samedi 8 mars 2014

Drame de Montaner (64) : l’amnésie de l'accusé fait débat devant la cour d'assises

Les dépositions poignantes de son fils de 11 ans, de ses ex-beaux-parents et de son ex-belle-soeur n'y ont rien changé. Depuis le début de son procès pour le meurtre de sa femme et la tentative de meurtre de ses deux enfants, Xavier Angély maintient ne pas se souvenir de son terrible passage à l'acte dont il reconnaît pourtant la responsabilité. Ment-il ou dit-il la vérité ? La question était au cœur de la troisième journée d'audience, hier.
Pour les avocats des parties civiles, de sérieux doutes planent sur la version de l'accusé. « L'homme qui s'est acharné sur son épouse et se dit aujourd'hui amnésique a trouvé le moyen de faire disparaître l'arme du crime et les vêtements qu'il portait. Il a méticuleusement tout évacué », insiste Me Sagardoytho, qui défend les parents de Sandra Pouts. Le couple d'agriculteurs de Montaner, qui a accueilli Xavier Angély « comme son troisième enfant », n'a pas eu les réponses « aux questions qui le hantent ». « Vous avez raté votre rendez-vous avec la vérité, assène l'avocat en direction du box. Votre comportement n'inspire que lâcheté. »
« L'amnésie a bon dos et ne convainc personne », enchaîne Me Marco. Et le défenseur de la sœur de la défunte de rappeler l'attitude de Xavier Angély en garde à vue : il niait tout et criait « à l'injustice ». Hébergé à Jurançon, chez un collègue, la nuit des faits, il expliquait aux gendarmes s'être couché vers minuit. « Sa mémoire fonctionnait si bien qu'il avait été capable de détailler la scène du film correspondant au moment où il avait invoqué une grosse fatigue », souligne le conseil qui voit là « la construction d'un alibi ». Les investigations ont révélé que Xavier Angély était à Montaner à minuit et avait quitté Jurançon à l'insu de ses hôtes, laissés seuls devant leur DVD vers 22 h 30.
Ce mutisme, Me Lombard, l'avocate de l'Association d'aide aux victimes (Apavim) qui représente les deux petits orphelins de mère, le fustige également. « ‘‘J'ai massacré votre mère parce que je l'aimais trop et qu'elle voulait me quitter et j'ai voulu vous tuer parce que j'ai fait une connerie.'' C'est ça que vous voulez que je leur dise quand ils me demandent ‘‘ Pourquoi ? '' »
Pour elle, Xavier Angély a « tout pris » à ses enfants : « leur mère, leur insouciance, leur joie de vivre, mais aussi leur père ». « Comment voulez-vous qu'il le considère encore comme cela. Un père, ça protège. ça ne tue pas sa femme et tente de tuer ses petits », lance-t-elle aux jurés.
Ces derniers avaient entendu un peu plus tôt les analyses des experts psychologues et psychiatres qui se sont penchés sur cette étrange amnésie. D'après les deux spécialistes, la version de l'accusé est plausible et peut s'expliquer par le niveau d'horreur des faits qui lui sont reprochés. « On voit cela dans les cas de personnes exposées à des événements très graves et violents. L'amnésie est alors un mécanisme de défense psychologique. Concernant M. Angély, le fait qu'il reconnaisse sa responsabilité, même s'il ne peut détailler ses gestes, ne me semble pas compatible avec une amnésie utilitaire ou mensongère », estime le psychologue Alain Penin.
L'audience reprend lundi par le réquisitoire de l'avocat général Jean-Christophe Muller suivi de la plaidoirie de la défense de Me Fitas. Le verdict tombera dans la journée. Xavier Angély encourt la perpétuité.

http://www.sudouest.fr/2014/03/08/l-amnesie-en-debat-1484503-4191.php

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