samedi 11 juin 2011

Assises / Infanticide en Thiérache La lassitude d'une mère

Depuis hier, une maman est jugée par la cour d'assises pour infanticide. La mort du garçon, âgé d'un mois, est intervenue à La-Neuville-lès-Dorengt en avril 2007. L'accusée n'a jamais été incarcérée.
LAURENCE GODBILLE, âgée de 36 ans, semble porter le deuil de son fils Brandon. Sans doute ne s'agit-il pas d'un calcul pour apitoyer la cour. Elle n'est pas dans le paraître, plutôt dans la difficulté durable d'être et de raconter.
Sa vie semble pleine de grisaille. Cette femme minuscule porte un long manteau noir, une chemise de même couleur comme son jean. Seul, le mouchoir blanc qu'elle tient à la main, apporte un peu de clarté à sa silhouette. Son visage, marqué par le poids des années qui comptent double, est usé comme une vieille étoffe. Des mèches blanches apparaissent sur le sommet de sa tête parmi une chevelure rousse un peu terne. Dans cette personnalité éteinte, seule la voix exprime curieusement de la vigueur. Quand la présidence l'interroge « c'est quoi, le bonheur ? » en forme de devoir de philo, elle dit : « Je ne sais pas » et remet une copie blanche pour tout le reste.
Toute sa vie est marquée par la domination des autres. Laurence Godbille quitte l'école à l'âge de seize ans, rêve de devenir coiffeuse mais l'argent manque dans sa famille désertée par son père. Ses seuls bons souvenirs sont liés à des séjours en vacances dans une caravane avec sa grand-mère, près de Péronne. Elle ne connaît qu'un homme, son mari, un ouvrier âgé de plus de dix-sept ans qu'elle. Ils s'installent à Etreux et elle devient pour la première fois maman à vingt-deux ans. Lui, il ramène le salaire, elle s'occupe des enfants. Personne n'empiète sur le domaine de l'autre.
Solitude effroyable
La tâche est de plus en plus lourde avec cinq petits êtres en bas âge. Le père travaille durement et se repose en regardant la télévision à son retour. Elle s'enlise dans les tâches domestiques. Un autre tempérament aurait pu les vaincre. Pas elle qui sombre quelquefois dans l'alcool et l'abus de cigarettes. Elle n'ose confier sa détresse à son mari et n'a pas d'amis. Brandon, le dernier enfant, naît le 19 mars 2007 mais il n'est pas désiré. « C'était un accident », dit la mère. Le bébé n'a plus qu'une trentaine de jours à vivre. Un de ses frères est hospitalisé à Amiens. « J'étais fatiguée, surmenée », raconte l'accusée qui n'évoque ses difficultés à personne. Ces explications sont jugées un peu courtes.
« Pourquoi n'avoir pas accepté de l'aide ? Si cela avait été le cas, Brandon serait vivant », assène Ludovic Manteufel, avocat général. Laurence Godbille murmure, « Je ne sais pas ». C'est sans doute le cœur de cette affaire, une femme emmurée en elle-même et confrontée à l'accusation terrible d'avoir tué par asphyxie son propre enfant, le symbole de l'innocence.
http://www.lunion.presse.fr/article/aisne/assises-infanticide-en-thierache-la-lassitude-dune-mere

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