison d'avoir accédé à leur demande «d'aider» leur parent «à partir dignement». D'ailleurs, aucune des sept familles concernées par le dossier n'a déposé de plainte à l'encontre du médecin.
Le fils et la fille d'une autre victime présumée ont ainsi déclaré ne pas avoir pensé «une seconde» se porter partie civile dans cette affaire. Nicolas Bonnemaison assume de fait ses actes, estimant avoir fait son «devoir» en soulageant les souffrances de ces patients.
Dès demain, la Cour devrait se pencher sur une nouvelle question, au cœur de ce dossier : celle de la législation actuelle. Est-elle suffisante pour la prise en charge des patients en fin de vie ? Autrement dit, les médecins connaissent-ils réellement les limites de leur profession ?
Pour répondre à ces questions, des praticiens hospitaliers, des professeurs de médecine, mais aussi deux anciens ministres et le député Jean Leonetti, à l'initiative de la loi sur la fin de vie, sont attendus alors que la défense souhaite placer l'euthanasie au centre des débats.
Une situation que rejette l'avocat général, Marc Mariée, qui considère que la loi n'a pas été respectée. Car le nœud du problème est aussi en partie là : Nicolas Bonnemaison a agi seul. Il s'est ainsi délibérément affranchi de l'obligation d'en référer aux familles et à d'autres médecins ce qui lui a justement été reproché par le fils et la belle-fille de Françoise Iramuno, partie civile, dont le témoignage a été l'un des temps forts de cette première semaine de procès, lorsque la voix brisée par l'émotion, ils ont accusé le médecin de leur avoir «volé» les derniers instants de leur mère. Un manque de communication que le praticien justifie par sa volonté d'épargner ce sentiment de «culpabilité» aux familles quant à la décision de l'ultime sédation.
L'affaire Bonnemaison différente du dossier Vincent Lambert ?
Demain, Jean Leonetti est attendu à la barre. Il devrait expliquer les grands principes du texte qui, s'il n'autorise ni l'euthanasie (réalisée par un tiers) ni le suicide assisté (exécuté par le patient lui-même), encadre le droit au «laisser mourir».Didier Sicard et Jean-Claude Ameisen, respectivement ancien et actuel président du Conseil consultatif national d'éthique (CCNE), sont attendus en fin de semaine à Pau. Ils devraient pouvoir fournir des informations supplémentaires sur la gestion de la fin de vie par le corps médical.
La majorité des membres du Conseil a recommandé de ne légaliser ni le suicide assisté, ni l'euthanasie. Hasard du calendrier, c'est aussi en fin de semaine que le Conseil d'État examinera le dossier de Vincent Lambert. Tétraplégique en état végétatif depuis des années dont la famille se déchire à propos de son maintien ou non en vie.
Que dit la loi Leonetti ?
Promulguée le 22 avril 2005, la loi Leonetti n'aborde pas la question de l'euthanasie. Au contraire même, elle légifère sur l'accompagnement médical des patients en fin de vie. Ainsi la loi permet d'établir des limites quand à l'acharnement thérapeutique. Cette décision d'interruption de traitement peut et doit être prise entre le patient ou sa famille et l'ensemble de l'équipe médicale. Ainsi, un traitement peut être interrompu parce qu'il n'apporte pas les résultats escomptés. Le personnel médical en fait alors part à la famille qui doit décider de poursuivre les soins ou de laisser la personne mourir dignement.http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/16/1901292-proces-dr-bonnemaison-relance-question-mort-dignite.html
dimanche 15 juin 2014
Procès Bonnemaison : "J'ai demandé au docteur d'abréger ses souffrances"
Des proches de Fernand Dhooge, décédé dans le service du docteur Bonnemaison, ont apporté leur soutien à l'accusé. Il lui ont demandé d'euthanasier leur parent
'est une première depuis que l'affaire a éclaté, en 2011. Ce vendredi, devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, une famille de l'un des sept patients en fin de vie que Nicolas Bonnemaison est accusé d'avoir empoisonnés a expliqué lui avoir formellement demandé qu'il "euthanasie" son parent.
Le défunt, Fernand Dhooge, a 66 ans lorsqu'il est admis, en mars 2010, à l'unité d'hospitalisation de courte durée de l'hôpital de Bayonne. Atteint d'un sixième cancer, d'une méningite et d'une septicémie, il est dans le coma à son arrivée dans le service dirigé par Nicolas Bonnemaison. Le diagnostic est formel: il n'y a plus d'espoir. Jamais entendue dans le cadre de la procédure, sa fille a écrit au président de la cour, Michel Le Maître, quelques jours avant l'ouverture du procès, pour venir témoigner. "Nous n'avons jamais été contactés par les enquêteurs ou la juge, mes frères et moi, alors que nous étions aussi aux côtés de notre père, le jour de sa mort. Seule sa seconde épouse a été auditionnée. Nous avons découvert dans un reportage à la télé, début juin, que le cas de Fernand avait été retenu contre le Dr Bonnemaison", déclare Isabelle Dhooge, entendue par visioconférence, et "choquée" d'avoir été ainsi oubliée par la justice.
