lundi 10 mars 2014

Une dette de deal mortelle à Marseille

Ce jour-là, un des premiers de l'été 2010, ils s'étaient amusés à faire des dérapages en voiture. Et dans la Golf à bord de laquelle ils se rendaient au Parc Kallisté de Marseille, l'ambiance était joyeuse, la musique était bonne et "Palé" s'amusait avec le pistolet à billes dont il s'était muni. Mais au bout de la "virée", il y a eu la mort de Bacar Chanfi, 20 ans, tué de trois coups de couteau dont deux en plein thorax, juste derrière l'école maternelle de cette cité du 15e arrondissement.
Originaires de la cité Félix-Pyat, à Saint-Mauront (3e), les cinq accusés, jugés cette semaine par la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, avaient tous entre 18 et 20 ans le jour de la mort de Bacar. Seul l'un d'eux, Abdoul-Hakim Ibouroi, alias "Marco", est accusé d'"assassinat", les autres se voient reprocher d'avoir constitué une "association de malfaiteurs."
Le 23 juin 2010, la cité du Parc Kallisté faisait le récit d'une scène d'une grande violence. Dans la soirée, entre chien et loup, Bacar Chanfi avait été frappé puis poignardé par l'un des occupants d'une Golf que les habitants avaient déjà vu tourner dans la cité durant l'après-midi. Encore plus sidérant, la foule avait été tenue en respect par un jeune garçon tenant une arme. Une fois la victime abandonnée ensanglantée au sol, son agresseur reprenait le volant, calait à trois reprises, et heurtait un gros rocher en opérant une marche arrière maladroite.
À Jessica, sa copine et la mère de leur fils, Bacar Chanfi avait avoué, vers 19 h 30, que les occupants d'une Golf noire voulaient lui "enlever la vie". Il la perdait effectivement quatre heures plus tard, dans un bloc des urgences de l'Hôpital Nord. Le mobile de cette mort : 100 ou 200 euros !
Un ami de la victime racontait que Bacar Chanfi avait vendu une Peugeot 205 au chef d'un petit réseau de revente de drogue qui ne l'aurait pas payé. Il serait alors allé récupérer sa créance. Un cousin de la victime évoquait, lui, une dette de deal ; se livrant lui-même à un petit trafic, Bacar Chanfi aurait acheté une plaquette de résine de cannabis à "Marco" mais ne l'avait pas intégralement réglé. Quoi qu'il en soit, le jeune homme est mort pour une peccadille.
L'enquête se déroulait dans un climat de tension. Un des témoins déposait même plainte pour des menaces à la suite de son témoignage. Sous la menace d'un couteau, il s'était vu réclamer "la tune et le calibre".
Grâce à la location de voiture puis sur la base d'écoutes téléphoniques, les enquêteurs remontaient au groupe des occupants de la Golf. Il y avait "Palé", "Vieux", "Ibé"... Seul "Marco" manquait à l'appel lors des interpellations, en avril 2011.
Réfugié aux Comores, Abdoul-Hakim Ibouroi, "Marco", se "rendait" à la police le 13 décembre 2011, assailli, disait-il, par le remords et animé par la volonté de payer. "Marco" évoquait une dette remontant à six mois pour du shit. Il avait réclamé l'argent, puis, à la demande de la victime, était revenu dans la soirée. La discussion avait dégénéré, racontait-il, l'obligeant à s'emparer d'un couteau présent dans la boîte à gants de la Golf. "Il est venu sur moi, il s'est appuyé dessus et le coup est parti. Même après le coup, il continuait à me frapper".
Ce procès, programmé sur cinq jours, plongera les jurés dans le monde du trafic de stupéfiants et de certaines cités marseillaises. la reconstitution de la mort de Bacar Chanfi avait été émaillée d'incidents, notamment de jets de fumigènes et de menaces. Le juge d'instruction indique également que "comme c'était prévisible, certains témoins faisaient défaut ou que, bien que présents, ils manquaient cruellement de mémoire."

http://www.laprovence.com/article/actualites/2784024/une-dette-de-deal-mortelle.html

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