A force de jouer avec le feu, les Perez se sont brulés les ailes. La sagesse aurait voulu qu'après un premier redressement fiscal ces constructeurs de maisons individuelles rentrent dans le rang et renoncent au travail dissimulé qui les avait enrichis. L'intensification des contrôles leur a été fatale. En 2005 et 2006, plusieurs ressortissants Moldaves interpellés en situation irrégulière en Gironde et des Turcs sans papiers surpris en flagrant délit sur plusieurs chantiers à Créon ont conduit les gendarmes aux portes de leurs deux sociétés, Sitael à Bordeaux et Lauseus à Floirac.
À la barre du tribunal correctionnel où ils doivent notamment répondre d'emplois de travailleurs non déclarés, d'abus de biens sociaux, de faux et d'usage de faux, Jean Paul Perez, sa femme et leur fils Laurent ne sont pas des plus prolixes. Mortifiés par leur comparution, ils s'expriment du bout des lèvres et répondent aux questions de la présidente Caroline Baret par des bribes de phrases inaudibles. Parmi les dix autres prévenus, quelques-uns sont plus bavards. L'évidence est d'autant plus difficile à nier que certains des protagonistes ont été piégés par des écoutes téléphoniques plutôt explicites.
Des faux partout
Ali Serptolat, un maçon turc, était le fournisseur de main-d'œuvre attitré de Jean Paul Perez. Ce rabatteur recrutait des bras via des filières clandestines où des connaissances dans le quartier Saint-Michel. Nombre de ces hommes de bâtiment, payés entre 60 et 80 euros la journée, ne disposaient d'aucun titre de séjour. Ils étaient rémunérés en espèces. Une pratique fréquente au sein de la galaxie Perez. Mais ils n'étaient pas les seuls à travailler au noir. Le carreleur, le plombier, l'électricien… Tous les artisans ou presque émargeaient au black. Tout comme d'ailleurs le chef de chantier que cela ne semblait pas déranger outre mesure.
Les sorties d'argent liquide qui rémunéraient le personnel non déclaré étaient masquées en comptabilité par des fausses factures. « On en faisait aussi quand une société dégageait trop de bénéfices. Cela permettait de payer moins d'impôts », avoue une secrétaire administrative. La sincérité des écritures n'était pas la religion maison. « Il y avait des faux à tous les niveaux », relève le procureur Christian Lagarde en déplorant le laxisme de l'administration. Des maisons ont ainsi pu être édifiées grâce à des permis trafiqués obtenus en reproduisant le tampon d'un architecte prélevé dans un autre dossier. La force du système Perez résidait dans les liens étroits tissés avec plusieurs banquiers. Le directeur de l'agence du Crédit Agricole de Floirac, deux employés des bureaux du Crédit Mutuel de Floirac et Bordeaux Bastide rencontraient fréquemment le chef d'entreprise. Ils le commissionnaient comme apporteur d'affaires en n'ignorant rien de la double facturation qu'il avait mise en place.
Devis falsifiés
Le coût réel de la construction de la maison était en effet souvent inférieur au coût apparent. Les banques débloquaient des sommes supérieures à ce qui était nécessaire sur la base de devis falsifiés. Ce qui permettait aux clients de Jean Paul Perez de bénéficier de prêts auxquels ils n'auraient pas forcément eu droit au regard de leurs revenus. « Je me souviens avoir modifié les chiffres d'un avis d'imposition à la demande d'un banquier », précise une ancienne secrétaire.
Les candidats à l'accession à la propriété bénéficiaient ainsi d'un petit bas de laine bien pratique. De quoi financer des aménagements ou solder en catimini d'autres emprunts. Les chantiers étant menés à leur terme sans anicroche ni malfaçons, rares étaient les clients à se plaindre. Chacun y trouvait apparemment son compte : l'emprunteur, le chef d'entreprise et le banquier. « C'était pain bénit pour moi », reconnaît le cadre du Crédit Agricole. Sans Jean Paul Perez, il lui aurait été beaucoup plus difficile d'atteindre les objectifs fixés par sa direction.
Entre maisons, logements, terrains et placements, la famille Perez est aujourd'hui à la tête d'un patrimoine considérable. Le père et le fils vivent des loyers abondants qu'ils perçoivent chaque mois. « Ce capital a été constitué en fraude des droits de la société et des salariés. Le préjudice social est considérable », insiste le procureur Christian Lagarde pour justifier la prison qu'il requiert à leur encontre.
Le procès se termine aujourd'hui avec les plaidoiries des avocats de la défense.
http://www.sudouest.fr/2011/05/03/des-maisons-to-ut-au-noir-387227-2780.php
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