mercredi 2 novembre 2011

Assises : Assenine comparaît aujourd'hui pour sa jalousie meutrière

En 2008 à Aix, l'ancien compagnon de Fanny Maudet tuait de 14 balles son petit ami prénommé Patrick

Une somme de rencontres. Voilà donc à quoi se réduit une vie, et parfois une mort. Fanny Maudet, une Aixoise de 41 ans, a partagé l'existence tumultueuse de M'Hamed Assenine, quinze années durant. Puis, elle a fugacement aimé Patrick Senneville, un ancien mannequin martiniquais. Deux mois, tout au plus.
Le premier est aujourd'hui enfermé entre quatre murs, à Luynes, le second à jamais entre quatre planches, sur son île. Le 23 décembre 2008, M'Hamed a abattu Patrick - "comme on abat un chien" estime Me Rodet, l'avocate de Fanny- sur l'esplanade "dei Bladeiras" dans le quartier de la Duranne, à Aix.
Un véritable bain de sang
Quatorze balles ont criblé le corps du colosse métis qu'était le nouveau petit ami de Fanny. "C'était un boeuf : deux mètres pour 104 kg. Il n'avait plus rien d'un mannequin mais…...", laisse-t-elle tendrement en suspens, visiblement en ruines, après avoir (sur) vécu sous le feu des coups de son compagnon - et père de deux de ses enfants -, et après avoir vu cette guerre tant physique que psychologique s'achever, sous ses yeux, dans un bain de sang.
Fanny fume clope sur clope, évoque sa descente aux enfers d'une voix chancelante, les larmes lui viennent parfois, et sa main gauche n'a de cesse de ranger et déranger les bracelets accrochés à son poignet opposé. Ses yeux se posent de temps à autre, mais le fuient vite, sur ce maudit escalier.
Patrick achevé comme un achève "un chien"
"On s'est garé avec Patrick et son ami Grégory, qui l'hébergeait. Je suis descendue avec Grégory. Et là, en montant les marches, j'ai entendu deux coups de feu. Le premier a traversé ma jambe gauche, par le mollet. Heureusement que je me suis effondrée, et que la seconde balle a filé, sinon je ne serais plus là." Grégory frôle la correctionnelle, et Patrick sort comme un boulet de la voiture.
"J'étais clouée au sol et je criais : "Cours Patou, cours". …Mais bon, il avait du mal à aller vite avec sa carcasse", tente de se rappeler Fanny, qui évoque des trous de mémoire "à cause de tous les médocs que j'ai avalés depuis." Les deux mètres de Patrick s'écrouleront près d'un arbuste. Et M'Hamed l'achèvera de plusieurs balles dans la région des parties génitales. Une revanche. Une signature aussi.
Un acte barbare
"C'est un acte barbare, pas un crime passionnel, on ne fait pas cela quand on aime", peste Fanny. "Cet homme m'a frappée pendant des années. C'est parce que je craquais que j'ai fait un séjour en maison de repos à Toulon", raconte-t-elle, comme on évoque une fiction d'une indéniable ironie.
Parce qu'au final, ce sont les coups de M'Hamed qui ont jeté sa compagne dans les bras de l'ancien mannequin. "Patrick avait eu des problèmes aussi, et je l'ai rencontré à la maison de repos. Après que l'on en est sorti, je suis montée le voir à Paris et il s'est passé ce qu'il devait se passer." Le jeu des rencontres, encore. Le piment d'une liaison dangereuse. Bien qu'elle l'assure : "Je n'étais plus avec M'Hamed, je ne l'ai pas trompé comme il l'affirme. Il vivait chez moi parce qu'il ne me laissait pas le choix."
"Patrick était un ange, posé et doux"
Le choix, un mot qui n'a pas, durant quinze ans, fait partie du vocabulaire de cette femme bâillonnée par la crainte. "Je ne lui montrais pas que j'avais peur, mais j'avais peur, croyez-moi. Ceci dit, je me dois de dire la vérité, il n'a pas toujours été un monstre. Mon erreur a été de trop en faire pour lui, je me suis même convertie à l'Islam. C'est en fait quand je suis devenue la mère de ses enfants, que je suis devenue sa chose", dit-elle en opposition parfaite à la description délivrée de son amour décédé: "Patrick était un ange. Doux, posé." Un don du ciel qu'elle aurait préféré ne jamais recevoir, "pour qu'il soit encore vivant."
Trois années ont passé. Fanny traîne toujours une jambe boiteuse et n'a donc pas encore pu reprendre son emploi de taxi scolaire. Ses dépressions se sont succédé, ses enfants se sont laissé embobiner. "Ma fille dit même que son père a sauvé sa fierté en agissant ainsi."
20 ans de réclusion criminelle en première instance
En première instance, M'Hamed a écopé de 20 ans de réclusion criminelle. Dans une schizophrénie touchante, la mère aimante prend le pas sur la femme meurtrie : "D'un côté, je veux qu'il paie cher et de l'autre, je ne l'espère pas pour mes enfants. Cela fait déjà des années qu'ils ne le voient qu'au parloir."
Ses nerfs cèdent à la veille de l'audience d'appel, Fanny s'effondre en larmes. "Je veux que ça s'arrête", répète-t-elle. Et puis, un certain réalisme la rattrape par la manche : "En même temps, je sais bien que ça ne s'arrêtera jamais…".

http://www.laprovence.com/article/a-la-une/assises-assenine-comparait-aujourdhui-pour-sa-jalousie-meutriere

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