Le président lui indique qu'elle peut se constituer partie civile jusqu'à l'issue du procès, mais on comprend très vite que telle n'est pas son intention. Elle raconte sa rencontre avec le Dr Bonnemaison alors que son père agonise. "Je l'ai informé qu'il voulait partir dans la dignité, sans souffrance et donc, être euthanasié. Mon père était malade depuis 1995. J'ai demandé au Dr Bonnemaison d'abréger ses souffrances et de ne pas utiliser de chlorure de potassium, produit trop violent. Il m'a fait un signe de tête. Quelques minutes plus tard, il a lui a fait une injection, en présence d'une infirmière. Mon père est décédé peu après. Aujourd'hui, je tiens à le remercier. Il a su faire preuve d'humanité, a su nous entendre et respecter les dernières volontés de notre père. Une seule vie ne suffirait pas à lui témoigner notre reconnaissance."
Accusé par une infirmière d'avoir employé un curare, un produit létal, donc interdit par la loi, Nicolas Bonnemaison affirme avoir utilisé de "l'atarax, de la scopolamine et de la morphine" pour ce patient en fin de vie. "Peu importe le produit, il a aidé Fernand et nous lui en sommes reconnaissants", lâche Patricia Dooghe.
Suspendue pour le week-end, l'audience reprend lundi avec l'audition des médecins chargés par la justice d'expertiser chacun des dossiers médicaux des sept défunts.
http://www.sudouest.fr/politique/justice/
'est une première depuis que l'affaire a éclaté, en 2011. Ce vendredi, devant la cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, une famille de l'un des sept patients en fin de vie que Nicolas Bonnemaison est accusé d'avoir empoisonnés a expliqué lui avoir formellement demandé qu'il "euthanasie" son parent.
Le défunt, Fernand Dhooge, a 66 ans lorsqu'il est admis, en mars 2010, à l'unité d'hospitalisation de courte durée de l'hôpital de Bayonne. Atteint d'un sixième cancer, d'une méningite et d'une septicémie, il est dans le coma à son arrivée dans le service dirigé par Nicolas Bonnemaison. Le diagnostic est formel: il n'y a plus d'espoir. Jamais entendue dans le cadre de la procédure, sa fille a écrit au président de la cour, Michel Le Maître, quelques jours avant l'ouverture du procès, pour venir témoigner. "Nous n'avons jamais été contactés par les enquêteurs ou la juge, mes frères et moi, alors que nous étions aussi aux côtés de notre père, le jour de sa mort. Seule sa seconde épouse a été auditionnée. Nous avons découvert dans un reportage à la télé, début juin, que le cas de Fernand avait été retenu contre le Dr Bonnemaison", déclare Isabelle Dhooge, entendue par visioconférence, et "choquée" d'avoir été ainsi oubliée par la justice.
Le président lui indique qu'elle peut se constituer partie civile jusqu'à l'issue du procès, mais on comprend très vite que telle n'est pas son intention. Elle raconte sa rencontre avec le Dr Bonnemaison alors que son père agonise. "Je l'ai informé qu'il voulait partir dans la dignité, sans souffrance et donc, être euthanasié. Mon père était malade depuis 1995. J'ai demandé au Dr Bonnemaison d'abréger ses souffrances et de ne pas utiliser de chlorure de potassium, produit trop violent. Il m'a fait un signe de tête. Quelques minutes plus tard, il a lui a fait une injection, en présence d'une infirmière. Mon père est décédé peu après. Aujourd'hui, je tiens à le remercier. Il a su faire preuve d'humanité, a su nous entendre et respecter les dernières volontés de notre père. Une seule vie ne suffirait pas à lui témoigner notre reconnaissance."
"Peu importe le produit, il a aidé Fernand et nous lui en sommes reconnaissants."Pour elle, "à aucun moment le Dr Bonnemaison n'a commis d'erreur". Entendue dans la foulée, son ex-belle mère, Patricia Dooghe, confirme son soutien à l'ancien médecin. "Il nous a juste compris", dit-elle en pleurs.
Accusé par une infirmière d'avoir employé un curare, un produit létal, donc interdit par la loi, Nicolas Bonnemaison affirme avoir utilisé de "l'atarax, de la scopolamine et de la morphine" pour ce patient en fin de vie. "Peu importe le produit, il a aidé Fernand et nous lui en sommes reconnaissants", lâche Patricia Dooghe.
Suspendue pour le week-end, l'audience reprend lundi avec l'audition des médecins chargés par la justice d'expertiser chacun des dossiers médicaux des sept défunts.
http://www.sudouest.fr/politique/justice/
samedi 14 juin 2014
Euthanasie : l'ex-médecin Nicolas Bonnemaison admet «s'être trompé»
Aux premiers jours de son procès devant les assises des Pyrénées-Atlantiques, Nicolas Bonnemaison, l'ancien médecin accusé d'avoir écourté la vie de sept patients en leur administrant des substances létales, s'est retrouvé confronté au fils unique de Françoise Iramuno, 86 ans.
Cette patiente hospitalisée le 4 avril 2011 aux urgences de l'hôpital de Bayonne, dans le coma après une hémorragie cérébrale, était décédée deux jours après dans l'unité de courte durée dont Bonnemaison était le chef de service. L'ex-urgentiste a depuis reconnu lui avoir injecté une ampoule d'Hypnovel, un sédatif puissant, afin d'abréger ses souffrances en raison, défend-il, «d'un risque de détresse psychique».
