jeudi 17 novembre 2016

Prison avec sursis pour l’incendiaire du service psychiatrique

Trois policiers ont été appelés en renfort, pour encadrer le procès. Au cas où la prévenue, une jeune femme d’à peine 20 ans, ne perde ses nerfs. Car lors d’accès de violence, Stéphanie* peut vite craquer. Pourtant, à la barre du tribunal correctionnel de Verdun, elle semble calme. Et répond souvent avec justesse aux questions de la présidente. En même temps, elle prend 40 gouttes de valium trois fois par jour, en plus d’un anxiolytique. « Ils ont augmenté la dose pour mon passage devant la justice », confie la jeune femme. « Ils », c’est le personnel soignant de l’hôpital Desandrouins, de Verdun, spécialisé dans les soins psychiatriques. Des professionnels de santé qui sont visiblement dépassés par cette patiente, qui multiplie les agressions au sein de l’établissement. « Nous sommes arrivés au bout de ce que nous pouvons faire », résume la directrice.
23.920€ de dégâts
Dernier exemple en date, le 22 juin dernier. Au lendemain de violences sur un médecin, Stéphanie est placée à l’isolement. Et elle ne le supporte pas. « J’ai vu rouge, je suis devenue sourde », dit-elle. Elle attend d’être dans sa chambre et met le feu à une poubelle. « Ça ne prenait pas alors j’ai allumé les draps. » Résultat : l’incendie prend de l’ampleur. « C’est aussi que je voulais mourir. » Mais au final elle change d’avis, et appelle au secours. La police et les pompiers sont prévenus. Quatorze patients du pavillon Cézanne sont évacués. Les dégâts sont nombreux, la note salée : 23.920€, à la charge de l’hôpital. « Et ça, sans les équipements », plaide avocat de l’établissement. Pour lui, hors de question que le tribunal tranche en faveur d’une irresponsabilité pénale de la prévenue. « Il y aurait alors irresponsabilité civile. » Il développe : « Elle n’est pas malade. Si elle était irresponsable, elle ne pourrait pas vous raconter la chronologie des faits. »
À moitié responsable
Pour la substitut Frédérique Chiron, pas forcément. « Je comprends la position délicate de l’équipe médicale. » Mais d’après le dossier, elle ne requiert pas de peine et laisse le soin au tribunal de trancher. Une ouverture pour Me Christophe Héchinger, avocat de la défense, qui se sert du terme « psychose » employé par un expert pour plaider l’abolition du discernement et donc l’irresponsabilité pénale. Et va plus loin en se tournant vers l’hôpital : « L’établissement est responsable de la sécurité de ses patients. »
Que faire de Stéphanie ? La prison ne semble pas une solution. Quant au fait qu’elle retourne à Desandrouins, l’avocat de la partie civile le dit : « Elle recommencera. »
Tout le monde était bien embêté dans cette affaire. Au final, pas vraiment de solution. Le tribunal a déclaré la jeune femme partiellement responsable. Et l’a condamnée à un mois de prison avec sursis et mise à l’épreuve, avec l’obligation de poursuivre des soins.

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