Il est le seul à ne pas les avoir vues. Oscar Pistorius n'a pas regardé les 119 photos sanglantes de la scène de crime défiler sur les écrans installés devant les acteurs de ce procès-fleuve, avocats de la défense, procureur, témoin, juge et assesseurs, jeudi, au 9e jour d'audience. Lorsqu'un cliché du corps de sa victime Reeva Steenkamp a été projeté un court instant par erreur, en fin de matinée, le visage du champion paralympique est devenu cramoisi. Et comme lors du rapport du médecin légiste lundi, il a été pris de vomissements. Son écran a alors été éteint. Il s'est pris la tête entre les mains et s'est recroquevillé dans son box, visiblement touché.
C'est à l'ex-colonel Giliam van Rensburg, premier officier de police arrivé sur les lieux, que le procureur Gerrie Nel a demandé de décrire une à une les photos prises par ses hommes après le meurtre de la jeune femme, abattue de quatre balles par le champion paralympique dans la nuit de la Saint-Valentin 2013. Cabinet de toilette couvert de sang, sang dans la salle de bain, sur des murs, dans l'escalier qu'Oscar Pistorius a descendu avec sa petite amie dans les bras. Il l'a fait avec précision, commentant la scène de crime telle qu'il l'a découverte vers 4h du matin cette nuit-là.
L'expert scientifique a maintenu sa version des faits, qui diffère de celle de Pistorius
Interrogé sur son tout premier contact avec l'accusé, le policier, qui a quitté les forces de l'ordre à la fin de l'année dernière, a affirmé lui avoir demandé ce qu'il s'était passé: "Il était en larmes, il ne m'a pas répondu", a affirmé Giliam van Rensburg. Mais Pistorius, quelques minutes plus tôt, avait déjà déclaré aux premières personnes arrivées sur place: "J'ai cru que c'était un cambrioleur, je l'ai tuée." Cette thèse reste celle de la défense depuis le premier jour. L'accusation pense au contraire que les deux jeunes gens s'étaient disputés, que Reeva Steenkamp s'était réfugiée dans les toilettes et que Pistorius savait très bien sur qui il tirait lorsqu'il a fait feu à travers la porte.
Cette porte, criblée de balles et ensuite enfoncée à coup de batte de cricket par Pistorius, a de nouveau été le "témoin muet" essentiel du début de matinée. Gerhard Vermeulen, l'expert chargé de l'examiner et de la faire parler, a maintenu ses déclarations de la veille, qui contredisent la version de la défense. Selon lui, la hauteur et l'angle des traces de coups de batte prouvent que Pistorius n'était pas sur ses prothèses mais sur ses moignons lorsqu'il a enfoncé la porte.
Un procès rallongé ?
Un témoignage qui diffère de celui de l'athlète de 27 ans. Lors de sa déposition, il avait affirmé qu'il était sur ses moignons lorsqu'il a fait feu, mais qu'il a ensuite mis ses prothèses pour défoncer la porte et tenter de porter secours à Reeva Steenkamp. Après l'audition de 13 témoins seulement en neuf jours, la possibilité de boucler le procès d'ici au 20 mars comme prévu apparaît de moins en moins réaliste.
Jeudi matin, l'assistante du procureur a indiqué à des journalistes que les débats, qui tiennent l'Afrique du Sud en haleine mais avancent lentement, pourraient être prolongés de plusieurs jours. La session en cours du tribunal s'achève le 4 avril. Si toutefois le procès n'était pas fini d'ici là, il faudrait attendre le 11 avril pour une éventuelle reprise, ou un report à une date ultérieure.
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