La cour d'assises spéciale de Paris, qui rejuge Yvan Colonna pour l'assassinat du préfet Erignac en 1998, a atterri lundi sous haute protection à Ajaccio pour se rendre sur les lieux du crime. Un transport de justice réclamé par la défense. Magistrats, ministère public, huissier, greffe, avocats et experts (un légiste, deux en balistique), mais aussi Yvan Colonna et un membre du "commando Erignac" condamné à perpétuité en 2003, Pierre Alessandri : au total, une trentaine de personnes se sont ainsi retrouvées rue du Colonel Colonna-d'Ornano, dans le centre d'Ajaccio, où le préfet de Corse Claude Erignac avait été abattu de trois balles dans la nuque, le soir du 6 février 1998, alors qu'il se rendait à pied à un concert après avoir garé sa voiture.
Sans compter les membres des forces de sécurité, dont près de 600, CRS et gendarmes, sont mobilisés pour quadriller le secteur, selon des sources policières. L'opération se déroule à huis clos. La rue était bouclée lundi et le stationnement y était interdit dès dimanche soir, ainsi que dans les rues adjacentes.
Ce scénario "n'est pas possible"
Il ne s'agit pas d'une véritable reconstitution, puisque les lieux ne sont pas remis en état à l'identique et que les témoins ne sont pas là. Mais la défense, qui a réclamé avec insistance une forme de reconstitution, espère que ce déplacement permettra de mettre à mal la version de l'accusation, selon laquelle Yvan Colonna était parmi trois tueurs présents ce soir-là dans la rue et a tiré sur le préfet. Ce scénario "n'est pas possible", a assuré durant le procès Me Pascal Garbarini, un des avocats de Colonna.
Le berger a été condamné en 2007 à perpétuité et à la même peine alourdie d'une période de sûreté de 22 ans en appel, en 2009. Un transport avait été organisé en Corse en 2007 mais refusé en 2009, ce qui avait conduit la défense à claquer la porte du procès après un mois de débats. L'arrêt d'appel ayant été annulé en cassation pour vice de procédure, Yvan Colonna est rejugé depuis le 2 mai, toujours par une cour spécialement composée pour les affaires de terrorisme, ne comprenant que des magistrats professionnels (9 en appel). Le berger nationaliste continue de nier toute participation à l'assassinat, et des zones d'ombre demeurent.
Le berger a été condamné en 2007 à perpétuité et à la même peine alourdie d'une période de sûreté de 22 ans en appel, en 2009. Un transport avait été organisé en Corse en 2007 mais refusé en 2009, ce qui avait conduit la défense à claquer la porte du procès après un mois de débats. L'arrêt d'appel ayant été annulé en cassation pour vice de procédure, Yvan Colonna est rejugé depuis le 2 mai, toujours par une cour spécialement composée pour les affaires de terrorisme, ne comprenant que des magistrats professionnels (9 en appel). Le berger nationaliste continue de nier toute participation à l'assassinat, et des zones d'ombre demeurent.
"Je peux expliquer comment ça s'est passé sur place"
Avant Yvan Colonna, en cavale de 1999 à 2003, six hommes avaient été condamnés, dont deux à perpétuité, pour l'assassinat du préfet: Alain Ferrandi et Pierre Alessandri, qui a dit être l'auteur des tirs. Certains membres du commando avaient mis Yvan Colonna en cause, avant de se rétracter, des mois voire des années plus tard. Ferrandi a refusé de participer à une reconstitution, mais Alessandri s'est dit "à la disposition de la justice", tout en refusant de mimer "physiquement" les gestes. "Je peux expliquer comment ça s'est passé sur place", a-t-il dit à l'audience.
Alessandri est par ailleurs le destinataire présumé d'une lettre attribuée à Yvan Colonna, le menaçant de représailles s'il ne le disculpe pas. La cour dira mercredi prochain si cette lettre, dont seule une photocopie lui a été remise, est recevable ou doit être écartée des débats. Au vu notamment de ces menaces, "je ne suis pas sûr que (le transport) nous apportera grand-chose", a déclaré l'avocat de la famille Erignac, Me Yves Baudelot. Une reconstitution, "acte capital et primordial", est "nécessaire pour Yvan Colonna et pour la vérité", avait en revanche estimé Me Garbarini, en appelant la cour à ne pas se priver d'un moyen "d'arracher des bouts de vérité".
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