En 2009, il avait étranglé sa femme et sa belle-mère. Selon les experts, il n'était pas responsable de ses actes.
L'air hagard,les yeux exorbités, marmonnant plus que ne parlant, c'est ainsi qu'est apparu Jean-Pierre Martinez, hier, devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Pau. Cet homme de 63 ans a, en novembre 2011, étranglé sa femme et sa belle-mère dans la maison familiale d'Irissary, en Basse-Navarre. Vers 5 heures du matin, il avait appelé son fils, lui déclarant : « j'ai tué ama et amatxi (maman et grand-mère en basque, NDLR) ». Sur place, les gendarmes l'ont trouvé, alors qu'il tentait de se pendre.
En garde à vue, Jean-Pierre Martinez a tenu les propos incohérents, au point qu'on l'a finalement conduit en hospitalisation d'office. Depuis, les experts qui l'ont examiné sont formels : l'homme souffre d'un délire paranoïaque aigü. Les deux psychiatres qui ont été entendu hier par la chambre de l'instruction arrivent aux mêmes conclusion : le sexagénaire, ancien maçon, n'avait pas la pleine conscience de ses actes au moment des faits.
D'ailleurs à la barre, il dit ne se souvenir de rien, sans cependant nié avoir tué son épouse et sa belle-mère, alitée et tétraplégique. Aux experts, il dit avoir fait un cauchemar cette nuit-là, persuadé que des hommes l'attaquaient. « J'en ai attrapé un par le cou… C'était ma femme », a-t-il confié au médecin de l'unité des malades difficiles de Cadillac où il est depuis hospitalisé.
Délire paranoïaque
Et selon les psychiatres, l'homme présente encore une réelle dangerosité. Car pendant des années, il a nourri le fantasme que sa belle famille voulait l'empoisonner. Il a suffi d'une piqûre contre la grippe la semaine précédente, comme la mort concomitante de sa propre mère, pour que tout se déclenche dans sa tête. Une maladie décrite comme « sourde », un délire paranoïaque qu'il aura développé des années durant, et qui a explosé le 9 novembre 2009.
Ce qui étonne dans cette affaire, c'est que cette maladie mentale n'ait jamais été détectée auparavant. Certes, selon le dossier, certains de ses proches se seraient inquiétés de son état, estimant que « cela finirait mal ». Certes, l'homme avait bien été réformé de son service militaire des années auparavant. Mais jamais Jean-Pierre Martinez n'a été inquiété pour des actes délictueux, comme jamais il n'a consulté un spécialiste. Il est resté enfermé dans « la pauvreté de sa vie mentale, et sa vie sociale étriquée », selon les expressions des experts, jusqu'à ce que son délire n'explose, comme une bombe à retardement.
La question d'un procès devant la cour d'assises ne s'est pas vraiment posée hier, devant la chambre de l'instruction, tant le meurtrier présumé paraît étranger à toute sanction pénale.
Mais l'avocate des parties civiles, Me Anne-Marie Mendiboure, a surtout insisté sur les contraintes que la justice pourrait imposer à cet homme, si jamais il quittait un jour Cadillac. « Car ils ont peur de le croiser encore ».
Les magistrats de la cour d'appel de Pau diront le 22 mars prochain le sort que réserve la justice à Jean-Pierre Martinez
http://www.sudouest.fr/2011/03/09/proces-improbable-pour-le-meurtrier-337184-4181.php
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