lundi 14 mars 2016

Policière tuée lors d'une course-poursuite à Villiers : "C'était comme dans le film Matrix"

Près de six ans après le meurtre d'Aurélie Fouquet, une policière municipale de Villiers-sur-Marne tuée lors d'une fusillade en 2010, le procès vient de s'ouvrir. A la barre, un de ses collègues a livré le récit glaçant d'une course poursuite "comme dans le film Matrix".
"Ils sont là pour tuer. Comme dans le film Matrix, on sent au ralenti le souffle des balles, les souvenirs défilent": un policier a raconté lundi la course-poursuite qui allait se solder le 20 mai 2010 par le meurtre de la policière municipale Aurélie Fouquet. Gaëtan Danzi, 33 ans aujourd'hui, se tient à la barre, les bras écartés. Jean, baskets, barbe fournie tirant sur le roux. Ce jour-là, le jeune agent s'est fait tirer dessus plusieurs fois, a failli être poignardé ou écrasé. Rien n'effacera cette matinée de printemps 2010. "En un quart d'heure, j'ai perdu deux kilos", dit-il d'une voix claire. "Une guérilla urbaine".

Les faits lui ont paru une éternité. Ce 20 mai 2010, il est au volant en patrouille quand il décide, avec un collègue, de contrôler une camionnette blanche: deux trous dans la carrosserie ont attiré leur attention. A bord, au moins trois personnes, qui seront accusées du meurtre de la jeune policière de 26 ans, au terme d'une course-poursuite d'une dizaine de kilomètres, à Villiers-sur-Marne dans le Val-de-Marne. Depuis le 1er mars, neuf hommes sont jugés devant la cour d'assises de Paris. Trois sont directement accusés du crime : Daouda Baba, Rabia Hideur et Olivier Tracoulat. Ce dernier, qui aurait été blessé mortellement lors de la fusillade, n'a pas été retrouvé.

Les six autres sont jugés pour une longue liste de crimes et délits, allant de l'association de malfaiteurs à la détention illégale d'armes. Parmi eux, une pointure du banditisme présentée comme "l'organisateur" du braquage manqué: Redoine Faïd, "caïd des cités" autoproclamé et un temps star des plateaux télé, quand il assurait s'être rangé. Leur plan, qui était d'attaquer un fourgon blindé, déraille ce 20 mai vers 9h15 à Créteil. Gaëtan Danzi comprend vite que "ça ne va pas": son collègue parti contrôler la camionnette met "trop de temps à revenir". Puis tout s'enchaîne: le collègue qui lève son arme, la camionnette qui démarre en trombe.

"Etincelles des ricochets"

Les fuyards s'engagent sur l'autoroute A4. Commencent par vider des extincteurs avant de les jeter en direction des policiers. "Cela faisait un gros nuage opaque. Comme un mur devant nous. Je slalomais". "On sent des individus déterminés, qui ne veulent pas se laisser prendre", dit-il. Puis "ils ont commencé à tirer". Les véhicules s'engagent dans un tunnel. "Ça défouraille". Danzi voit "les étincelles des ricochets sur les parois du tunnel, à hauteur d'homme". Plusieurs automobilistes sont blessés.

L'agent Arnaud H., dans la voiture de police arrivée en renfort derrière celle de Danzi, est abasourdi par la violence de la scène : "On entendait des armes automatiques, on s'est dit : mince, là, c'est pas des gitans, c'est du gros calibre. Des fous furieux prêts à tuer père et mère". Après le tunnel, la camionnette s'arrête. Un tireur à l'allure commando - cagoule, gilet pare-balles - met les policiers en joue et tire. "Vous entendez la vitre qui se brise, le rétroviseur qui vole, les balles qui traversent la carrosserie, raconte Gaëtan Danzi. Comme dans Matrix, on a l'impression que tout va très doucement et en même temps, on réagit : j'ai plongé".

Le jeune agent prend une seconde pour cadrer son tir et riposte, blesse probablement le tireur, qui émet un son rauque et recule. Il en profite pour se mettre à l'abri. C'est là que les policiers perdent la trace de la camionnette: quand ils repartent, impossible de savoir si les tireurs ont continué sur l'autoroute ou pris la route. Les fugitifs ont bifurqué: à Villiers-sur-Marne, ils incendient leur véhicule, en braquent un autre. Arrive alors une voiture de police municipale, qui essuie une vingtaine de tirs. Les deux policiers à bord sont blessés : Thierry Moreau au thorax, Aurélie Fouquet à la tête. Cette mère d'un tout jeune enfant meurt quelques heures plus tard. "Aujourd'hui encore, dit Danzi, je ne peux pas m'empêcher de me dire que si j'avais tourné à droite, peut-être que cette jeune policière serait encore en vie".
 

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