Retraité aux épaules carrés, Pierre Iramuno est, avec son épouse Christine, le seul des proches des malades concernés à s'être constitué partie civile dès le début de l'affaire. L'homme raconte comment, quelques années auparavant, alors que son père, insuffisant reinal, était en phase terminale, un médecin lui avait proposé d'arrêter sa dialyse: «Nous avions dit que nous étions d'accord. Le médecin nous avait fait signer une décharge». Rien de tel dans le cas de sa mère. Le couple avait été en outre très choqué d'apprendre, par les médias, l'existence d'un «pari» - celui d'un gâteau au chocolat- lancé par le médecin à l'un des membres de l'équipe au moment de la mort de cette femme. «De l'humour douteux», a reconnu ce dernier.
Alors que Pierre Iramuno, absent au moment de la mort de sa mère, vient d'expliquer à la cour son désir de «comprendre», Bonnemaison se lève et se tourne vers lui:
- «Je suis bouleversé par votre témoignage. J'espère que vous avez acquis la conviction que mon devoir était de vous protéger. Votre mère avait fait une hémorragie fulgurante. Vous avez été écouté: il n'y a pas eu d'acharnement thérapeutique», avance-t-il.
- «J'entends bien, mais vous ne m'en avez pas parlé. On en aurait discuté ensemble tout aurait été différent...»
- «Je voudrais vous faire comprendre ce qui a dicté mon choix», poursuit Bonnemaison
- «Je vous ai entendu, mais vous n'avez préservé personne. Ni vous, ni le personnel soignant. C'est pour ça qu'on est tous là aujourd'hui. A des degrés divers, à un moment, il faut assumer», lâche Pierre Iramuno.
- «J'essaie d'assumer...», se tasse l'ex-urgentiste.
A son tour, Christine Iramuno, belle-fille de la patiente, s'adresse à Nicolas Bonnemaison:
- «Pourquoi n'avez-vous pas parlé avant d'agir? Je n'ai pas de mépris, pas de haine. J'ai voulu pardonner... Mais quand on vous voyait à la télé avec votre comité de soutien, on avait l'impression que c'était vous la victime.»
Nicolas Bonnemaison: «C'est une décision qui peut être lourde pour la famille. Je mesure, là, que je me suis trompé. J'ai généré de la souffrance en croyant l'épargner. Soyez en certaine, c'est très riche d'enseignement pour moi.»
Livide, l'accusé se rassoit.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/euthanasie-l-ex-medecin-nicolas-bonnemaison-admet-s-etre-trompe-a-son-proces-13-06-2014-3920935.php
Cette patiente hospitalisée le 4 avril 2011 aux urgences de l'hôpital de Bayonne, dans le coma après une hémorragie cérébrale, était décédée deux jours après dans l'unité de courte durée dont Bonnemaison était le chef de service. L'ex-urgentiste a depuis reconnu lui avoir injecté une ampoule d'Hypnovel, un sédatif puissant, afin d'abréger ses souffrances en raison, défend-il, «d'un risque de détresse psychique».
Retraité aux épaules carrés, Pierre Iramuno est, avec son épouse Christine, le seul des proches des malades concernés à s'être constitué partie civile dès le début de l'affaire. L'homme raconte comment, quelques années auparavant, alors que son père, insuffisant reinal, était en phase terminale, un médecin lui avait proposé d'arrêter sa dialyse: «Nous avions dit que nous étions d'accord. Le médecin nous avait fait signer une décharge». Rien de tel dans le cas de sa mère. Le couple avait été en outre très choqué d'apprendre, par les médias, l'existence d'un «pari» - celui d'un gâteau au chocolat- lancé par le médecin à l'un des membres de l'équipe au moment de la mort de cette femme. «De l'humour douteux», a reconnu ce dernier.
Alors que Pierre Iramuno, absent au moment de la mort de sa mère, vient d'expliquer à la cour son désir de «comprendre», Bonnemaison se lève et se tourne vers lui:
- «Je suis bouleversé par votre témoignage. J'espère que vous avez acquis la conviction que mon devoir était de vous protéger. Votre mère avait fait une hémorragie fulgurante. Vous avez été écouté: il n'y a pas eu d'acharnement thérapeutique», avance-t-il.
- «J'entends bien, mais vous ne m'en avez pas parlé. On en aurait discuté ensemble tout aurait été différent...»
- «Je voudrais vous faire comprendre ce qui a dicté mon choix», poursuit Bonnemaison
- «Je vous ai entendu, mais vous n'avez préservé personne. Ni vous, ni le personnel soignant. C'est pour ça qu'on est tous là aujourd'hui. A des degrés divers, à un moment, il faut assumer», lâche Pierre Iramuno.
- «J'essaie d'assumer...», se tasse l'ex-urgentiste.
A son tour, Christine Iramuno, belle-fille de la patiente, s'adresse à Nicolas Bonnemaison:
- «Pourquoi n'avez-vous pas parlé avant d'agir? Je n'ai pas de mépris, pas de haine. J'ai voulu pardonner... Mais quand on vous voyait à la télé avec votre comité de soutien, on avait l'impression que c'était vous la victime.»
