jeudi 13 octobre 2011

Un moteur coupé fait caler le procès du présumé chauffard

Pas besoin de raconter n'importe quoi pour échapper à une nouvelle condamnation ! Jugé en comparution immédiate par le tribunal correctionnel de Reims pour une conduite alcoolique aggravée d'un délit de fuite, un jeune Rémois du quartier des Epinettes a bien tenté de se dédouaner en livrant une explication abracadabrantesque mais ce sont les policiers eux-mêmes qui se sont chargés de le relaxer en raison d'une procédure bancale. Même le parquet ne s'y est pas opposé, c'est dire…
Mercredi vers 1 heure du matin, le commissariat est informé qu'une Golf multiplie les dérapages et les accélérations place Sainte-Thérèse. A l'arrivée des policiers, le rodéo a cessé.
Ils remarquent une Golf moteur arrêté, en stationnement régulier. La patrouille est alors appelée pour un accident qui vient de se produire juste à côté, rue Adet. Une Clio en stationnement s'est fait tamponner à l'arrière par un véhicule qui a pris la fuite. Sa couleur est identique à celle de la Golf… légèrement accidentée à l'avant.

Explication fumeuse

Quand les policiers reviennent place Sainte-Thérèse, un petit attroupement s'est formé autour de l'auto.
Ils appréhendent celui qu'il désigne comme étant assis au volant, un jeune de 23 ans déjà condamné à douze reprises, notamment pour des délits routiers.
Il souffle à 0,64 mg (1,28 gramme) et refuse la prise de sang destinée à confirmer qu'il circulait après avoir fait usage de stupéfiants (le dépistage salivaire était positif).
L'affaire se présente mal pour le prévenu. Il affirme que la voiture était déjà arrêtée, vide d'occupant, quand il est arrivé. « Il y avait des copains à côté. Je leur ai demandé du feu pour allumer une cigarette. Ils m'ont dit d'utiliser l'allume-cigare de la voiture. Je suis monté et c'est à ce moment que la police est arrivée. »
Explication d'autant plus fumeuse que le moteur de la Golf était coupé. « Un allume-cigare qui chauffe tout seul sans électricité… C'est étonnant ! », ironise le procureur-adjoint Laurent de Caigny. Il est cependant là pour appliquer la loi.
Et force lui est de constater qu'en l'état du dossier, la loi interdit de condamner le prévenu.

Conduite fantôme

Les policiers indiquent que « le véhicule était arrêté, en stationnement régulier, moteur coupé. Où est l'infraction ? Pour que la conduite en état alcoolique soit caractérisée, il faut une action de conduite. Or, il n'y en a pas puisque le moteur était coupé. Prenons l'exemple d'une personne sans permis. Elle a tout fait le droit de s'installer au volant d'une voiture, dès lors qu'elle ne la démarre pas. »
Conclusion : la conduite alcoolique ne tient pas, et du même coup le refus de se soumettre à la prise de sang pour vérifier s'il y a eu conduite après usage de stupéfiants.
Quant au délit de fuite, M. de Caigny regrette que la police n'ait pas interrogé le propriétaire de la Golf.
« Peut-être aurait-il reconnu que c'est lui qui conduisait ou qu'il avait prêté sa voiture au prévenu, mais passons car nous n'en savons rien. C'est pour cette raison que je requiers la relaxe. Eh oui Monsieur ! Profitez-en car ce ne sera pas comme ça tous les jours. »
« Relaxe au bénéfice du doute ! » tranche le tribunal. La treizième condamnation du jeune homme attendra encore un peu.
http://www.lunion.presse.fr/article/marne/un-moteur-coupe-fait-caler-le-proces-du-presume-chauffard

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