Les jurés ont condamnés hier Ciro Baldino qui avait tiré sur un voisin, rendant ce dernier trétraplégique
Curieux procès que celui qui s’est tenu hier devant la cour d’assises. Déjà il n’y avait personne sur le banc de la partie civile, ni la victime, ni un membre de sa famille. Ensuite pas de témoins, disparus dans la nature. Enfin parce que rien ne prédisposait Ciro Baldino, 65 ans, à se retrouver un jour devant les jurés populaires pour répondre d’une tentative de meurtre. Rien, sauf la possession à son domicile d’un pistolet. Une arme qui a dormi pendant quinze ans dans une boîte au fond d’un placard. Pour son malheur, et surtout pour celui de son voisin, elle a servi un soir de janvier 2009 lors d’une querelle entre habitants d’un immeuble de la rue Dellile dans le centre-ville de Nice.
Atteint aux cervicales
Les faits sont d’une totale banalité. La victime, Alain Pauliac, 57 ans, était monté sur le coup de 23 h 30 avec deux autres locataires chez le voisin du dessus, Ciro Baldino, à qui ils reprochaient de faire du bruit en « tirant les meubles ou en déplaçant les chaises la nuit ». Ce n’était pas une expédition punitive, mais tout de même quelque chose destiné à impressionner, à trois contre un.
Ils frappent à la porte. Échange de mots, Baldino saisit Pauliac au col, celui-ci lui envoie un coup de poing au visage et insulte la femme de son adversaire. Baldino sort le pistolet qu’il avait glissé sous sa ceinture et tire. Les conséquences de son geste seront dramatiques : atteint aux vertèbres cervicales par une balle, Pauliac était très grièvement blessé.
Il a failli mourir dans les jours qui suivirent. Les médecins lui ont sauvé la vie, mais pas l’usage de ses membres : tétraplégique. Condamné à des souffrances atroces, à passer le restant de ses jours dans un lit ou au mieux dans un fauteuil adapté. Il n’en aura pas le « loisir ». Il est mort il y a un mois, victime d’une « fausse route », après avoir avalé de travers.
En ouvrant les débats, la présidente de la cour d’assises Anne Segond a précisé que Baldino ne répondait pas de ce décès, mais de la tentative de meurtre, passible d’une peine de 30 ans.
Beau parleur
Droit comme un I, Ciro Baldino fera toujours attention à boutonner son costume gris au tombé impeccable lorsqu’il se présentera à la barre pour répondre aux questions. L’homme s’exprime avec aisance. Né en Tunisie, installé en France en 58, il se fait embaucher la même année comme groom à la Bourse des valeurs à Paris. Deux ans plus tard, le voilà promu « dans un bureau ». Arrivent les années 70 et son engagement dans la vie syndicale. Son charisme lui permettra d’être élu délégué du personnel et membre du comité d’entreprise de cette société de 500 salariés. Belle ascension pour un gamin qui n’a que le certif’, après avoir quitté l’école à 14 ans.
Puis ce sera l’arrivée dans les A.-M., avec une reconversion loupée dans le commercial : condamné à un an ferme pour escroquerie, le beau parleur vendant comme placement des parcelles de forêt et des diamants pour une société véreuse. Sorti de prison, il travaillera dans la manutention puis la restauration jusqu’à sa rencontre avec sa seconde épouse. Avec celle-ci, il tiendra le kiosque de la place Arson et crééra le club de pétanque du quartier. Il est devenu quelqu’un.
« Une autorité carrée, militaire », « un père italien, un chef, un patriarche qui veut toujours avoir raison » relativiseront ses deux fils devant les enquêteurs. Sur les faits, Baldino confesse « avoir fait une connerie. je sais que je suis allé trop loin, ça ne correspond pas au sens que j’ai donné à ma vie ». Pourquoi cette arme chez lui ? « Avec mon mètre 73 je ne suis pas spécialement courageux, ça me rassurait ».
Après avoir tiré, il téléphone à la police pour donner l’alerte puis se planque pendant deux jours chez des amis avant de se livrer au commissariat. Il a reconnu les faits, alléguant toutefois « un trou noir ».
Pas un profil pathologique
Pour les psychologues et psychiatres, Ciro Baldino présente « une dimension narcissique évidente », « son émotivité peut provoquer une réaction primaire ». En tout cas, « il n’a pas un profil pathologique ».
Olivier Caracotch, avocat général, livrera un réquisitoire implacable. « Il a neutralisé les sécurités de son arme pour tirer dans une zone vitale ». Il réclamera 12 ans d’emprisonnement.
