Les heures ne sont-elles pas délicieusement quiètes dans ce décor bucolique ? Au cœur de la Bourgogne, ne vit-on pas merveilleusement préservé de toutes les horreurs qui secouent le vaste monde ?
Un cadavre dans un sac
« Le pire est souvent à venir, et il vient de là où on s’y attend le moins », serinent fréquemment les observateurs qui ne sont pas tous des paranoïaques, mais majoritairement des statisticiens qui, parfois, s’ignorent. En l’occurrence, le pire qui troue d’horreur le calme de cette radieuse journée d’été va jaillir d’une mare. Une jolie mare aux nénuphars dite “Vers chez Ecard”, sur les rives de laquelle Rose Renaud, épouse Gillot, et Jeanne Poupon, adolescente de 14 ans, s’activent à laver du linge. Elles vont apercevoir un sac de toile blanc, flottant à la surface des eaux, sur lequel est brodé un B au fil rouge.Dudit sac, on va retirer, non pas un trésor, mais… une tête… et des membres déjà en putréfaction. Bref, ne nous attardons pas sur l’atrocité de ces débris humains sortis de leur emballage. Une enquête est naturellement aussitôt diligentée. C’est au docteur Molin, de Beaune, que va échoir le dur et particulièrement pénible devoir de conduire l’expertise. À une époque où les méthodes d’investigation sont balbutiantes, le subtil homme de l’art va tout de même parvenir à livrer des conclusions assez pertinentes.
Son rapport va préciser en effet que les débris humains retrouvés dans le sac appartiennent au corps d’une femme. Elle aurait été âgée, selon le praticien, d’une trentaine à une quarantaine d’années environ. Il semblerait que la date de son assassinat remonte à environ une semaine. Le docteur Molin a également réuni un faisceau d’indices qui lui permettent de croire que les débris sont depuis quatre jours environ dans le sac de toile qui flottait sur la mare. Bizarrement, comme c’est souvent l’habitude en pareil cas, le sac n’était lesté. La main qui l’a jeté se croyait-elle au-delà de tous soupçons ? Le meurtrier a-t-il pris la fuite sitôt son forfait accompli et pense-t-il ne jamais devoir être retrouvé et n’avoir jamais de comptes à rendre à la justice des hommes ?
Une disparition signalée
Très rapidement, les enquêteurs vont rechercher si dans le canton et ses immédiats environs il n’y a pas de femmes ayant récemment disparu. Ils établissent alors, en quelques heures, un lien entre les débris humains qui viennent d’être examinés par le docteur Molin et une jeune personne. Celle-ci a quitté Sainte-Marie-la-Blanche d’une manière aussi obscure qu’ inattendue, brutale. Et c’était précisément vers la mi-août. Elle se nomme Fanny Besson. Elle est originaire de Lyon. Elle y exerçait, en tout cas officiellement, murmure-t-on, le métier de modiste dans le quartier de La Croix-Rousse.Elle était donc coquette, soignée. Elle vendait des vêtements, des chapeaux et des accessoires féminins au goût du jour. Or, l’expertise du docteur Molin a noté que de multiples indices laissaient supposer que la femme dont les restes ont été retrouvés dans le sac de la mare avait eu a priori une existence facile.
Tout portait à croire qu’elle n’avait pas exercé de métiers physiquement difficiles et qu’elle n’avait pas soumis son corps à de rudes travaux. Ses mains notamment, soignées et manucurées, étaient celles d’une citadine et non d’une campagnarde. Par ailleurs des marques significatives attestent qu’elle portait des jarretières.
Haro sur le presbytère
La rumeur publique, éternelle alliée de la maréchaussée dans les enquêtes criminelles – tout du moins de l’époque… – va prestement diriger le sagace regard des enquêteurs vers le presbytère de Sainte-Marie-la-Blanche. Même les plus réservés des paroissiens et des paroissiennes, celles et ceux qui pratiquent la compassion et la charité, celles et ceux qui ont au plus profond d’eux-mêmes le sens du silence et de l’indulgence ne vont pas tarder à s’exprimer. Et ce qu’ils vont révéler aux gendarmes est tout à fait confondant.Fanny Besson, la modiste lyonnaise, aurait été une lointaine cousine du curé, Jean-Baptiste Delacollonge. Cette “petite-cousine”, cette “cousine éloignée” séjournait précisément chez l’homme de Dieu au moment des faits. Sans doute prenait-elle des vacances estivales bien méritées dans l’hospitalière demeure d’un accueillant cousin, loin des turbulences de l’ancienne capitale des Gaules ? Qu’à cela ne tienne ! Sans doute, le curé Jean-Baptiste Delacollonge, au prénom qui d’emblée l’innocente, va-t-il lever tous les mystères qui semblent nimber le presbytère d’un encens quelque peu frelaté ?
Albine novarino-Pothier
Anthologiste et écrivain, Albine Novarino-Pothier a publié Les Grandes affaires criminelles de Saône-et-Loire et Les Grandes affaires criminelles du Rhône aux éditions de Borée.http://www.bienpublic.com/faits-divers/2012/01/08/mauvaise-annee-a-sainte-marie-la-blanche
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