Hier, Denis Jacquat, député UMP de Moselle, a été condamné par le tribunal correctionnel de Reims à 10 000 euros d’amende pour abus de confiance et minoration dans les comptes de campagne par non-déclaration de personnes salariées.
UNE peine de 10 000 euros d’amende et une condamnation gommée de son casier judiciaire. Hier après-midi, le tribunal correctionnel de Reims s’est montré clément envers un député UMP de Moselle reconnu coupable d’abus de confiance et de minoration dans les comptes de campagne par non-déclaration de personnes salariées (notre édition du 30 mai). Ceci bien que l’intéressé ait été relaxé des faits concernant une des associations, partie civile au procès. Jugement clément donc, car Denis Jacquat écope d’une peine douce au regard des trois ans de prison, des 375 000 euros d’amende et des cinq années d’inéligibilité encourus pour ce type d’infractions.
Il faut dire que la procédure judiciaire avait été initiée à Metz il y a Mathusalem et que depuis beaucoup d’encre a coulé dans le dossier sur fond de complément d’acte, d’appel et de pourvoi en cassation avec, à la clé, un dépaysement de l’affaire à Reims. Ainsi, douze longues années se sont écoulées. Et chacun sait que la mémoire des vieux dossiers a plutôt tendance à se déliter au bénéfice des délinquants surtout quand ils arborent un col blanc. Dans le cas présent, les faits étaient pourtant simples. Le docteur Jacquat a utilisé du personnel associatif au cours des campagnes pour les législatives de 97 et les cantonales de l’année suivante.
Jugement clément
Ces « petites mains », l’homme clé de la Moselle les a mis à contribution pour le démarchage téléphonique, les tracts, les comptes-rendus politiques, le courrier, les cartes de vœux… Bref, toute la panoplie du parfait candidat à sa réélection qui profite de ses entrées dans la place. Les grands soirs, les employées précaires usinaient jusque dans l’appartement privé des parents de l’intéressé. Une autre servait « de femme à tout faire », tantôt chauffeur ou tantôt en charge des courses. Le préjudice fut chiffré à plusieurs dizaines de milliers d’euros au frais du contribuable puisque c’est ainsi que sont rémunérés les emplois aidés. Pas d’enrichissement personnel en vue mais des comptes de campagne sur le fil du rasoir qui, à un poil près, risquaient de crever le plafond autorisé avec le risque de la punition suprême pour un politique : l‘invalidation.
Un jugement clément encore parce que Denis Jacquat – le rapporteur choisi par François Fillon pour permettre le cumul « emploi-retraite » jusqu’à 70 ans – a nié l’évidence tout au long des débats, drapé dans une inflexible innocence. Pire même puisqu’il jouait sur les mots, tentant de faire passer le personnel associatif pour des ignares souffrant d’un « handicap social ». Car incapable de faire la différence entre le politicien et le président d’association. « Elles ont dû faire l’amalgame car elles n’ont pas fait beaucoup d’études », précisait-il. « J’aurais souhaité voir Monsieur Jacquat reconnaître à minima les choses plutôt que d’entendre ses acrobaties », avait noté, pour sa part, le procureur Fabrice Belargent dans son réquisitoire.
Conséquence logique de la clémence des juges, Rose Giulio, bras droit et « collaboratrice dévouée » du bon docteur Jacquat, bénéficie d’une relaxe pure et simple. Quant à son suppléant, Philippe Grégoire, il est dispensé de peine, conformément aux souhaits du parquet. Condamné sur le plan pénal, le député UMP Jacquat ne subit donc pas de dommages collatéraux sur le plan électoral. Reste la sanction sur le plan politique qui doit « venir du suffrage universel », estimait le procureur Belargent.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/un-depute-ump-condamne-pour-abus-de-confiance
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