Nicolas Bonnemaison: «C'est une décision qui peut être lourde pour la famille. Je mesure, là, que je me suis trompé. J'ai généré de la souffrance en croyant l'épargner. Soyez en certaine, c'est très riche d'enseignement pour moi.»
Livide, l'accusé se rassoit.
http://www.leparisien.fr/faits-divers/euthanasie-l-ex-medecin-nicolas-bonnemaison-admet-s-etre-trompe-a-son-proces-13-06-2014-3920935.php
vendredi 13 juin 2014
Procès Bonnemaison : "Docteur, merci"
Elle a elle-même contacté la justice, début juin, pour témoigner. Isabelle D., 40 ans, est la fille de Fernand D., 66 ans, décédé le 30 mars 2010 dans l'unité du Dr Bonnemaison, au centre hospitalier de la Côté basque, à Bayonne. Queue de cheval blonde, débardeur bleu et lunettes rectangulaires, elle est entendue par la cour d'assises de Pau, vendredi 13 juin, par visioconférence. Depuis le box des accusés, Nicolas Bonnemaison, 53 ans, poursuivi pour "empoisonnements" sur sept anciens patients, ne quitte pas des yeux l'écran de retransmission.
Quand Fernand D. est admis dans l'unité de l'urgentiste, il n'a "pas beaucoup de temps à vivre". D'une voix claire et ferme, sa fille, qui déplore le fait de n'avoir été contactée ni par les enquêteurs, ni par le juge d'instruction, raconte les cinq cancers de son père. "Il était malade depuis 1995". Puis la bien douloureuse vision de celui-ci dans sa chambre de l'hôpital de Bayonne. "Il était recroquevillé sur son lit, dans un état végétatif, il portait une couche, le monitoring sonnait tout le temps." La jeune femme assure avoir fait part au Dr Bonnemaison de la volonté de son père de "partir dans la dignité, sans souffrance" et lui avoir dit qu'il "voulait être euthanasié."
"A aucun moment de Dr Bonnemaison n'a commis d'erreur. Pour moi il ne l'a pas tué. Il l'a aidé à partir dignement", insiste-t-elle. "Si mon père avait été dans la possibilité de le remercier, il l'aurait fait." Puis, encore : "une vie ne suffirait pas pour dire au Dr Bonnemaison notre reconnaissance". Touché, Nicolas Bonnemaison, qui a toujours expliqué avoir voulu abréger les souffrances de ses patients, revient à son tour sur les difficultés de celui-ci : "la nuit avait été difficile, il était très agité, les infirmières avaient été contraintes de l'attacher avec des sangles de peur qu'il ne chute de son lit". Il se souvient d'une "prescription de soins palliatifs d'Atarax, de morphine et d'un sédatif" mais assure n'avoir utilisé ni Hypnovel ni curare.
"Peu importe", pour elle, le produit utilisé. Elle balaie d'un même revers de main la demande de précisions du président quant aux mots échangés avec le médecin. "Ça s'est fait dans le regard. On ne peut pas dire ça avec des mots." À nouveau face à Nicolas Bonnemaison, elle déclare avoir "enfin rencontré un médecin humain". Face au président, jurés d'un côté, accusé de l'autre, Patricia D. conclut : "Je vous jure que nous avons tous compris que le docteur allait abréger ses souffrances. Sinon nous n'aurions pas laissé faire." Nicolas Bonnemaison, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, est jugé à Pau jusqu'au 27 juin.
http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/
Quand Fernand D. est admis dans l'unité de l'urgentiste, il n'a "pas beaucoup de temps à vivre". D'une voix claire et ferme, sa fille, qui déplore le fait de n'avoir été contactée ni par les enquêteurs, ni par le juge d'instruction, raconte les cinq cancers de son père. "Il était malade depuis 1995". Puis la bien douloureuse vision de celui-ci dans sa chambre de l'hôpital de Bayonne. "Il était recroquevillé sur son lit, dans un état végétatif, il portait une couche, le monitoring sonnait tout le temps." La jeune femme assure avoir fait part au Dr Bonnemaison de la volonté de son père de "partir dans la dignité, sans souffrance" et lui avoir dit qu'il "voulait être euthanasié."
Un signe de tête pour se comprendre
Nicolas Bonnemaison a selon elle "accepté sa demande". La décision d'une injection s'est faite "d'un signe de tête" du médecin. Elle y a, dit-elle, répondu de la même manière. Isabelle D. ignore quel produit a été utilisé. Elle demande seulement au médecin de ne pas utiliser de chlorure de potassium. "Trop violent." Il lui répond "de ne pas s'inquiéter". Fernand D. s'éteint le lendemain. "J'ai pu accompagner mon père dans son dernier souffle" témoigne sa fille, tenant à remercier le Dr Bonnemaison d'avoir accédé aux dernières volontés de son père, "à son voeu le plus cher : partir dans la dignité"."A aucun moment de Dr Bonnemaison n'a commis d'erreur. Pour moi il ne l'a pas tué. Il l'a aidé à partir dignement", insiste-t-elle. "Si mon père avait été dans la possibilité de le remercier, il l'aurait fait." Puis, encore : "une vie ne suffirait pas pour dire au Dr Bonnemaison notre reconnaissance". Touché, Nicolas Bonnemaison, qui a toujours expliqué avoir voulu abréger les souffrances de ses patients, revient à son tour sur les difficultés de celui-ci : "la nuit avait été difficile, il était très agité, les infirmières avaient été contraintes de l'attacher avec des sangles de peur qu'il ne chute de son lit". Il se souvient d'une "prescription de soins palliatifs d'Atarax, de morphine et d'un sédatif" mais assure n'avoir utilisé ni Hypnovel ni curare.
