jeudi 14 juillet 2011

Nice: un cambriolage réglé à coups de casserole

Nathan B. comparaissait pour la 27e fois. Il a été condamné à deux ans de prison ferme.
Certains procès s’apprécient moins à la barre que sur les bancs du public. Celui de Nathan B., interpellé en flagrant délit de cambriolage, se lisait tout entier dans les yeux de sa mère – une petite femme tremblante qui voyait son fils sur le banc des prévenus pour la 27e fois.

Nathan B. n’est pas l’un de ces « jeunes malfrats » qui encombrent les prétoires. Il a 41 ans, déjà quatre années de prison cumulées. « Pas très gai comme palmarès », soupire la présidente du tribunal, Bernadette Rivière-Caston. Qui rappelle les faits : « Dimanche à 7h35, rue Pertinax, le propriétaire d’un snack vous a trouvé dans son commerce. Vous aviez cassé une fenêtre pour entrer et vous étiez en état d’ébriété. Il a prévenu la police, puis il vous a retenu jusqu’à l’arrivée des agents. »

« Ce sont les risquesdu métier, ça... »
Nathan opine du chef. Veste de sport noire, pantalon kaki, il arbore un énorme pansement sur le crâne : « Ah ça, pour me retenir, il m’a retenu. J’ai sept points de suture… » La présidente hausse les épaules : « Vous étiez agressif. Le commerçant a pris une casserole et vous a frappé. C’est assez normal qu’il n’ait pas été content de vous trouver chez lui. Ce sont les risques du métier, ça! »

« Je n’étais pas dans mon état normal, bredouille le prévenu. Croyez-moi, j’ai un peu d’expérience : un cambriolage, ça ne se fait pas à 7 heures du matin… » La juge s’énerve : « ça ne se fait pas, cher Monsieur, ni le jour ni la nuit! » Nathan croise le regard de sa mère. Il comprend sa supplique muette et baisse la tête. Bernadette Rivière-Caston détaille les conditions d’interpellation par la sûreté urbaine – « musclées parce que vous vous rebelliez. Vous avez même craché sur les policiers! »

L’homme se redresse : « Ils m’en veulent, Madame! Ils me connaissent, c’est pour ça qu’ils se sont acharnés. » La maman tressaille. Elle serre un peu plus fort son mouchoir blanc, sent venir le coup de jarnac. Qui vient effectivement… du vice-procureur : « Il ne s’agit pas de faire le procès de la police ou de la victime. C’est bien Monsieur B. qui est en cause ! Et son procès est celui du désespoir. Désespoir de voir le prévenu rentrer enfin dans le rang, cesser d’empoisonner la vie de ceux qui ne demandent qu’à faire leur travail. »

Lorsqu’il réclame trois ans d’emprisonnement ferme, la mère de Nathan encaisse le choc. Elle reprend espoir quand l’avocat, Me Jean-Claude Arnoux, plaide « un délit lié à l’ivresse » et s’interroge : « A quoi ça servira de l’incarcérer encore ? Un travail d’intérêt général serait plus efficace. » « On ne m’a jamais donné ma chance. Je vais en prison et quand je sors, je recommence à zéro », conclut Nathan dans un souffle. Il écope de trois ans de prison dont un avec sursis. Sa maman se lève sans un mot. Sans une larme. Et sans se retourner vers ce prétoire où s’est joué, une fois de plus, le destin de son fils.

http://www.nicematin.com/article/faits-divers/nice-un-cambriolage-regle-a-coups-de-casserole

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