vendredi 9 décembre 2011

Assassinat de Valentin: les experts se déchirent sur la responsabilité des accusés

Les experts psychiatres se sont âprement opposés vendredi devant les assises de l'Ain sur les cas de Stéphane Moitoiret et Noëlla Hégo, accusés de l'assassinat du petit Valentin et de complicité, que certains jugent irresponsables de leurs actes.
La cour devra statuer en fin de semaine prochaine sur leur responsabilité pénale ou leur "irresponsabilité pour cause de trouble mental". Dans cette dernière hypothèse, elle ne pourra prononcer de peine mais décider de mesures de sûreté durant vingt ans, qui accompagneront une probable hospitalisation.
Dix experts psychiatres se sont penchés sur la santé mentale de Moitoiret, soupçonné d'avoir porté 44 coups de couteau à Valentin Crémault, 10 ans, en juillet 2008 dans une rue de Lagnieu (Ain). Quatre experts ont conclu à une "abolition totale" de son discernement, six à une "altération" plus ou moins prononcée.
Concernant sa compagne, Noëlla Hégo, qui se considère comme "l'incarnation de Dieu sur terre" et est poursuivie pour "complicité", six experts ont estimé qu'elle était atteinte d'une altération du discernement, et quatre, non.
"C'est la première fois de ma vie que je vois deux grands dingues dignes de l'asile dans une cour d'assises"? a lancé le plus véhément des psychiatres entendus vendredi, Paul Bensussan.
Selon cet expert près la Cour de cassation, Moitoiret est un "grand schizophrène" dont le contrôle des actes était aboli au moment des faits.
"On est tous d'accord : on n'aimerait pas les voir dans la rue dans quelques mois", a-t-il ajouté au sujet du couple de routards, mais Moitoiret, 42 ans, "a beaucoup plus d'années à passer en hôpital psychiatrique qu'en prison".
Le Dr Bensussan a remis en cause les conclusions de deux autres experts appartenant au même collège que lui et ayant diagnostiqué une altération du discernement de Moitoiret. Ils étaient animés par l'idée d'une "vertu thérapeutique d'une cour d'assises pour l'accusé", estime-t-il.
La tension est rapidement montée avec les questions des avocats des parties civiles à l'expert : "vous nous baladez", a lancé Me Gilbert Collard. "C'est un spectacle lamentable auquel on assiste", a lâché l'avocat général Jean-Paul Gandolière.
Dans la matinée, Agnès Peyramond et Serge Bornstein, deux autres experts reconnus, avaient soutenu qu'il restait "une certaine lucidité" à Moitoiret, comme l'illustrent son "déni" du meurtre du garçonnet ou encore sa capacité d'adaptation en prison.
Pour ces psychiatres, le couple constitue "un cas extrêmement rare d'une folie à deux", comme les soeurs Papin qui en 1933 avaient tué leurs patronnes.
"Il y a un élément inducteur", Hégo, qui se faisait appeler "Sa Majesté", et un "élément induit", Moitoiret, son "Secrétaire" qui a adopté son "monde imaginaire et mégalomaniaque", ont-ils expliqué.
La soirée du crime, il a pu y avoir une "surtension" pour Moitoiret, énervé par un contrôle d'identité par des gendarmes ce jour-là et qui sentait que Hégo, de dix ans son aînée, "fatiguée" par leur "mission divine", allait le quitter.
Dans le box, ni l'un, ni l'autre ne bronche. Lui est courbé, le visage bouffi et les cheveux hirsutes. "Il est ailleurs et pourtant il écoute tout ce qui peut se dire", affirme le Dr Bornstein.
Le blouson glissé au niveau des épaules, elle a les cheveux qui lui tombent sur le visage. Pas un regard entre eux.
Six autres experts doivent être auditionnés lundi. Mardi doivent être diffusés des extraits de l'enregistrement vidéo de la garde à vue du principal accusé.
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