En défense, Mes Jean-Denis Flori et Franck de Vita ont mis toute leur conviction pour réduire la peine. « Il n’avait jamais commis d’actes violents auparavant, il ne présente pas de risque de récidive. Pourquoi les autres sont-ils montés à trois frapper à sa porte ? C’est facile d’aller taper chez un petit vieux. »
Avant que le jury ne se retire pour délibérer, Ciro Baldino a affirmé qu’il aurait aimé que sa victime soit présente pour lui demander pardon. Un geste qui n’aura pas suffi à convaincre les jurés. Il a été condamné à huit ans de prison au terme de deux heures et demie de délibéré.
http://www.nicematin.com/article/faits-divers/querelle-de-voisinage-a-nice-8-ans-de-prison-pour-le-tireur
Atteint aux cervicales
Les faits sont d’une totale banalité. La victime, Alain Pauliac, 57 ans, était monté sur le coup de 23 h 30 avec deux autres locataires chez le voisin du dessus, Ciro Baldino, à qui ils reprochaient de faire du bruit en « tirant les meubles ou en déplaçant les chaises la nuit ». Ce n’était pas une expédition punitive, mais tout de même quelque chose destiné à impressionner, à trois contre un.
Ils frappent à la porte. Échange de mots, Baldino saisit Pauliac au col, celui-ci lui envoie un coup de poing au visage et insulte la femme de son adversaire. Baldino sort le pistolet qu’il avait glissé sous sa ceinture et tire. Les conséquences de son geste seront dramatiques : atteint aux vertèbres cervicales par une balle, Pauliac était très grièvement blessé.
Il a failli mourir dans les jours qui suivirent. Les médecins lui ont sauvé la vie, mais pas l’usage de ses membres : tétraplégique. Condamné à des souffrances atroces, à passer le restant de ses jours dans un lit ou au mieux dans un fauteuil adapté. Il n’en aura pas le « loisir ». Il est mort il y a un mois, victime d’une « fausse route », après avoir avalé de travers.
En ouvrant les débats, la présidente de la cour d’assises Anne Segond a précisé que Baldino ne répondait pas de ce décès, mais de la tentative de meurtre, passible d’une peine de 30 ans.
Beau parleur
Droit comme un I, Ciro Baldino fera toujours attention à boutonner son costume gris au tombé impeccable lorsqu’il se présentera à la barre pour répondre aux questions. L’homme s’exprime avec aisance. Né en Tunisie, installé en France en 58, il se fait embaucher la même année comme groom à la Bourse des valeurs à Paris. Deux ans plus tard, le voilà promu « dans un bureau ». Arrivent les années 70 et son engagement dans la vie syndicale. Son charisme lui permettra d’être élu délégué du personnel et membre du comité d’entreprise de cette société de 500 salariés. Belle ascension pour un gamin qui n’a que le certif’, après avoir quitté l’école à 14 ans.
Puis ce sera l’arrivée dans les A.-M., avec une reconversion loupée dans le commercial : condamné à un an ferme pour escroquerie, le beau parleur vendant comme placement des parcelles de forêt et des diamants pour une société véreuse. Sorti de prison, il travaillera dans la manutention puis la restauration jusqu’à sa rencontre avec sa seconde épouse. Avec celle-ci, il tiendra le kiosque de la place Arson et crééra le club de pétanque du quartier. Il est devenu quelqu’un.
« Une autorité carrée, militaire », « un père italien, un chef, un patriarche qui veut toujours avoir raison » relativiseront ses deux fils devant les enquêteurs. Sur les faits, Baldino confesse « avoir fait une connerie. je sais que je suis allé trop loin, ça ne correspond pas au sens que j’ai donné à ma vie ». Pourquoi cette arme chez lui ? « Avec mon mètre 73 je ne suis pas spécialement courageux, ça me rassurait ».
Après avoir tiré, il téléphone à la police pour donner l’alerte puis se planque pendant deux jours chez des amis avant de se livrer au commissariat. Il a reconnu les faits, alléguant toutefois « un trou noir ».
Pas un profil pathologique
Pour les psychologues et psychiatres, Ciro Baldino présente « une dimension narcissique évidente », « son émotivité peut provoquer une réaction primaire ». En tout cas, « il n’a pas un profil pathologique ».
Olivier Caracotch, avocat général, livrera un réquisitoire implacable. « Il a neutralisé les sécurités de son arme pour tirer dans une zone vitale ». Il réclamera 12 ans d’emprisonnement.
En défense, Mes Jean-Denis Flori et Franck de Vita ont mis toute leur conviction pour réduire la peine. « Il n’avait jamais commis d’actes violents auparavant, il ne présente pas de risque de récidive. Pourquoi les autres sont-ils montés à trois frapper à sa porte ? C’est facile d’aller taper chez un petit vieux. »
Avant que le jury ne se retire pour délibérer, Ciro Baldino a affirmé qu’il aurait aimé que sa victime soit présente pour lui demander pardon. Un geste qui n’aura pas suffi à convaincre les jurés. Il a été condamné à huit ans de prison au terme de deux heures et demie de délibéré.
http://www.nicematin.com/article/faits-divers/querelle-de-voisinage-a-nice-8-ans-de-prison-pour-le-tireur
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