mercredi 8 juin 2011

La rhumatologue, l'ADN et les hypothèses

Mystérieuse affaire que celle jugée par la cour d'assises du Nord, plus de huit ans après la découverte du corps de Sophie Berkmans. Mystérieuse et hors normes. Pendant des années, cet enquêteur de la police judiciaire le reconnaît, « l'enquête s'est enlisée » . Elle commence par la découverte, ce jour d'octobre 2002, du corps de cette rhumatologue de Valenciennes, gisant dans son sang au milieu de son cabinet. Elle a été égorgée, vraisemblablement étranglée aussi, son visage est tuméfié, ses vêtements sont en désordre, pouvant laisser penser à un viol, mais les expertises ne confirmeront pas cette hypothèse. Celle du vol crapuleux qui aurait mal tourné laisse sceptique. Il y a de l'argent dans le bureau, aucun médicament n'a été dérobé, pas plus que les quelques objets de valeur. On sait juste que tout a dû se passer très rapidement entre le moment où la médecin est rentrée de sa consultation dans un hôpital en fin de matinée et celui où elle s'apprêtait à prendre son déjeuner. Le couvert était mis, un plat se trouvait dans le four à micro-ondes.
L'enquête va ratisser large. Le compagnon, devant ses élèves à l'heure du crime, est mis hors de cause. « On a cerné la personnalité de la victime, entendu ses amis, ses collègues, ses patients, le voisinage. Saisi les ordinateurs, les téléphones. Épluché ses rendez-vous » énumère le policier devant la cour d'assises.



Rien de rien
Il raconte aussi les six années pendant lesquelles la PJ de Lille continue, dès qu'un rapprochement peut être envisagé, à creuser le dossier. « On a réalisé plus d'une centaine d'auditions, 30 suspects ont été interrogés, il y a eu 5 gardes à vue, des prélèvements ADN, un gigantesque travail sur les sources informatiques ». Rien n'y fait.
À la PJ, où la mémoire des policiers fait aussi office d'archives, l'affaire Berkmans restait dans tous les esprits. Au cas où, un jour... Et ce jour est arrivé. Six années plus tard, l'ADN d'un homme interpellé puis relâché dans une banale affaire de dégradation sur une voiture est identifié comme correspondant à celui relevé sur deux morceaux d'ongles trouvés auprès de la morte. L'affaire repart. Mais Mohamed Medjahed nie.
Comment justifier la présence de morceaux d'ongles lui appartenant sur la scène de crime ? Il ne l'explique pas. D'ailleurs, il n'est guère bavard. Tout comme hier, un peu tassé dans son box, les yeux souvent fixés au sol, il semble avoir livré toutes les explications qu'il peut ou veut donner.
Régulièrement, il lui arrivait de traîner dans le jardin public situé à côté du cabinet de la rhumatologue. Alors, pourquoi pas des bouts d'ongles accrochés à une paire de semelles passant par là et qui seraient arrivés près de la morte par hasard ? On retombe toujours sur l'ADN autour duquel l'homme se défend avec une hypothèse fragile.
En face, du côté de l'accusation, on s'accroche à cette empreinte génétique qui a relancé une affaire bien partie pour se retrouver sur les rayonnages des mystères jamais résolus. Et on s'appuie sur le passé de l'accusé.
Une agression sur une jeune femme en 1981, pour laquelle il a pris trois ans de prison. Puis une caissière victime de ses avances et qu'il finira par agresser dans la rue. Des mensonges aussi, comme ces accusations de violence policière lors de sa première confrontation avec la police en 1981 sur laquelle il a fini par revenir.

Renfermé
Son ex-femme ne décrit pas un époux violent, juste un homme qui ne faisait quasiment rien de ses journées, « radin, nerveux, dépressif et peu sociable ». Son frère, le seul de sa famille à s'exprimer, le qualifie de « bizarre ». Mohamed Medjahed, lui, dit de lui-même qu'il est « solitaire, égoïste et renfermé ». Difficile d'en deviner plus dans son profil de taiseux, tel qu'il apparaît devant la cour d'assises.
Comme si, une fois qu'il a nié être entré dans le cabinet du Dr Berkmans, il n'avait au fond rien d'autre à ajouter. Ses avocats, Me Lejeune et Delarue devront lever bien des hypothèses pour convaincre les jurés de son innocence...

http://www.nordeclair.fr/Actualite/2011/06/07/la-rhumatologue-l-adn-et-les-hypotheses.shtml

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