dimanche 8 mars 2015

« On me frappe, je refrappe »

En se présentant à l’audience du 16 février dernier, ce prévenu de 27 ans avait sollicité la présence d’un avocat pour se défendre. Résultat, un renvoi du dossier avec un contrôle judiciaire à la clef. Hier, Damien Nicaise avait de nouveau rendez-vous avec la justice pour répondre de violences en récidive à l’encontre d’un chauffeur de bus qui rentrait à son dépôt en cette fin d’après-midi du 1er décembre 2014, en passant par Commercy sur la D964.
« Je marchais dos aux voitures, un truc m’a tapé derrière l’épaule », explique le prévenu, qui se retrouve projeté dans le fossé. Entre-temps, le chauffeur de bus reçoit des appels de phares et stoppe son véhicule. Un témoin l’informe qu’il a eu l’impression de voir quelqu’un sauter du bus en marche. Impossible, puisqu’il circulait à vide. Pour s’en convaincre, le chauffeur, qui ne s’est manifestement rendu compte de rien, fait demi-tour avec l’intention de porter secours à une éventuelle victime.
Sur place, un individu assène plusieurs coups de poing au malheureux, dont le certificat médical fera état d’une incapacité totale de travail de 15 jours. « Un témoin confirme avoir vu l’agresseur qui avait les manches retroussées, l’air déterminé, prêt à en découdre. Sans l’intervention d’un tiers, il l’aurait massacré », constate Sophie Partouche, substitut du procureur.
À la barre, très calme, Damien Nicaise, ancien boxeur, ne reconnaît qu’un seul coup. « On me frappe, je refrappe, j’ai toujours réagi comme ça. Un coup pour un coup. Mais aujourd’hui, c’est fini », soumet-il au tribunal, avouant s’être mal comporté ce jour-là.

« Une volée de coups »

Cette « volée de coups de haut en bas », Me Éric Guillaume ne la tolère pas. Il voit même dans la personnalité du prévenu « une proie idéale pour le djihad ». « Soufflé ou tapé par le bus, peu importe. Rien ne justifie un tel comportement », appuie le ministère public, qui dépeint « une personnalité instable, impulsive, un ancrage familial restreint et plusieurs séjours au centre de détention de Montmédy ». Malgré son jeune âge, le casier judiciaire du jeune homme est très fourni, 21 mentions entre 2003 et 2013, dont 7 pour violences aggravées, ce qui l’a conduit à cumuler huit ans derrière les barreaux. Les réquisitions du parquet en tiennent compte : 8 mois de prison ferme et 2 mois de révocation d’un précédent sursis, avec obligation de soins.
La tâche de Me Dubaux, en défense, s’annonçait plutôt ardue. Les coups, « peu importe leur nombre. Mon client n’a pas eu un comportement adapté car il s’est construit sur un mode de violences subies de son père, de sa mère et de ses codétenus », plaide l’avocate. Laquelle privilégie l’évolution récente de sa situation, une compagne, un appartement et un contrat d’insertion au sein d’une association qui vient d’être renouvelé. « Il commence une nouvelle vie, il lui faut une sanction qui l’aide à se reconstruire avec un appui psychologique ».
En suivant à la lettre les réquisitions du ministère public, le tribunal a condamné Damien Nicaise à un total de 10 mois de prison ferme, sans possibilité d’aménagement. Une expertise médicale a été ordonnée pour évaluer le préjudice subi par la victime. L’affaire a été renvoyée sur intérêts civils au 8 juin à 14 h.

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