jeudi 18 août 2011

La Providence de Vendeuil

Janvier 1885 : appréciée du village pour sa disponibilité, la veuve Sparski, commerçante, est tuée pour quelques sous.

Elle était la « Providence de Vendeuil ». La veuve Sparski, polonaise d'origine, habitait la commune depuis plus de dix-sept ans. Elle était connue pour sa gentillesse. Elle tenait un petit magasin de mercerie et d'épicerie, où l'on trouvait de tout à toute heure. Beaucoup l'appelaient « La providence de Vendeuil ». « Elle ne refusait jamais de venir en aide aux habitants du coin. Jusqu'à leur donner de l'argent en cas de nécessité ! », a témoigné le voisinage, sous le choc en découvrant le drame. Car la veuve Sparski n'aidera plus personne.
Ce 30 janvier 1885, il est 7 heures du matin. Adelina Lesecq, dix-neuf ans, domestique, entre au domicile de la veuve Psarski, afin d'y acheter des sabots. Elle la trouve allongée par terre, face à la porte de la cour. Les cheveux épars, les jambes repliées. Les mains comme lancées en avant. Les yeux encore ouverts. Morte. Un mouchoir enfoncé dans la bouche.
Très vite, les gendarmes arrivent, suivis du parquet et du médecin légiste. On trouve des morceaux de bois dans les cheveux de la vieille dame. Certainement des bouts de sabot.

Cotteret, dit « Guerlout »
La maréchaussée se lance dans une enquête de voisinage. Elle apprend que la veuve Psarski avait un voisin turbulent. Condamné plusieurs fois, considéré comme violent.
Pierre-Louis Edouard Cotteret, dit « Guerlout ». Né le 17 juin 1861 à Beauvois-en-Vermandois. Le maire de Vendeuil l'a déjà repéré. Il signale aux gendarmes que l'homme est absent de la commune depuis plusieurs jours. Condamné à une peine de prison, il s'est enfui pour s'en soustraire.
Dès le départ, tout le monde pense que le crime est dans les cordes du personnage.
Les gendarmes découvrent que Cotteret a une maîtresse. Interrogée, Marie Léocadie Emilienne Poulain affirme : « [Pierre] est parti le 25 janvier. Il m'a dit que sa mère était morte et qu'il allait toucher l'héritage. » La maman habite Beauvois. Les gendarmes se déplacent et la retrouvent. toujours vivante.

Tuée à coups de sabot
Elle témoigne : son fils est venu du 25 au 29 janvier, puis il a quitté la maison, accompagné de son frère. Le frère confirme : « Il m'a laissé le 29 janvier, il devait chercher du travail. »
Le fuyard est aperçu en ville. Dans un débit de boissons, on lui dit : « J'ai appris le meurtre de la veuve Sparski. Je te connais, Cotteret. L'assassin, ça pourrait bien être toi ! » De fait, Pierre a offert au père de sa maîtresse quatre chemises, qui correspondent à celles de la veuve Sparski. Le mouchoir découvert dans la bouche de la victime ressemble à ceux de Cotteret.
Pierre-Louis Edouard Cotteret est considéré comme un « mauvais sujet, dangereux, sournois ». Et cela ne plaide pas en sa faveur devant les assises de l'Aisne, en mai 1886. Au tribunal, certains riverains affirment : « Même Cotteret, en tant que voisin, a bénéficié des largesses de la veuve Sparski. C'est honteux, ce qu'il a fait. »
Le président égrène les éléments à charge. II avait parlé d'une succession à venir… Avait-il prémédité son crime ? A ses sabots, il manque des morceaux. Ils correspondent à ceux retrouvés dans les cheveux de la victime…

Il voulait « tuer une Normande pour la voler »
Les chemises retrouvées au lendemain du crime ? « Je les ai trouvées dans une meule de colza… », répond l'accusé. L'argent dépensé au lendemain du crime ? « Dans une meule de colza aussi ». Rires de l'assistance. « Vous avez demandé à votre compagne de laver votre pantalon, et de couper les manches du gilet, car il y avait du sang tout de même. » Non, répond Cotteret. Mais une femme l'a vu arriver ce soir-là chez sa maîtresse, avec du sang sur le couteau… Les chimistes ont analysé le couteau : il y a bien du sang. L'homme se défend comme un beau diable : « On ne peut pas « chimister » un couteau avec une seule lame. » Nouveaux éclats de rire dans le public. L'expert vient pourtant confirmer qu'il a bien trouvé du sang. Et la maîtresse avoue : « Oui, le 25 janvier, peu avant le crime, il a dit qu'il allait « tuer une vieille Normande pour la voler. » ». Un voisin renchérit : « Cotteret était la terreur du pays, tout le monde an avait peur… »
Coup de grâce : deux codétenus de Cotteret viennent raconter qu'il leur a tout « balancé » en détention. Le criminel a beau hurler au complot, ce sera la peine de mort. Commuée en 1887 en travaux forcés à perpétuité. La maîtresse, elle, est acquittée.
http://www.aisnenouvelle.fr/article/faits-divers-%E2%80%93-justice/retour-sur-les-grandes-affaires-la-providence-de-vendeuil

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