mardi 10 mai 2011

Assassinat de Saint-Amour : un crime d’amour-propre ?

Un assassinat est un meurtre prémédité ; et selon la loi il y a préméditation dès lors qu’il y a eu intention de donner la mort avant l’acte, mais si seulement quelques minutes sont passées. C’est une telle accusation, passible de la réclusion à perpétuité, qui a conduit Jean-Pierre Rollin, 49 ans, patron du Café du Nord à Saint-Amour, devant la cour d’assises du Jura. Son procès s’est ouvert hier au palais de justice de Lons-le-Saunier. Le verdict est attendu mercredi.
L’ancien cafetier, incarcéré depuis plus de deux ans, est apparu blafard dans le box des accusés, mais prêt à s’expliquer sur les faits qui ont bouleversé la petite commune. Plusieurs témoins, appelés à la barre, l’ont parfaitement résumé : « On ne pensait pas que ça allait en arriver là ». Là, c’est la mort d’Olivier Fournol, quadragénaire discret et apprécié du voisinage, parachutiste à ses heures, dans la nuit du samedi 31 janvier 2009, dans la rue, au bas de son domicile du numéro 4 de la rue des Terreaux. Il s’est écroulé après avoir reçu un coup de couteau au cœur ; selon le médecin légiste, le second coup a été post-mortem (l’accusé affirme avoir donné deux coups successifs, ou plutôt que la victime s’est empalée sur l’arme, alors que son ex-épouse, présente, dit qu’il est revenu quelques secondes plus tard).
Olivier Fournol était le nouveau conjoint de Mme Rollin, en instance de divorce. Dans la commune, tout le monde ou presque était au courant. Ce soir-là, le patron du Café du Nord se présente au bas du domicile du nouveau couple où les habitants l’ont vu plusieurs fois « rôder ». Il tombe sur son beau-fils et lui demande de remettre à Olivier Fournol une lettre de trois pages, sorte de testament dans lequel il lui lègue tous ses biens.
Revenu un peu plus tard, Jean-Pierre Rollin, qui selon ses dires, avait « l’obsession de discuter » avec celui qui avait été son « pote » lorsqu’il fréquentait son bar, tape sur les volets et se voit demander de partir. Une bousculade se serait déclenchée entre les deux hommes. Jean-Pierre Rollin n’aurait pas eu l’avantage, avec des côtes cassées et vingt kilos de moins, et serait rentré dans ses pénates… pour revenir quelques minutes plus tard. Repassé par son café, l’ancien cuisinier s’est saisi d’un couteau de cuisine, à la lame effilée de 19 centimètres, pour retourner rue des Terreaux, à 106 mètres de là. Pour lui, l’arme n’aurait été qu’outil de dissuasion pour se faire entendre. S’en prenant à sa voiture, il a réussi à faire descendre Olivier Fournol, qui n’est jamais remonté...
Jean-Pierre Rollin serait ensuite parti à bord de sa voiture, avec son chien, avec la volonté de se jeter sous le train ; en réalité, il est allé jeter le couteau du côté de Balanod avant de revenir à son bar où il a été interpellé. Au cours de sa fuite, il a eu les gendarmes au téléphone, qui l’ont sommé de se rendre. Sa cavale a duré moins de deux heures. Pendant ce temps, son ex-femme et des voisins étaient rejoints par les pompiers qui n’ont pas réussi à réanimer Olivier Fournol.
Jean-Pierre Rollin, perturbé et sous l’emprise de médicaments, hospitalisé à Saint-Ylie, ne pourra être entendu par les gendarmes que plusieurs jours plus tard.
L’enquête a été considérable et plus d’une centaine de personnes ont été entendues. Et si les versions divergent, toutes parlent de quelque chose qui n’avait rien d’un secret de polichinelle dans les rues de Saint-Amour : la descente aux enfers de Jean-Pierre Rollin. Un récit d’une année qui fait dire au ministère public, représenté par Valérie Foresti, qu’on est davantage face à un crime d’amour-propre qu’à un crime passionnel. Car depuis que sa femme et lui étaient séparés, à l’été 2008, l’ambiance était exécrable au centre-ville. Il était dépressif, suicidaire (il a de nouveau fait trois tentatives de suicide depuis son incarcération), alcoolique et vivait mal le fait qu’Olivier Fournol, qui fréquentait son bar par le passé, se soit mis en ménage avec son ex. Le nouveau couple n’aurait d’ailleurs pas manqué de le narguer, passant devant son bar (qui était tout pour lui), voire, selon certains témoins, lui faisant des doigts d’honneur. L’accusé se sentait « harcelé ». Le trio avait, lors des mois précédents, échangé des dépôts de plainte.
Chez l’accusé, les gendarmes ont trouvé de nombreuses notes qui pourraient laisser entendre qu’il méditait son geste depuis plusieurs mois. Mais lorsque le président a lu l’une des pièces (« Je vais devenir le cauchemar de vos nuits car vous êtes devenus le mien. Tout reste à venir »), l’accusé lui a rétorqué tout naturellement : « Et alors c’est MacBeth, vous ne lisez pas Shakespeare ? » Accusé dont les premiers mots ont été pour la famille de son « pote » : « Je ne me pardonnerai jamais. Mais s’il n’était pas tombé dans les pattes de mon épouse, il serait encore là. »
Aujourd’hui sera une journée d’audience chargée avec l’audition des experts et de la partie civile, l’interrogatoire de personnalité et, plus rare, la projection d’un album photographique.
http://www.leprogres.fr/jura/2011/05/10/assassinat-de-saint-amour-un-crime-d-amour-propre

Aucun commentaire: