« Cette audition est purement scandaleuse. Il s’agit d’une tentative d’intimidation à mon égard. C’est une atteinte à ma liberté d’expression. »
Il est 10 heures, hier, au tribunal correctionnel de Lons-le-Saunier. Et d’emblée le ton est donné. Maître Bernard Ripert, connu pour avoir défendu Joëlle Aubron, ex-membre d’Action directe, était jugé pour outrage à personne dépositaire de l’autorité publique.
Les faits remontent au 14 octobre 2009. Bernard Ripert était, à cette date, l’un des avocats de l’accusé dans le procès d’assises de la mort d’Aurélie Martory, une jeune femme décédée la nuit du 19 au 20 mai 2007, sur la route de Morez.
L’avocat est accusé d’avoir, avant l’ouverture de l’audience du procès, lancé des paroles outrageuses à l’adresse de trois policiers chargés de la surveillance de la salle. Ces derniers l’assurent à la barre. Il aurait dit, en les « regardant fixement » : « vous avez appris la bonne nouvelle ? Un flic s’est fait écraser. Tant mieux ça en fait un de moins au bord des routes. »
Des paroles qui auraient été prononcées en référence à un drame survenu la veille dans l’Yonne au cours duquel un gendarme est décédé. Des paroles que Bernard Ripert n’infirme ni ne confirme tout au long de l’audience qui a duré quatre heures et demie.
En revanche, l’avocat se défend d’avoir adressé la parole aux policiers. Il parlait « à une journaliste travaillant pour M6 qui venait couvrir le procès Martory », et avec qui il aurait « sympathisé la veille ».
« C’est évident. C’est à ma fonction qu’on en veut, tonne-t-il à la barre. À mon style de défense offensif et indépendant. On veut me faire payer le fait d’avoir malmené la cour d’assises lors du procès. »
L’homme s’emporte ensuite contre le gouvernement, les forces de l’ordre, le système, « ceux qui s’en mettent plein les poches », les avocats du barreau de Lons, malgré les demandes répétées de la présidente du tribunal de stopper, puis s’explique.
« C’était une boutade adressée à la journaliste, reprend-il. C’était privé. D’ailleurs quand son collègue caméraman m’a demandé de répéter ça face caméra, j’ai refusé. Il s’agissait d’une plaisanterie, de second degré. Je ne me réjouis jamais de la mort d’un homme, qu’il soit gendarme ou voyou. À chacun d’apprécier le goût de ces propos. Mais on ne peut pas me reprocher d’avoir une opinion et de l’exprimer. Ce qui a pu choquer c’est qu’on a voulu rendre public des propos qui étaient d’ordre privé. »
« Trois éléments, lui répond Camille Mansioni, le procureur dans ses réquisitions. Un, les propos ont été tenus. Deux, vous ne contestez pas la teneur des propos. Trois, oui, il y a bien outrage. Oui, parce que des policiers se sont sentis directement visés par ces paroles. Bernard Rippert savait qu’ils étaient là. Il en avait parfaitement conscience. Bien sûr, il a le droit de penser, de s’exprimer. Mais, devant des valeurs communes, le reste s’efface. On doit respecter l’autre. »
Il poursuit : « je demande une peine de quatre mois de prison avec sursis, 3 000 euros d’amende et la publication de la décision du tribunal à venir. » La partie civile, elle, réclame un euro symbolique de dommages et intérêts.
Après les réquisitions du procureur, les neuf avocats de Bernard Ripert, des collègues et « amis », selon leurs dires, venant, pour la plupart, de Savoie où exerce l’avocat, se sont notamment attachés à démontrer que ce dernier ne s’adressait pas aux policiers en poste ce jour-là. Ils ont également plaidé la relaxe.
« Dans le procès-verbal, les témoins disent avoir tourné la tête après avoir entendu Bernard Ripert. Comment alors, pouvait-il les regarder fixement et leur parler ? »
« Les journalistes travaillant pour M6 disent avoir un enregistrement de ces propos. Or, dans sa déclaration, l’ingénieur du son dit qu’il avait un problème matériel. Comment peut-il exister une capture son de ce passage ? Le caméraman lui a demandé de répéter face caméra… »
« Bernard Ripert est poursuivi pour ce qu’il représente, affirment-ils. Il est surveillé parce qu’il est indépendant. Il s’agit d’un mauvais procès, avec de mauvais arguments, de mauvais procès-verbaux et une mauvaise foi. On juge son comportement au procès d’assises. Cela a pollué toute l’audience d’aujourd’hui. De grâce, ne nous enlevez pas notre liberté de parole. »
L’affaire a été mise en délibéré au 2 septembre prochain.
http://www.leprogres.fr/jura/2011/07/09/proces-ripert-4-h-30-d-audience-9-avocats-et-des-provocations-a-la-pelle
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