Même sentiment chez la seconde épouse
Patricia D., 52 ans, seconde épouse de Fernand D., témoigne également à la barre. Bouleversée, tremblante, des sanglots permanents dans la voix, elle fait part de sa douleur face aux souffrances, peu avant la fin, de son mari. "C'était trop dur." Puis se tourne vers Nicolas Bonnemaison et lui lance, comme pressée de l'énoncer : "Docteur, merci. Grâce à vous, ça a été moins difficile. Fernand n'aurait pas voulu se voir comme ça. Il n'aurait pas voulu finir diminué. Il l'avait vraiment dit"."Peu importe", pour elle, le produit utilisé. Elle balaie d'un même revers de main la demande de précisions du président quant aux mots échangés avec le médecin. "Ça s'est fait dans le regard. On ne peut pas dire ça avec des mots." À nouveau face à Nicolas Bonnemaison, elle déclare avoir "enfin rencontré un médecin humain". Face au président, jurés d'un côté, accusé de l'autre, Patricia D. conclut : "Je vous jure que nous avons tous compris que le docteur allait abréger ses souffrances. Sinon nous n'aurions pas laissé faire." Nicolas Bonnemaison, qui encourt la réclusion criminelle à perpétuité, est jugé à Pau jusqu'au 27 juin.
http://tempsreel.nouvelobs.com/justice/
Procès Bonnemaison: la fille d'un patient avait demandé l'euthanasie
La fille d'un homme de 66 ans, atteint de cinq cancers, a assuré vendredi devant la cour d'assises à Pau qu'elle avait demandé ouvertement au Dr Bonnemaison, accusé d'avoir abrégé la vie de sept patients, que son père soit euthanasié.
Isabelle Dhooge, 40 ans, a raconté par visio-conférence les dernières heures de son père, Fernand Dhooge, plongé dans le coma et hospitalisé dans l'unité du Dr Bonnemaison. "Il était recroquevillé, dans un état végétatif", a-t-elle expliqué, indiquant qu'elle savait qu'il ne restait à son père "plus beaucoup de temps à vivre". Malade depuis 1995, il était décédé le 30 mars 2010, au lendemain de son admission à l'hôpital de Bayonne.
"J'ai informé le Dr Bonnemaison de vive voix que mon père voulait partir dans la dignité, qu'il ne voulait pas d'acharnement thérapeutique. Il a dit que la décision avait été comprise", a-t-elle indiqué, avant de répéter: "J'ai informé le Dr Bonnemaison que mon père voulait être euthanasié".
La jeune femme a également raconté avoir demandé que le médecin n'utilise pas de "chlorure de potassium", mais quelque chose de "plus doux". Elle a ensuite relaté comment, son père ayant reçu l'extrême-onction, elle avait donné son accord "par un signe de tête" pour une injection, à laquelle elle a dit toutefois ne pas avoir directement assisté. Elle a précisé qu'il s'agissait, selon elle, de morphine et qu'aucune mention d'utilisation de curare ne lui avait été signifiée.
Selon elle, le décès est intervenu "5 à 10 minutes" plus tard. "On a eu le temps de lui dire au revoir", a-t-elle poursuivi, avant d'ajouter: "Une vie ne suffirait pas pour remercier le Dr Bonnemaison." "Il ne l'a pas tué, il l'a aidé à partir dignement".
Isabelle Dhooge s'est dite choquée qu'elle et ses deux frères n'aient pas été interrogés par la justice sur le cas de leur père. "C'est comme si nous n'avions pas existé", a-t-elle déploré.
"Merci! Grâce à vous cela a été moins difficile", a lancé à sa suite, en pleurs, Patricia Dhooge, deuxième épouse de M. Dhooge à l'adresse de l'urgentiste. "C'est pas possible de dire des mots à ce moment-là", a-t-elle plaidé.
Nicolas Bonnemaison, 53 ans, poursuivi pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables" est accusé d'avoir administré à sept patients en fin de vie des médicaments hors du protocole de soins et sans avis d'autres médecins. Aucune famille de victime n'a porté plainte. Seuls des proches de deux victimes se sont portés parties civiles.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-la-fille-d-un-patient-avait-demande-l-euthanasie-13-06-2014-1835932_23.php
Isabelle Dhooge, 40 ans, a raconté par visio-conférence les dernières heures de son père, Fernand Dhooge, plongé dans le coma et hospitalisé dans l'unité du Dr Bonnemaison. "Il était recroquevillé, dans un état végétatif", a-t-elle expliqué, indiquant qu'elle savait qu'il ne restait à son père "plus beaucoup de temps à vivre". Malade depuis 1995, il était décédé le 30 mars 2010, au lendemain de son admission à l'hôpital de Bayonne.
