mardi 15 octobre 2013

Une cigarette refusée qui débouche sur une noyade

C'EST une affaire qui a presque dix ans sur laquelle s'est penchée la cour d'assises des Ardennes, hier. Au total, sept accusés comparaissent librement pour des violences qui ont mené à la noyade dans la Meuse, à Sedan, du jeune Samir Radaoui le soir du 10 septembre 2004. Si l'un est absent, un autre, mineur au moment des faits, a été renvoyé vers la cour d'assises pour mineur. L'accusé principal aura quatre jours pour s'expliquer sur des faits de violence en réunion et/avec usage ou menace d'armes ayant entraîné la mort. Il risque jusqu'à 20 ans de réclusion criminelle. Lors de cette première journée, la cour s'est attachée à entendre le parcours professionnel et familial des cinq protagonistes présents pour commencer ainsi à planter le décor qui a conduit au drame. Les événements se sont déroulés à Sedan. Le groupe de cinq jeunes, venus de Charleville, a assisté à un match de football au stade Dugauguez. Puis, la soirée dégénère et vire à l'affrontement, dans les rues de la ville, avec plusieurs forains. Motif de ce qui n'était apparemment au départ qu'une embrouille ? Une cigarette refusée par les forains venus de leur côté vérifier l'emplacement de leurs stands pour la foire qui débute le lendemain. En face des jeunes qui ont bu quelques bières. Parmi eux, Samir Radaoui, le plus énervé, qui sera retrouvé, peu après, noyé dans la Meuse.
Une victime qui ne se souvient de rien
Entre-temps, des insultes ont, semble-t-il, été échangées. Puis des coups. Notamment, sur un forain étranger à l'affaire mais qui a eu le malheur de sortir de sa caravane au mauvais moment. « J'ai senti qu'on tentait de m'étrangler puis plusieurs individus se sont mis à me tabasser », témoigne le jeune homme qui avait 16 ans au moment des faits et qui s'est retrouvé avec la joue entaillée. Parti se réfugier dans la caravane de son cousin, il dit ensuite ne se souvenir de rien. « Je me suis vu mourir… et depuis j'ai essayé d'oublier », ânonne-t-il à la barre, le visage très pâle. Malgré les efforts du président de la cour, Gilles Latapie, pour réveiller les souvenirs du jeune forain, l'homme dit avoir tout oublié. Et les mots sont comme extorqués. Il semble se rétracter sur lui-même devant les questions de son propre avocat qui paraît excédé devant la prostration de son client. Il est question pourtant, ensuite, d'un fusil que son cousin aurait été cherché, puis finalement d'une carabine de paint-ball. Seules les auditions auprès de la police, effectuées le lendemain des faits, sont plus précises. Lors de ces dernières, il évoque son cousin qui braque une arme tandis que l'autre en face aurait lancé, bravache : « Vas-y tire. Nous aussi on a ce qu'il faut. » Au terme de cet interrogatoire frustrant, le président conclut, circonspect : « Peut-être que dans les prochains jours la mémoire vous reviendra ? » Toutefois, de toutes les personnes interrogées, un forain invité comme témoin s'est montré le plus prolixe et surtout le plus ferme dans ses propos : « Un jeune a demandé une cigarette, mais aucun des forains ne fumait […] Ensuite, une bouteille de bière a été lancée en direction d'un des forains qui a immédiatement pris la fuite suivie par un autre. » Le témoin a ensuite cherché à calmer les jeunes. Manifestement, en vain. « J'ai dit qu'on ne voulait pas d'histoire », se rappelle-t-il. Cela n'aura pas suffi. Car quelque minutes plus tard, il assistera à la noyade de Samir dans la Meuse non sans avoir, d'ailleurs, cherché à le sauver. Que s'est-il passé auparavant ? Le tribunal a quatre jours encore pour éclaircir les éléments de ce terrible drame.

http://www.lunion.presse.fr/region/une-cigarette-refusee-qui-debouche-sur-une-noyade-jna3b25n229914

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