mercredi 13 juillet 2011

"Vous dites ne pas l'avoir frappé, mais il dit avoir ressenti une décharge électrique"

Pour le jeune Cambodgien de 20 ans convoqué à la barre, la langue de Molière n'a aucun secret. Son père, en revanche, trébuche sur les mots. Ils comparaissent tous les deux devant le tribunal correctionnel de Paris pour "violences avec usage ou menace d'une arme", en l'occurrence un Taser. Ce pistolet électrique, classé parmi les armes de 6e catégorie, est en vente libre, mais son port est interdit par la loi. Seules les forces de l'ordre peuvent l'utiliser dans des conditions réglementées.
Le père, marchand de fruits et légumes dans le quartier de Belleville, est prévenu d'avoir agressé celui qui, pour la deuxième fois en quelques jours, lui dérobait le fruit le plus luxueux de son étalage, un durian (en thaï : turian). "Vous dites que vous ne l'avez pas frappé. Mais lui, il dit avoir ressenti une décharge électrique dans le dos", note le président. Le voleur "victime" ne s'est pas déplacé et aucun avocat ne représente ses intérêts.
Le fils donne sa version des faits : "J'ai vu l'homme voler les fruits, j'ai couru après lui, il est entré dans un sous-sol où l'attendaient ses copains, il m'a insulté. C'est à ce moment-là que mon père est arrivé... Puis ils se sont enfuis... J'ai couru derrière eux avec le Taser, mais je l'avais dans ma poche. Ils étaient plusieurs, j'ai pris peur, on a commencé à se bagarrer, et les policiers sont arrivés."
"Mes clients sont tous les jours victimes de violences"
Les prévenus sont servis par un contexte médiatique favorable, les violences contre les Asiatiques dans certains arrondissements de Paris faisant la une de nombreux quotidiens. "Je note que les fruits sont bien gardés dans la famille !" indique le procureur, qui sollicite une peine sous la forme de jours-amendes. "Mes clients sont tous les jours victimes de violences redoutables et c'est depuis que ces violences sont devenues quasi quotidiennes que monsieur W. se promène avec un Taser, explique l'avocat des deux hommes. Il le prend même pour aller à la banque."
Il insiste sur le fait que le voleur avait déjà allégé l'étalage de l'épicerie de plusieurs fruits exotiques. En termes de pertes financières, cela commençait à chiffrer. "Le durian est le roi des fruits pour son goût, mais aussi pour son coût ! Il est vendu entre 30 et 40 euros pièce", souligne l'avocat. Il précise que ses clients ont appelé la police, qui n'est pas arrivée immédiatement. Pendant ce temps, le fils a poursuivi le voleur, un homme de 1,85 m armé d'un cutter. "Mon client transportait un Taser à titre de prévention", assure-t-il. Et de solliciter la relaxe pour ses deux clients, qui, s'ils sont finalement déclarés coupables des faits reprochés, s'en sortiront avec une dispense de peine.
http://www.lepoint.fr/carnets-de-justice/vous-dites-ne-pas-l-avoir-frappe-mais-il-dit-avoir-ressenti-une-decharge-electrique-11-07-2011-1351385_195.php

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