"J'ai informé le Dr Bonnemaison de vive voix que mon père voulait partir dans la dignité, qu'il ne voulait pas d'acharnement thérapeutique. Il a dit que la décision avait été comprise", a-t-elle indiqué, avant de répéter: "J'ai informé le Dr Bonnemaison que mon père voulait être euthanasié".
La jeune femme a également raconté avoir demandé que le médecin n'utilise pas de "chlorure de potassium", mais quelque chose de "plus doux". Elle a ensuite relaté comment, son père ayant reçu l'extrême-onction, elle avait donné son accord "par un signe de tête" pour une injection, à laquelle elle a dit toutefois ne pas avoir directement assisté. Elle a précisé qu'il s'agissait, selon elle, de morphine et qu'aucune mention d'utilisation de curare ne lui avait été signifiée.
Selon elle, le décès est intervenu "5 à 10 minutes" plus tard. "On a eu le temps de lui dire au revoir", a-t-elle poursuivi, avant d'ajouter: "Une vie ne suffirait pas pour remercier le Dr Bonnemaison." "Il ne l'a pas tué, il l'a aidé à partir dignement".
Isabelle Dhooge s'est dite choquée qu'elle et ses deux frères n'aient pas été interrogés par la justice sur le cas de leur père. "C'est comme si nous n'avions pas existé", a-t-elle déploré.
"Merci! Grâce à vous cela a été moins difficile", a lancé à sa suite, en pleurs, Patricia Dhooge, deuxième épouse de M. Dhooge à l'adresse de l'urgentiste. "C'est pas possible de dire des mots à ce moment-là", a-t-elle plaidé.
Nicolas Bonnemaison, 53 ans, poursuivi pour "empoisonnement sur personnes particulièrement vulnérables" est accusé d'avoir administré à sept patients en fin de vie des médicaments hors du protocole de soins et sans avis d'autres médecins. Aucune famille de victime n'a porté plainte. Seuls des proches de deux victimes se sont portés parties civiles.
http://www.lepoint.fr/societe/proces-bonnemaison-la-fille-d-un-patient-avait-demande-l-euthanasie-13-06-2014-1835932_23.php
Bonnemaison: une famille disculpe le médecin
La famille d'une patiente, que Nicolas Bonnemaison est accusé d'avoir empoisonnée, a disculpé le médecin aujourd'hui devant le cour d'assises des Pyrénées-Atlantiques, estimant que leur parente était décédée de mort naturelle.
Appelés comme témoins, la fille et le fils de Mme Christiane Tymen, une patiente de 80 ans décédée le 26 juin 2011 dans le service du praticien, ont affirmé que l'urgentiste n'avait pu accélérer le décès de leur mère, atteinte d'une maladie neuro-dégénérative depuis plusieurs années. «Je n'ai pas quitté ma mère un seul moment», a expliqué Viviane Cipière, qui a raconté la lente «descente aux enfers» de la malade, une ancienne enseignante atteinte d'une maladie du cerveau l'empêchant depuis quatre ans d'abord de marcher, puis de parler.
Ce témoin a exclu devant la cour la possibilité que le Dr Bonnemaison ait utilisé du Norcuron, médicament à base de curare. «Il n'est jamais resté seul avec ma mère», a-t-elle affirmé, ajoutant que, selon elle, la prise en charge de sa mère avait été «adaptée». Le médecin a reconnu devant la cour s'être procuré de l'Hypnovel, un puissant psychotrope, et du Norcuron, mais a indiqué ne pas avoir administré ces médicaments à l'octogénaire, le décès ayant été «rapide». Il a une nouvelle fois reconnu ne pas avoir informé la famille de ses intentions.
Le fils de l'octogénaire, Didier Tymen, a estimé de son côté que le «Dr Bonnemaison n'avait pas contribué plus que de nature» au décès de sa mère. «Si ça avait été le cas, ça me convient», a-t-il poursuivi. «Nous ne voulions pas qu'elle souffre!» «Je ne comprends pas qu'un tel dossier soit traité devant une cour d'assises. Pas une seconde je n'ai pensé me porter partie civile», a-t-il ajouté.
Interrogé par l'avocat général, Marc Mariée, sur son utilisation de Norcuron, concernant les sept cas de patients dans cette affaire, Nicolas Bonnemaison a affirmé n'avoir utilisé cette substance qu'«une seule fois», pour le cas d'une autre patiente décédée le 6 mai à l'âge de 73 ans. Nicolas Bonnemaison, 53 ans, est accusé d'avoir administré à sept patients en fin de vie des médicaments hors du protocole de soins et sans recourir à l'avis d'autres médecins. Aucune famille de victime n'a porté plainte. Seuls des proches de deux victimes se sont portées parties civiles. Le procès est prévu jusqu'au 27 juin.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/06/13/97001-20140613FILWWW00146-bonnemaison-une-famille-disculpe-le-medecin.php
Appelés comme témoins, la fille et le fils de Mme Christiane Tymen, une patiente de 80 ans décédée le 26 juin 2011 dans le service du praticien, ont affirmé que l'urgentiste n'avait pu accélérer le décès de leur mère, atteinte d'une maladie neuro-dégénérative depuis plusieurs années. «Je n'ai pas quitté ma mère un seul moment», a expliqué Viviane Cipière, qui a raconté la lente «descente aux enfers» de la malade, une ancienne enseignante atteinte d'une maladie du cerveau l'empêchant depuis quatre ans d'abord de marcher, puis de parler.
