mercredi 13 juillet 2011

Sup de Co : des vies en attente de jugement

Les dirigeants de l'école de commerce amiénoise doivent répondre de harcèlement à l'encontre de sept salariés. La procédure dure depuis deux longues années.

Ont-ils raison, ont-ils tort, les juges, qui ont déjà remis deux fois l'examen de cette affaire, devront trancher. Ce qui ne fait pas de doute, c'est que l'affaire Sup de Co a bouleversé leurs vies. Au terme de l'enquête de police, six plaignants ont été reconnus victimes de harcèlement moral de la part des dirigeants du groupe Sup de Co (École supérieure de commerce et Institut supérieur d'administration et de management).

«Depuis trois ans, ma vie s'est arrêtée. Je ne peux rien reconstruire. Je ne pense qu'à ça, je ne dors que quelques heures par nuit. Et comment retrouver du boulot alors qu'on a la pancarte Sup de Co dans le dos ? » témoigne Thierry Léger, 48 ans, ancien agent d'entretien. «On tente de nous rabaisser, de nous mettre sur le dos les difficultés de l'école, ses très mauvais classements. Tout ce que je veux, c'est que ma souffrance soit reconnue », complète Patrice Toto, 43 ans, enseignant et délégué CGT. «J'ai perdu huit kilos. Je me prépare à l'idée que cette affaire va encore durer longtemps mais c'est dur », lâche Pascale Monflier-Bécu, 57 ans, ex-secrétaire de direction.

Sup de Co fut leur vie, tant il semble qu'à Amiens, cet établissement ne peut susciter qu'amour ou haine. Depuis juillet 2009 et le suicide dans les locaux de l'école de leur collègue, Mireille, 48 ans à l'époque, «l'affaire » obsède leurs pensées. Tous savent qu'au mieux, leur cas passera fin 2011, début 2012, et que s'ils gagnent, leurs adversaires feront appel. Et encore, on parle de la partie visible de l'iceberg judiciaire. Car rencontrer les plaignants, c'est courir le risque de se retrouver noyé sous un déluge de procédures aux prud'hommes, au tribunal des affaires de sécurité sociale ou au pénal.

Un processus judiciaire interminable


Pas plus tard que la semaine dernière, un comité d'entreprise extraordinaire était convoqué pour évoquer le licenciement de Mme Monflier-Bécu. «Un licenciement qui n'a rien à voir avec son statut de partie civile, tient à faire remarquer le directeur de Sup de Co, Jean-Louis Mutte. Mme Monflier est déclarée inapte par la médecine du travail. Nous n'avons pas d'autre choix que d'entamer cette procédure. »
«Aucune règle n'avait été respectée, c'est à croire qu'ils n'ont toujours rien compris ! » sourit Patrice Toto. Résultat : un nouveau CE est programmé ce 12 juillet.


Ces hommes et ces femmes sont en passe de devenir des spécialistes du droit du travail. Ils s'en seraient bien passé. On leur demande s'ils emprunteraient à nouveau le même chemin, celui de la contestation par les voies légales, et un grand silence nous répond. Et si un salarié venait leur confier le même problème ? «Franchement, on lui conseillerait de trouver un accord avec son employeur et de recommencer sa vie. C'est trop dur... »
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