Depuis combien d'années ne s'étaient-ils plus fait face ainsi? Ce jeudi après-midi, devant la cour d'assises de Paris, Danielle Gonnin a planté son regard bleu glacier dans les yeux de son ex-mari, le médecin allemand Dieter Krombach, jugé pour le meurtre de sa belle-fille, Kalinka Bamberski, 14 ans, fille de Danielle et de son premier époux, André Bamberski. Longtemps, Danielle Gonnin n'a pas pu, pas voulu croire à la culpabilité de son deuxième mari, dont elle est séparée depuis vingt-cinq ans. L'an dernier, sur les conseils de la juge en charge d'un complément d'information, elle a décidé de se porter partie civile pour avoir accès au dossier. Le doute l'a submergée.
Tournée vers le boc des accusés, elle fixe son ancien amour, ce vieil homme usé aux cheveux gris trop longs. Elle veut savoir. Comprendre. Pourquoi a-t-on retrouvé des traces de somnifères dans le corps de Kalinka? "Elle n'en a jamais pris!" assure-t-elle. Krombach, impassible, précise de sa voix traînante: le Frisium, ce médicament qu'il a donné à sa belle-fille, "à sa demande", assure-t-il, "n'est pas un somnifère, mais un sédatif".
Danielle Gonnin veut des réponses, pas un cours de pharmacie: "Si tu es coupable, il faut que tu paies. Si tu es innocent, il faut que tu répondes à ces questions. Elle est morte de quoi, Kalinka?" Et l'accusé de développer de nouveau, envers et contre tout, l'hypothèse d'un vieux traumatisme crânien, consécutif à un accident de voiture. La présidente de la cour, Xavière Siméoni, le rappelle, la jeune fille ne souffrait d'aucune séquelle, comme l'ont certifié tous les experts. "Alors, de quoi est morte Kalinka?" insiste-t-elle.
Elle n'obtiendra pas davantage de réponse. Le Dr Krombach préfère disserter sur la quantité de Frisium administrée, sur l'heure à laquelle il a donné le médicament à sa belle-fille. "C'est tout ce que vous répondez à votre femme?" tente la présidente. Le médecin élude encore. Rappelle que Kalinka avait de l'affection pour lui. "Une semaine avant sa mort, elle écrivait qu'elle avait de bonnes relations avec moi et mes enfants, alors, pourquoi l'aurais-je tuée?" La faute, répète-t-il à ce maudit "dommage au cerveau"...
http://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/dialogue-de-sourds-au-proces-krombach_1043011.html
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