La scène dure à peine plus de deux minutes. On y distingue parfaitement la froide détermination, l'extrême violence mais aussi l'incroyable maladresse des auteurs. Hier, la cour d'assises de Paris a examiné — au procès des meurtriers présumés d'Aurélie Fouquet, policière municipale de 26 ans, tuée le 20 mai 2010 à Villiers-sur-Marne (Val-de-Marne) — le braquage avorté d'un fourgon blindé commis le 28 décembre 2009 à Gentilly.
Précédant de cinq mois la fusillade au cours de laquelle la policière a trouvé la mort, cette attaque à main armée pourrait avoir été le fait « très vraisemblablement de la même équipe, à quelques exceptions près », selon les conclusions d'un enquêteur de la brigade de répression du banditisme (BRB), interrogé hier à la barre des témoins. Le jour des faits, neuf malfaiteurs avaient tenté de s'emparer de 3,5 M€ contenus dans cette « tirelire » en la prenant en tenaille entre deux utilitaires, volés dans l'Oise. Mais le scénario élaboré par les malfrats ne s'était pas déroulé comme prévu. L'irruption d'un automobiliste, venu s'intercaler à l'arrière du fourgon, et la réactivité du chauffeur avaient mis à mal leur projet. Les braqueurs, après avoir quand même tiré à une trentaine de reprises sur le fourgon si convoité, étaient repartis bredouilles...
« C'est un miracle qu'il n'y ait pas eu un mort au cours de cette attaque, estime le même policier. Cette équipe chevronnée était semblable à un commando paramilitaire. » Parmi les neuf accusés, un seul est jugé pour les deux affaires : Malek Khider, 48 ans. Cet homme au lourd passé judiciaire avait été interpellé quelques heures après le meurtre de la policière mais l'instruction a permis d'établir qu'il ne figurait pas parmi ses meurtriers. Au moment de son interpellation, un sac contenant plusieurs armes avait été saisi. Un pistolet-mitrailleur HK MP5 avait notamment été découvert et Malek Khider s'en était attribué la propriété
Dans le box des accusés, Malek Khider nie toute participation au braquage de Gentilly
« Trois projectiles de calibre 9 mm tirés par cette même arme ont été retrouvés sur la scène de l'attaque de Gentilly, rappelle le commandant M. de la BRB. Par ailleurs, une munition d'un fusil d'assaut kalachnikov découvert dans une forêt de l'Oise, proche de Creil, lieu de tournage d'un reportage sur le banditisme des cités, correspondait à deux autres projectiles découverts sur la scène de Gentilly. »
Les policiers relatent encore que l'un des braqueurs de Gentilly — tous habillés de combinaisons sombres, à l'exception de leur chef, tout de blanc vêtu — portait également un vêtement de type polaire de couleur bleue. Un vêtement similaire a été saisi au domicile de Malek Khider, qui a toujours nié sa participation aux faits de Gentilly. « Mais qu'est devenue cette polaire ? A-t-elle été placée sous scellés ? » interroge M e Frédéric Trovato, l'avocat de l'accusé. « Cette polaire est toujours chez moi ! éructe Malek Khider, très irrité. Et vous croyez que je me serais attribué cette arme si j'avais su qu'elle avait déjà servi lors d'un braquage ? Il faudrait être complètement débile ! » En revanche, Malek Khider s'est montré beaucoup moins volubile à la question de savoir qui lui avait remis ce fameux pistolet-mitrailleur. « Vous savez, les armes, ça circule dans les banlieues », a-t-il avancé avant d'affirmer qu'il ne « savait plus » qui le lui avait confié...
Khider était également absent de son poste de peintre le jour de l'attaque, avait éteint son téléphone et il avait découché de chez lui la veille des faits. Interrogé à l'époque, son employeur avait déclaré que Khider avait « rencontré une personne d'avant et commencé à déconner ». Les regards se tournent alors vers Redoine Faïd, assis dans le box. A ses côtés, le « caïd de Creil », polo vert pomme Lacoste sur les épaules, secoue la tête, souffle pour manifester son agacement avant de soutenir qu'il n'est pas cette « personne »...
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