mercredi 11 avril 2012

Retrouvée pendue à Vesoul : son compagnon réfute l’assassinat

Dispositif de sécurité renforcé hier au tribunal de Vesoul pour la session d’assises. Des membres du GIPN encadrent l’accusé, Vlash Shkodra, suspecté d’entretenir des liens avec la mafia de son pays, l’Albanie.
L’homme, âgé de 52 ans, est accusé de l’assassinat de sa compagne, Albana Tanushi, découverte pendue le 26 octobre 2008 dans un bâtiment désaffecté de Vesoul. À l’époque, c’est le meurtrier présumé lui-même qui avait alerté la police, l’orientant sur la thèse du suicide.
Le procès doit durer quatre jours. Hier, lors des premiers débats, Vlash Shkodra n’a pas dévié d’un iota de la version qu’il donne depuis 2008 : il réfute toute responsabilité dans la mort, à 39 ans, d’Albana. Et nie également le « climat de violence » coutumier, dans lequel, d’après certains témoins se fiant aux confidences de la jeune femme, il confinait Albana. « Impossible pour moi de la frapper, impossible qu’elle ait raconté cela. Je l’aimais », répétera-t-il à plusieurs reprises. Et de poursuivre : « J’ai quitté l’Albanie pour elle. Pour elle, j’ai trahi ma famille, J’avais tout là-bas… Je ne suis pas un criminel. »
Vlash, Albana et les deux enfants de la victime étaient arrivés en Haute-Saône en 2004. A des voisins et membres d’associations humanitaires vésuliennes pourtant, la jeune femme avait confié sa « terreur », la « maltraitance » et raconté qu’elle « n’était pas venue de son plein gré en France, qu’elle avait été kidnappée avec ses deux enfants ». « Faux », rétorque Vlash Shkodra, « c’est même elle qui m’a poussé à quitter l’Albanie » où le couple adultère « entretenait une liaison ».

« Un mobile possible »

Que s’est-il passé ce 26 octobre 2008 ? Vlash Shkodra, expulsé en août 2008 et revenu de façon clandestine en France, téléphone à Albana, depuis une cabine située quasiment au pied de l’immeuble où elle vivait. Il lui demande de descendre. « Nous avions le projet de partir en Italie, elle était d’accord, les enfants aussi. J’étais venu ce jour-là les chercher pour les y emmener. » Sauf qu’Albana, elle, n’a rien préparé. Pas de bagages, son fils est d’ailleurs au cinéma. « Elle voulait discuter », se remémore l’accusé, qui lui donne rendez-vous dans ce bâtiment alors désaffecté du quartier des Rêpes où « la famille » avait occupé un logement réservé aux demandeurs d’asile à son arrivée à Vesoul. Pour « ne pas se faire repérer (N.D.L.R. : Vlash Shkodra était sans papier), ils prennent deux chemins distincts. « Quand je suis arrivé sur les lieux, elle était pendue. Je n’ai pas réfléchi, j’ai foncé au commissariat », décrit l’accusé.
M e Uzan, pour la partie civile, ironise : « Cette femme qui, soi-disant, était heureuse de vous retrouver, d‘une nouvelle vie à venir, se suicide ! Cette femme, qui était votre grand amour, vous n’avez même pas essayé de la secourir, de la dépendre ! ». Et le président de la cour d’évoquer « un mobile possible » : « Une vengeance après l’expulsion l’été 2008 sur dénonciation » (N.D.L.R. : Vlash Shkodra avait obtenu un titre de séjour grâce à un faux contrat de travail). Dénonciation émanant de l’entourage d’Albana, en réaction « aux violences qu’elle subissait ». Une enquête pour violences avait été lancée à l’époque et laissée en suspens « faute d’éléments » (« pas de plainte, pas de coopération de la victime »). Le procureur de la République décrypte : « J’ai donné la priorité à la procédure d’expulsion, faisant confiance aux autorités albanaises » pour la suite, « après avoir pris contact » avec le pays et l‘ambassade française sur place. L’avocat général insiste : « Il n’y a pas eu dysfonctionnement de la police à Vesoul. »
La suite, on la connaît : Albana a été retrouvée pendue. La corde retenue par le biais d’un système « de nœuds complexes ».
http://www.estrepublicain.fr/actualite/2012/04/11/pour-elle-j-ai-quitte-l-albanie

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