L'on ne s'attend guère à voir arriver à la barre des prévenus du tribunal correctionnel d'Aix, une petite septuagénaire. Dolores (son prénom a été modifié), 72 ans, comparaît devant la juge Boresi pour abus de faiblesse sur personne vulnérable. Des faits qui, selon l'accusation, se seraient étalés entre 1995 et 2008, à Gardanne. C'était la période où Dolores était au service de Juliette, Gardannaise de six ans son aînée, très dépendante physiquement, handicapée, absente à l'audience et représentée par le bâtonnier Jean-François Leca.
"Elle a commencé à me gâter terriblement", admet Dolores, employée en qualité de dame de compagnie. Des cadeaux, des vêtements, des restaurants, de l'argent liquide. Et puis comme Dolores était amenée à promener Juliette régulièrement, cette dernière avait financé pour moitié l'achat d'une nouvelle voiture, pour Dolores et son mari. Celle-ci a aussi été la bénéficiaire de l'assurance-vie de la vieille dame malade, jusqu'à ce que le tuteur de celle-ci ne mette son nez dans les papiers de Juliette. Jusqu'à, aussi, ce que l'éventualité d'une hypothèque sur la maison de Juliette ne soit évoquée par sa dame de compagnie.
"Elle disait que sans moi elle se serait supprimée"
Les amies de Juliette s'en étaient alarmées, avaient prévenu des proches de la septuagénaire, et Dolores avait été licenciée en 2008. "Je m'en suis occupée comme de ma propre mère. Elle me disait que sans moi, elle se serait supprimée", se défend Dolores, face aux juges qui l'écoutent attentivement. "On ne conteste pas que vous ayez été très dévouée", reconnaît volontiers la présidente.
Une application que maître Leca justifiera un peu plus tard: "Le fait que depuis le début, elle ait profité de la générosité de ma cliente, militait en faveur de ses attentions afin de faire perdurer le système". Interrogée par les enquêteurs, Juliette avait déclaré que les relations avec sa dame de compagnie s'étaient "gâtées" quand Juliette avait refusé de porter Dolores sur son testament. La prévenue secoue la tête en signe de dénégation.
Une attitude proche "du syndrome de Stockholm"
"Elle me faisait un peu peur", avait ajouté Juliette. Il y a finalement l'appartement que celle-ci devait acheter, pour y installer Dolores, afin de faciliter la disponibilité de la dame de compagnie. La juge tente une question: "Est-ce que vous trouvez normal, alors que vous étiez payée, d'accepter tous ces cadeaux?" Dolores ne se démonte pas: "Elle me disait qu'elle ne me paierait jamais assez
que si elle pouvait, elle me donnerait la lune". Une attitude proche, selon l'avocat de la partie civile, du "syndrome de Stockholm", pour une "dame qui se déplace en fauteuil roulant, est presque aveugle, sourde, a eu une ablation du rein et atteinte de la poliomyélite". Ajoutant enfin: "Tous ses comptes ont été vidés, à l'exception de son assurance vie, dont la prévenue était la bénéficiaire". Pour le procureur Denis Vanbremeersch, ensuite, c'est "un dossier délicat". Il s'en rapporte à la sagesse du tribunal.
Laissant la parole à la défense de Dolores, assurée par Me Edgard Abela. "Ce sont quatorze ans de dévouement incontesté". On parle, pour la défense, "d'une vieille dame fantasque et dépensière", "dans un rapport séduisant à l'égard de ceux qui l'environnent". Pour Me Abela, il n'y a nullement eu de volonté de dépouiller la partie civile. Il plaide la relaxe. Le tribunal correctionnel rendra son délibéré le 28 octobre prochain.
http://www.laprovence.com/article/faits-divers-justice/aix-une-vieille-dame-jugee-pour-abus-de-faiblesse
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