« Ce Moitoiret est un fêlé, un détraqué ! » lance un homme dans une rue de Lagnieu. La responsabilité pénale des deux accusés ne fait pas que débat à la cour d’assises de l’Ain. Elle était aussi hier dans les conversations des habitants de la commune.
Car les querelles des experts psychiatres rapportées par les médias tout au long de cette première semaine de procès interpellent les Lagnolans. Ces derniers se disent souvent choqués, voire révoltés en évoquant la controverse autour de la personnalité de Stéphane Moitoiret et Noëlla Hégo. La vox populi a d’ailleurs vite fait de porter un jugement définitif les condamnant déjà au verdict sans appel d’« œil pour œil, dent pour dent ». Peine de mort pour les assassins d’enfant ou justice trop laxiste, les vieux démons se réveillent dès lors que l’affaire du petit Valentin revient à la une de l’actualité.
« C’est une réaction assez normale, » explique Marc Donnadieu, le patron du magasin de presse. « Les gens reparlent de cette horrible histoire parce qu’il y a le procès. Tout ça fait ressortir de bien tristes souvenirs. Ils veulent un jugement mais ne se font aucune illusion. Ils savent que les deux finiront dans un asile psychiatrique ».
« Le peu que j’ai entendu à la télé me révolte, » lance une cliente. « On voit bien qu’ils ne sont pas normaux, les psys auraient pu s’en apercevoir avant le drame au lieu de discuter de tout ça maintenant ! » « Je suis contre la peine de mort, » glisse un client. Avant de quitter le magasin en lâchant froidement, « mais un chien enragé, on le pique… » Nathalie et Michaël, un couple de trentenaires suit le procès sur France 3 tout en regrettant l’insuffisance de couverture dans les médias nationaux. « On ne sait pas trop où on en est dans le procès. Ça me touche car je connaissais la maman de Valentin, » confie la jeune femme. Sandrine, elle aussi, est proche de la famille et se dit très affectée par le procès. « Je voudrais qu’il soit condamné. Le journal décrit bien qui est Moitoiret. Comment fait son avocat pour défendre quelqu’un comme lui ? » En centre-ville, les langues se délient aussi très vite. Georges, Jacques, Acacio, Joseph, André et Victor, tous amis, suivent dans le journal et à la télé le procès jour par jour. Si le plus grand nombre se demande encore pourquoi ces « gens-là ont droit à un procès alors qu’ils n’ont aucune circonstance atténuante », une voix plus nuancée estime qu’il est nécessaire d’établir ou non si Moitoiret avait du discernement au moment des faits. « De toute façon il faut un procès, certains voudraient des condamnations à mort pour ce genre de crime mais on n’exécute pas les gens comme ça. Il faut isoler à vie ce genre d’individus pour protéger la société. » « Dès qu’on parle du procès, ça discute beaucoup, » fait remarquer l’un deux. « C’est tellement fort pour nous ici. Parce que le vrai drame de cette histoire, c’est l’assassinat d’un petit garçon qui avait toute la vie devant lui. Et ça, c’est atroce. J’ai compris ce jour-là que ça pouvait arriver aussi chez moi. Dans ma ville… »
http://www.leprogres.fr/ain/2011/12/12/a-lagnieu-les-habitants-jugent-le-couple-moitoiret-hego-et-le-proces
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