mardi 12 juillet 2011

Procès Koné : la loi du silence

La fidélité, l’amitié pour quelques-uns. La peur pour d’autres. Ou les codes du quartier qui interdisent de « balancer ». Les possibilités sont multiples pour expliquer le jeu de dupes auquel on a assisté, hier, au tribunal correctionnel de Metz. La présidente Wallraff-Reuter fondait quelques espoirs sur le passage, à la barre, des petites mains de la bande. Les guetteurs, les revendeurs ou les nourrices, rouages essentiels de l’activité souterraine. La magistrate imaginait sans doute avoir des aveux spontanés sur le mode opératoire de ce réseau qui a opéré, en 2009 et 2010 aux Quatre Tours, haut lieu du trafic messin, dans le quartier de Borny. Un réseau important, une organisation si fine qu’il a fallu des mois d’écoutes aux enquêteurs de la PJ, du groupe d’intervention régional et de la Sûreté départementale pour déterminer un organigramme du trafic.
Tout en haut de la pyramide trônerait Soufiane Koné, ancien professionnel de football, reconverti dans les « affaires » après une succession de blessures. Considéré, à la lecture de la procédure, comme un patron du milieu, il aurait mis sur pied un réseau d’écoulement de plusieurs centaines de grammes de drogues dures par jour.

« J’ai dépanné »

La présidente s’est employée à faire avouer aux prévenus ce qu’ils ne voulaient pas dire. « Vous avez participé activement à ce trafic ? » Le premier : « J’ai rendu service deux trois fois. Ce n’était pas organisé. » Un autre : « J’ai dépanné, ce n’était pas grand-chose. » Un autre, encore : « On m’a demandé de confirmer en garde à vue, j’ai confirmé mais je n’ai rien fait de spécial. » Le tribunal et la représentante du parquet cherchent une cohérence entre les investigations policières et les explications des prévenus. Magali Raffaele veut « la vérité », elle doit faire avec des trous de mémoire.
Entêtée, la présidente repart à l’assaut : « Lors de vos auditions, vous avez donné un organigramme. Comment ça fonctionnait ?
– On m’a mis ça sous le nez. Je me suis mis tout en bas pour sortir plus vite de garde à vue. » Encore : « Il y avait des lieutenants et Soufiane Koné, c’est ça ? » « Mais Soufiane, tout le monde le connaît dans le quartier. Je n’ai jamais entendu parler de trafic. »
Les hommes de confiance de Koné se montrent remplis de certitudes. Soupçonné d’être le responsable d’une équipe de vendeurs, un homme, originaire de Paris, affirme « n’avoir aucun lien avec ce réseau. » Dès qu’on parle d’Hollywood, le surnom de Koné, le message est rodé : « À part le foot, je ne l’ai jamais vu faire autre chose. » Les écoutes montrent pourtant des centaines d’appels entre le chef et ses trois lieutenants.
« Je n’ai besoin de personne si je veux faire passer un message… » Le colosse s’est levé en dernier, hier soir. Les autres ont écouté religieusement. « Il n’y a pas de réseau, pas de structure. Rien », a-t-il martelé à la barre.
Suite des débats aujourd’hui.
http://www.republicain-lorrain.fr/faits-divers

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