mercredi 12 mars 2014

Assises des Bouches-du-Rhône : "Il y a une embrouille à régler"

"J'avais le désir d'une aisance financière. Je voulais acheter des vêtements, plaire aux filles, faire le beau". Alors Abdoul-Hakim Ibouroi, qu'à la cité Bellevue tout le monde surnomme Marco, a plaqué sa formation. Il s'est lancé dans le trafic de drogue - "Je connais bien Félix-Pyat, je savais qui contacter" - et se retrouve depuis lundi dans le box des détenus de la cour d'assises. Accusé de l'assassinat d'un jeune homme de son âge, vingt ans, pour une dette de deal, pour une centaine d'euros. Quatre autres jeunes gens sont jugés, eux, pour association de malfaiteurs, soupçonnés d'être allés à la cité Parc Kallisté pour une extorsion en bande organisée.
En jugeant l'auteur de la mort de Bacar Chanfi, tué de trois coups de couteau dont deux mortels dans le thorax, la cour d'assises ouvre une nouvelle fenêtre sur les cités pauvres de Marseille et une partie de leur jeunesse qu'un expert psychologue désigne comme des "enfants perdus". La violence qui y règne se manifeste dès l'ouverture du procès où à l'appel des témoins ne résonne que le mot absent. Seuls deux témoins, sur les dix appelés à la barre, sont présents et l'un d'entre eux, selon le rapport d'un policier d'audience, a été "approché" par un des accusés comparaissant libre.

"J'ai pris le couteau, j'étais ailleurs"

Mauvais vent donc sur ce procès qui devra trancher entre la version d'une mort préméditée voire un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue, ou, comme le suggère Marco, "une bagarre qui a mal tourné". Le 23 juin 2010, à 22 h 35, derrière l'école maternelle du Parc Kallisté où il est allé recouvrer sa dette, Marco assure s'être retrouvé "entouré de personnes qui avaient des barres de fer et de tessons de bouteille. J'ai pris le couteau, j'ai paniqué, j'étais ailleurs, il y a eu un corps à corps".
Le jeune homme reconnaît avoir donné trois coups de couteau "mais les deux dans le poumon, je n'ai pas fait exprès, je n'ai pas voulu les mettre". Avant de se taire, les témoins de la cité racontaient une autre scène où ils étaient tenus en respect sous la menace d'un pistolet quand Marco réglait ses comptes avec Bacar Chanfi.
L'examen de la personnalité des accusés dresse des profils identiques de jeunes garçons ayant, la plupart, grandi au sein de familles nombreuses mais souvent disloquées, sans père. La cité est vite devenue leur seul horizon et les rêves de footballeur professionnel se sont envolés. "Mon quartier, c'est une famille, c'est tous des frères. Et s'il y a des morts, ça peut être mon petit frère", explique Mahamoud Mhoussini à une psychologue.
Cité miroir aux alouettes aussi. "Celui qui a touché à l'argent en veut toujours plus : des baskets à 100 € puis à 200 € puis une belle voiture..." Les accusés ne sont pas violents, à entendre les psys qui les ont rencontrés. Et les décrivent comme des jeunes "mal à l'aise dans leur image, mal dans leur peau cherchant à se diluer dans le groupe".
L'univers des copains devient l'univers tout court et l'on ne se pose aucune question, au moment de monter dans une voiture en ayant pris soin de prendre un couteau et un pistolet, car "il y a une embrouille à régler" au Parc Kallisté

http://www.laprovence.com/article/actualites/2785487/assises-il-y-a-une-embrouille-a-regler.html

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