dimanche 12 octobre 2014

Le premier procès Guérini

C'est une drôle d'audience qui s'annonce demain au tribunal de Marseille. Jean-Noël Guérini, ex-patron du PS local, président du conseil général, sénateur victorieux sous ses propres couleurs, doit répondre du licenciement en 2011 d'un de ses 7.500 collaborateurs. Un spectacle. Celui des turpitudes politiques marseillaises. Cet ancien conseiller, Jean-David Ciot, n'est pas n'importe qui. Député, maire du Puy-Sainte-Réparade, il est le premier secrétaire de la fédération socialiste des Bouches-du-Rhône, un espoir de relève pour le PS.
Respectivement mis en cause pour détournement de fonds publics et recel, les deux hommes risquent gros : prison, amendes et surtout… inéligibilité. "S'il ne s'agissait pas de Guérini, ce licenciement ne mériterait même pas les prud'hommes. Quand à Ciot, il est une victime collatérale d'un coup politique", s'emporte Hervé Temime, avocat star appelé à la rescousse par Guérini pour assurer sa défense sur l'ensemble du front judiciaire qui le menace.

Il aurait licencié pour permettre de toucher des allocations

Les deux élus sont soupçonnés d'avoir organisé ce licenciement pour permettre à Jean-David Ciot de préparer confortablement son élection législative de 2012. Pour la justice, Ciot aurait dû démissionner et renoncer à quelque 22.000 euros d'indemnités, auxquelles se sont ajoutés 37.000 euros d'allocations chômage.
L'affaire a prospéré alors que la justice enquêtait sur les supposées malversations des frères Guérini, Jean-Noël et son cadet Alexandre, au sein du conseil général. Baptisé "Monsieur Frère", Alexandre Guérini, homme d'affaires spécialisé dans le traitement des déchets, utilisait sa qualité familiale pour faire travailler des entreprises marseillaises amies, proches du grand banditisme… Dans ce dossier, qui devrait être jugé en 2016, autrement plus important que celui du licenciement Ciot, Jean-Noël Guérini a écopé de plusieurs mises en examen, notamment pour association de malfaiteurs. "Le magistrat n'a fait la preuve ni de son enrichissement, ni de sa complicité, s'insurge Hervé Temime.Avec ce licenciement, on était sûr d'envoyer Guérini à la barre d'un tribunal. C'est tout de même une lettre anonyme mensongère qui est à l'origine des poursuites." Même ligne de défense dans le camp Ciot. "C'est parce que Martine Aubry avait demandé à Ciot de prendre la tête de la fédé que Guérini lui a demandé de partir, explique un de ses proches, les deux fonctions étaient incompatibles".
Pour l'instant, Jean-Noël Guérini encaisse les coups judicaires sans broncher. Ses victoires électorales l'ont remis au centre du jeu politique. Mais les socialistes auront besoin de lui, pour les élections cantonales…
 

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