Ce témoin a exclu devant la cour la possibilité que le Dr Bonnemaison ait utilisé du Norcuron, médicament à base de curare. «Il n'est jamais resté seul avec ma mère», a-t-elle affirmé, ajoutant que, selon elle, la prise en charge de sa mère avait été «adaptée». Le médecin a reconnu devant la cour s'être procuré de l'Hypnovel, un puissant psychotrope, et du Norcuron, mais a indiqué ne pas avoir administré ces médicaments à l'octogénaire, le décès ayant été «rapide». Il a une nouvelle fois reconnu ne pas avoir informé la famille de ses intentions.
Le fils de l'octogénaire, Didier Tymen, a estimé de son côté que le «Dr Bonnemaison n'avait pas contribué plus que de nature» au décès de sa mère. «Si ça avait été le cas, ça me convient», a-t-il poursuivi. «Nous ne voulions pas qu'elle souffre!» «Je ne comprends pas qu'un tel dossier soit traité devant une cour d'assises. Pas une seconde je n'ai pensé me porter partie civile», a-t-il ajouté.
Interrogé par l'avocat général, Marc Mariée, sur son utilisation de Norcuron, concernant les sept cas de patients dans cette affaire, Nicolas Bonnemaison a affirmé n'avoir utilisé cette substance qu'«une seule fois», pour le cas d'une autre patiente décédée le 6 mai à l'âge de 73 ans. Nicolas Bonnemaison, 53 ans, est accusé d'avoir administré à sept patients en fin de vie des médicaments hors du protocole de soins et sans recourir à l'avis d'autres médecins. Aucune famille de victime n'a porté plainte. Seuls des proches de deux victimes se sont portées parties civiles. Le procès est prévu jusqu'au 27 juin.
http://www.lefigaro.fr/flash-actu/2014/06/13/97001-20140613FILWWW00146-bonnemaison-une-famille-disculpe-le-medecin.php
Dr Bonnemaison : un «type bien» que son ex- maîtresse jure d'«assassiner»
Deuxième jour d'audience, hier, à Pau. Le Dr Bonnemaison ? Toujours calme, impassible dans son box vitré. La veille, son épouse Julie a peut-être marqué des points pour lui. Nicolas Bonnemaison.. Un mariage d'amour. Et un bon médecin, humain, empathique, formé depuis longtemps à sauver dans l'urgence et à accompagner les familles des patients en fin de vie. Ce qui est resté dans l'oreille. Mais pas seulement.
Car elle a ouvert des portes, aussi, Julie Bonnemaison. Anesthésiste, elle l'a dit : «ce sont des pratiques pas très connues, mais communes, on est beaucoup de médecins à le faire. Il n'y a pas à le raconter à la maison.» Elle répondait ainsi à l'une des deux seules parties civiles de ce dossier recensant sept morts mais aucune plainte de famille, laquelle venait de lui rappeler : «pendant l'enquête vous avez dit n'avoir pas été surprise…».
Ce jeudi matin, à présent ? Trois témoins sont appelés. Michel Glanes, directeur de l'hôpital de Bayonne. Angel Piquemal, son prédécesseur de 2000 à 2009 et Christine Solano.
Michel Glanes, donc ? Lui aussi décrit un «excellent» professionnel, «le plus indiqué pour diriger l'Unité hospitalière de courte durée». Mais il consteste la version du médecin qui, la veille, a décrit son service comme celui vers lequel on orientait les fins de vie dont les autres ne voulaient pas. Quant aux faits dont on l'informe, ce 9 août, «ils sont graves et répétés» et malgré un «cas de conscience», il ne juge donc pas nécessaire d'entendre le Dr Bonnemaison… «J'ai le sentiment que la loi Leonetti n'a pas été respectée (...) Pour moi on n'est plus au temps de la concertation mais de la transmission au procureur de la république»,explique-t-il, réfutant quant à lui toute idée de cabale de la part des témoins.
Angel Piquemal, à présent ? Physique de troisième ligne et verbe clair, l'actuel directeur du CHU de Caen décerne la légion d'honneur hospitalière au Dr Bonnemaison : «il avait la confiance de ses pairs», «un type bien». Son successeur vient de répondre «statistiques» lorsqu'on l'a interrogé sur l'humain et la mort. Lui tient au débat de société. Aujourd'hui «les gens sont soignés dans le privé et meurent dans le public», analyse-t-il demandant une réflexion sur cette réalité.
