Le corps du petit garçon de 10 ans gisant dans une rue de Lagnieu, la tête reposant sur une marche. Dix mètres plus bas, son petit vélo et une flaque de sang. L’évocation clinique des faits a été très douloureuse, hier, pour la famille de Valentin. Notamment quand le médecin légiste a évoqué « ce crime barbare » : quarante-quatre coups de couteau dont sept pénétrants au thorax, au cou, et par derrière, dans l’épaule.
D’un possible accident causé par une voiture aux morsures d’un chien, l’enquête avait basculé avec l’autopsie puis la découverte de traces de sang dans les rues alentours. L’ADN de Valentin Crémault était présent, mélangé avec celui de son agresseur, comme sur la scène de crime. Et l’enquête avait abouti quand une gendarme de Lagnieu, entendue hier, avait relaté le contrôle, quelques jours avant, de deux routards sales comme des peignes. Noëlla Hégo, dix sacs plastiques posés à ses pieds, avait décliné son identité : « Princesse des esprits divins ». Elle était restée en retrait quand Stéphane Moitoiret était apparu : « Je suis son secrétaire. Je connais Sarkozy. J’irais à la gendarmerie en hélicoptère en descendant comme un commando. »
Les deux routards arrêtés, Moitoiret avait été confondu par son ADN, ses vêtements ensanglantés et son couteau retrouvés sur les indications d’Hégo, ainsi qu’une vidéosurveillance. « Sans l’ADN, on n’aurait pas pu les confondre », a affirmé, hier, le capitaine Martin, directeur d’enquête, qui pense que « l’empressement de Moitoiret à faire disparaître les preuves démontrait sa clairvoyance évidente ».
Si les techniques de police scientifique l’accablent, la question de la santé mentale de Moitoiret fait débat entre les psychiatres. Amorphe, peu loquace à l’audience, il nie en bloc ou évoque « un complot ».
C’est donc sur Noëlla Hégo que se concentrent toutes les attentions. « Vous avez fait des miracles ? », lui demande le président Bréjoux. « Avez-vous vu le film « L’Exorciste » ? Êtes-vous responsable devant le tribunal de Dieu ? », essaye M e Collard. Le débat judiciaire, rationnel par nature, rejoint parfois les accusés dans leur délire.
Hégo serait complice du crime en ayant « inspiré » son compagnon. Élève brillante, « génie », même, pour un professeur, elle a mené une vie banale de jeune adulte entre mariage et emplois divers, avant de couper les ponts avec sa famille. Adepte de la voyance et des pèlerinages, « profession exorciste », elle s’est muée en « sa majesté Hégo », routarde illuminée sillonnant la France pendant vingt ans aux côtés de Moitoiret. Un rôle qu’elle n’a plus jamais quitté. « Tu es une merde, je suis une divinité », a-t-elle lancé à une surveillante de sa prison.
Qui a influencé l’autre et qui avait l’ascendant au sein de ce couple « fusionnel » ? Les réponses varient selon les témoignages et le moment. Cela pourrait éclairer la genèse et le mobile du crime, estime l’accusation. Mais comment trouver une explication à un crime qui n’en a peut-être pas ou pourrait se situer plus simplement sur le versant du dépit amoureux d’un Moitoiret délaissé par celle qu’il aime toujours ? Et pourquoi donner du sens à quelques mots isolés du verbiage mystico-délirant des accusés ? En se plaçant sur le terrain de leur folie plus ou moins douce, ce procès d’assises risque de s’égarer sur des chemins de traverse, dans les traces d’un schizophrène mystique et d’une illuminée. Ou de finir dans une impasse judiciaire
http://www.leprogres.fr/ain/2011/12/07/le-proces-moitoiret-entre-verite-scientifique-et-querelle-d-hego
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