Dix ans ! C’est le temps qui s’est écoulé depuis ce que notre journal avait appelé à l’époque le Drame de la Manda : deux kayakistes, une jeune fille de 17 ans et son père de 45 ans, morts le jeudi de l’Ascension 2001, lors d’une sortie sur le Var, à la mini-centrale hydroélectrique n° 8, en amont du pont de la Manda, sur le territoire de Colomars.
Aujourd’hui, la famille d’Aurélie et Marc Courbet vient d’assigner en demande de réparations, devant le tribunal de Nice, la société Énergies Maintenance, exploitante des mini-centrales hydroélectriques qui jalonnent le cours du fleuve, le long de la RD 6202. Filiale du groupe allemand RWE Innogy GmbH*, elle n’a pas souhaité « communiquer d’informations » sur l’accident.
Celui-ci s’est déroulé le 24 mai 2001, à l’époque de la fonte des neiges. Le Var présentait d’autant plus d’intérêt pour les kayakistes qu’il bénéficiait d’un fort courant, alimenté encore par de récents orages. Marc Courbet, qui avait participé dans sa jeunesse à des compétitions de haut niveau en kayak et aviron, aurait-il voulu tenter l’endroit le plus fun de ce secteur particulièrement prisé des kayakistes, celui de Lingostière, en aval de la Manda ?
Les jambes d’Aurélie et le tronc de son père
On ne le saura jamais. « S’il avait senti que c’était dangereux, mon père n’y serait pas allé, estime aujourd’hui son fils David. Et s’il avait eu envie de se foutre en l’air, il ne l’aurait pas fait avec ma sœur. »
Dans les premiers jours suivant le drame, les gendarmes avaient étudié toutes les hypothèses, avant qu’une information judiciaire pour homicide involontaire ne soit ouverte, quatre jours après l’accident. On venait alors de retrouver, à la mini-centrale n° 7, implantée justement à hauteur de Lingostière, deux jambes de femme, puis un tronc d’homme avec sa tête : des restes humains identifiés comme ceux d’Aurélie et de son père Marc. Si ce n’est un petit bout de kayak, le Var n’a jamais rien donné d’autre, rendant impossible le deuil de la famille.
Après maintes péripéties, y compris la perte du dossier au tribunal de Nice, puis sa réapparition, l’instruction a été close par un non-lieu, confirmé en juillet 2005 par la cour d’appel.
Depuis, l’affaire en est restée à la toute première hypothèse émise par les enquêteurs. Marc Courbet, qui aurait d’abord mis à l’eau le kayak de sa fille, à la centrale n° 8 de la Manda, aurait plongé pour lui porter secours, laissant son embarcation sur le toit de sa voiture, tels qu’on les a retrouvées. Le courant aurait alors entraîné les deux victimes vers la centrale n° 7 de Lingostière.
Les corps sectionnés par des câbles ?
Pour le conseil de la famille, Me Béatrice Eyrignoux, « les corps des deux victimes auraient été sectionnés par des gros câbles traversant l’ouverture de la vanne située à gauche de la centrale n° 8 ». La responsabilité de l’accident incombe donc, selon l’avocate, à la SAS Énergies Maintenance. D’où la demande d’indemnisations conséquentes au profit des trois frères Courbet et de leur mère.
Pour étayer le dossier, Me Eyrignoux accuse aussi Énergies Maintenance de « négligence et d’imprudence ». Quelques jours après le drame, un huissier avait constaté l’absence d’un quelconque panneau de signalisation mentionnant une interdiction ou un danger ».
Pourtant, un an avant le drame, la DDE avait enjoint la société, par courrier, de « veiller de manière rigoureuse à la fermeture des barrières » installées sur les chemins d’accès au Var. Un point que la société devrait contester vigoureusement.
« Si j’avais baissé les bras, je m’en serais voulu toute ma vie, il fallait qu’on aille au bout des choses… », conclut David Courbet. Une première audience est fixée à Nice au 19 septembre.
*Implanté dans une dizaine de pays européens, il est spécialisé dans les énergies renouvelables : eau, vent, biomasse.
http://www.nicematin.com/article/faits-divers/accident-de-kayak-sur-le-var-dix-ans-apres-la-famille-demande-reparation
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