Et cette ex-maîtresse de Nicolas qu'elle reconnaît comme amie, de loin, et dont elle assure avoir ignoré la relation jusque fin 2012 ? Pas d'esprit de vengeance ? l'interroge Marc Mariée, l'avocat général. «Non». Avocat du médecin, Me Arnaud Dupin intervient. Et rappelle à la cadre de santé la scène, portée au dossier. C'était, avant. La veille de l'audition de «l'ex»par le juge d'instruction. Elles étaient ensemble, elle l'ont rencontré, lui Me Dupin. Et son amie s'est présentée comme «la maîtresse» avant de lancer à propos de son client : «je vais l'assassiner, le charger, je vais lui en mettre plein la tête car c'est un pourri». à la barre, Christine Solano est mal à l'aise. Son amie, elle, témoignera le 23 juin.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/13/1899744-bonnemaison-type-bien-ex-maitresse-jure-assassiner.html
Car elle a ouvert des portes, aussi, Julie Bonnemaison. Anesthésiste, elle l'a dit : «ce sont des pratiques pas très connues, mais communes, on est beaucoup de médecins à le faire. Il n'y a pas à le raconter à la maison.» Elle répondait ainsi à l'une des deux seules parties civiles de ce dossier recensant sept morts mais aucune plainte de famille, laquelle venait de lui rappeler : «pendant l'enquête vous avez dit n'avoir pas été surprise…».
Lettre anonyme
Sur la relation extraconjugale de son mari qui, avec, l'épuisement au travail, a été à l'origine de son long arrêt professionnel en septembre 2008 ? Son analyse du cocktail détonnant a également permis d'apprendre, entre autres, que l'ex-maîtresse de son conjoint, alors cadre de santé aux urgences, et Christine Solano, la cadre de santé ayant révélé les faits concernant son mari, le 9 août 2011, étaient «très copines». Et puis… ayant questionné Julie Bonnemaison, la défense a fait état de cette lettre anonyme datée du 4 juin, transmise à la cour, qui faisait état de réunions quotidiennes «depuis un mois» des personnes qui avaient dénoncé Nicolas Bonnemaison.Ce jeudi matin, à présent ? Trois témoins sont appelés. Michel Glanes, directeur de l'hôpital de Bayonne. Angel Piquemal, son prédécesseur de 2000 à 2009 et Christine Solano.
Michel Glanes, donc ? Lui aussi décrit un «excellent» professionnel, «le plus indiqué pour diriger l'Unité hospitalière de courte durée». Mais il consteste la version du médecin qui, la veille, a décrit son service comme celui vers lequel on orientait les fins de vie dont les autres ne voulaient pas. Quant aux faits dont on l'informe, ce 9 août, «ils sont graves et répétés» et malgré un «cas de conscience», il ne juge donc pas nécessaire d'entendre le Dr Bonnemaison… «J'ai le sentiment que la loi Leonetti n'a pas été respectée (...) Pour moi on n'est plus au temps de la concertation mais de la transmission au procureur de la république»,explique-t-il, réfutant quant à lui toute idée de cabale de la part des témoins.
Angel Piquemal, à présent ? Physique de troisième ligne et verbe clair, l'actuel directeur du CHU de Caen décerne la légion d'honneur hospitalière au Dr Bonnemaison : «il avait la confiance de ses pairs», «un type bien». Son successeur vient de répondre «statistiques» lorsqu'on l'a interrogé sur l'humain et la mort. Lui tient au débat de société. Aujourd'hui «les gens sont soignés dans le privé et meurent dans le public», analyse-t-il demandant une réflexion sur cette réalité.
«Très choquées»
Au tour de Christine Solano… Qui raconte maintenant comment elle a été prévenue par une infirmière et une aide soignante «très choquées». Elles surveillaient depuis mai le Dr Bonnemaison. Ce 4 août, Mme Deleau vient de mourir après l'entrée de ce dernier dans la chambre. Elles ont récupéré les ampoules. Fortes de cette preuve, elles osent enfin lui en parler. Et d'autres corroborent. Car il y a eu au moins trois autres morts suspectes… Mme Deleau ? Pour ce cas, le Dr Bonnemaison bénéficiera d'un non lieu, mais la machine est lancée. Le Dr Bonnemaison «avait beaucoup changé» depuis son retour en 2009. Moins ouvert, moins coopératif, plus taciturne... un ancien dépressif : axe de l'accusation qu'elle creuse aussi.Et cette ex-maîtresse de Nicolas qu'elle reconnaît comme amie, de loin, et dont elle assure avoir ignoré la relation jusque fin 2012 ? Pas d'esprit de vengeance ? l'interroge Marc Mariée, l'avocat général. «Non». Avocat du médecin, Me Arnaud Dupin intervient. Et rappelle à la cadre de santé la scène, portée au dossier. C'était, avant. La veille de l'audition de «l'ex»par le juge d'instruction. Elles étaient ensemble, elle l'ont rencontré, lui Me Dupin. Et son amie s'est présentée comme «la maîtresse» avant de lancer à propos de son client : «je vais l'assassiner, le charger, je vais lui en mettre plein la tête car c'est un pourri». à la barre, Christine Solano est mal à l'aise. Son amie, elle, témoignera le 23 juin.
http://www.ladepeche.fr/article/2014/06/13/1899744-bonnemaison-type-bien-ex-maitresse-jure-assassiner.html
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